12/30/2011

Réviser sur iPad?

Au départ, j’avais créé ce blogue afin de tenir au courant de mes progrès littéraires les gens que ça intéressait. J’ai un peu renoncé depuis, puisque les progrès peuvent être lents, et surtout que c’est un travail beaucoup mieux réalisé par les médias sociaux depuis.

Reste que j’ai terminé la seconde révision de mon mansucrit, celle qui suivait la relecture par mes lecteurs privilégiés. Suite à leurs conseils, j’ai rajouté plusieurs chapitres et considérablement épaissi l’histoire, balançant quelques incohérences au passage. J’ai une vision de plus en plus claire, non seulement de ce livre, mais du cycle en entier. Je suis surtout heureux de constater que mes progrès se font généralement en enlevant des éléments inutiles, souvent en fusionnant différents points de l’intrigue. L’écriture est assez semblable à la sculpture sur un point: l’essentiel est de soustraire à la matière première, rarement d’en ajouter. Et oui, on peut enlever de la matière tout en ajoutant des chapitres.

Me voici donc à deux pas de soumettre mon manuscrit aux éditeurs. Reste à repasser sur le manuscrit une dernière fois, afin de récupérer ça et là les fautes de français et repérer les passages incohérents ou redondants qui ont pu se glisser à la faveur des ajouts de chapitres.

Écran ou papier?

L’imprimante laser est un investissement nécessaire pour un écrivain sérieux. Ces appareils sont devenus abordables et réduisent considérablement le coût à la copie, qui devient significatif quand on doit imprimer plusieurs copies d’un livre de quatre cents pages. J’en ai une désormais, mais j’ai aussi un iPad. L’idée folle m’est venue que je pourrais réliser ma relecture à partir d’un pdf que je réviserais sur iPad. Je compte m’acheter un stylet pour des raisons artistiques (le dessin commence à me manquer), aussi je crois bien que ce n’est pas du tout impossible. J’ai déjà repéré deux fautes... en deux pages :[

Je vous tiendrai a courant.

12/10/2011

Midnight syndicate, pour écrire en musique

Plusieurs écrivains aiment faire jouer de la musique pendant qu’ils écrivent, et je dois admettre que j’en fais partie. Mieux: pour chaque livre, je crée une liste de lecture avec l’atmosphère apropriée. Je me trompe peut-être, mais je crois que ça fonctionne. En tous cas, ça rend l’écriture plus agréable, et c’est déjà ça.

À la faveur de l’ITune Store, j’ai redécouvert le groupe Midnight Syndicate, qui se spécialise dans les trames sonores de films qui n’ont jamais été tournés. De l’instrumental lugubre, parfait pour les genres où je me vautre en ce moment.

Quoi de mieux que d’écouter un peu pour mieux comprendre. Voici une vidéo officielle. Ce n’est pas mon morceau favori, mais ça donne une idée de la bête.


Le site de Midnight Syndicate est ici.

12/04/2011

Des manières de détruire un vampire

vampire hunters

On l’a vu, il existe peu de points communs à tous les vampires de fiction. Le soleil les dérange de manière très variable, le sang est plus ou moins nécessaire, les vampires peuvent être morts-vivants ou simple infectés, voire fruits d’une mutation ou extraterrestres. Ils peuvent dormir dans un cercueil ou dans un quatre étoiles, être beaux ou monstrueux. Sur tous ces points l’auteur a une liberté totale.

De mémoire, les vampires de fiction n’ont que deux points communs vraiment universels. J’ai déjà parlé de leur force et de leur vitesse surhumaines. Reste un autre point: ils sont passablement difficiles à détruire.

Mort ou destruction

Bien qu’on emploie couramment l’expression «tuer un vampire», il me semble plus précis de parler de «détruire». Premièrement parce que le vampire n’est pas nécessairement vivant (et originellement, il ne l’est pas). Ensuite par que les vampires ont tendance à disparaître quand ils cessent d’exister. Ils vivent vieux, meurent lentement et ne laissent pas de cadavre du tout.

Buffy, par exemple, a transformé tellement de vampires en cendres qu’il est difficile de comprendre comment Sunnydale n’est pas devenu un désert. Le plus petit contact avec un objet en bois vaguement pointu transforme le vampire en fine poussière. Le cas de Buffy n’est en rien exceptionnel — la pulvérisation est courante, presque universelle. Dans True Blood, on a plutôt opté pour faire exploser les vampires dans une sorte de mélange de sang et de tissus biologiques franchement dégoûtants, pour la plus grande joie des grands et des petits (personnellement, j’adore, ça fais de la très bonne télévision).

Outre le côté spectaculaire de la chose, l’autodestruction des cadavres est fort pratique pour un auteur. Ça élimine la délicate question des cadavres dont il faut se débarrasser. Un tueur de vampire pourrait se retrouver accusé de meurtre après avoir tué un vampire, si ce n’était de la coopération du cadavre — c’est d’ailleurs ce qui arrive à Van Helsing dans le «Nosferatu, fantôme de la nuit» de Werner Herzog.

Des différentes manières de détruire un vampire

Panoplie traditionnelle

À l’époque où les vampires sont devenus la mode, les populaces superstitieuses se tournaient encore vers la religion pour résoudre leurs problèmes. Les prêtres étaient heureux de les obliger. Si prier Dieu pour éloigner la peste ou le choléra était rigoureusement inefficace, le culte était d’une redoutable efficacité pour empêcher un mort de revenir hanter les vivants (ce qui est paradoxal pour une religion qui base sa foi sur la résurrection de la chair). On ouvrait alors le cercueil du malheureux accusé de vampirisme et, en présence du prêtre et des officiels, on arrosait d’eau bénite, on profanait le cadavre et on remerciait le ciel.

Les prêtres n’avaient pas le monopole de la destruction des vampires. Dans les cas du vampire d’Afumati, le corps du vampire fut déterré par le sorcier du village qui l’abandonna simplement dans un champ, afin qu’il soit dévoré par les loups. Le cas du vampire Amarasesti est intéressant aussi. La famille d’une morte soupçonnée de vampirisme déterrèrent le corps et le tranchèrent en deux avant de l’enfouir à nouveau. Constatant que les membres de la famille mourraient toujours, ils exhumèrent une nouvelle fois leur parente pour découvrir que les deux moitiés s’étaient ressoudées. Ils prirent alors un luxe de précautions, arrachant le cœur, le coupant en quatre parties, brûlèrent le cœur et le corps séparément puis dispersèrent les cendres du cœur. Méthode semblable dans le cas du vampire du château d’Annates, au douzième siècle, où il est spécifié que le corps du vampire ne pouvait brûler tant que le cœur restait en place.

Les rites utilisent souvent le feu. La crémation semble une manière définitive de venir à bout du vampire.

Le pieu est surtout une manière de clouer le mort dans son cercueil. Il ne tue pas, en général, mais permet de maintenir le vampire dans son tombeau, là où il devrait rester.

La méthode Buffy

C’est dans la littérature que le pieu prend du gallon, devenant une manière de détruire le vampire. On spécifie bientôt que le pieu doit être en bois, alors que dans la tradition, on a noté l’usage de pieux de fer ou encore un simple couteau de chasse. Tolsoï dans «La Famille du vourdalak» spécifie même une essence, le bois de peuplier (ce qui n’est pas idéal, puisque le peuplier a un bois relativement mou).

Buffy était connue pour causer un grand massacre à l’aide de tous les objets en bois qui lui tombaient sous la main. Dans True Blood aussi, le bois est très efficace. Les gentils fanatiques religieux dévoués à la destruction de tous les vampires construisent d’ailleurs des balles en bois pour leurs armes à feu, qui remportent un succès explosif.

Dans le jeu de rôle «Vampire: the Masquerade», le pieu paralyse simplement le vampire. Le jeu s’inspire d’instance au cinéma où, lorsqu’un pieu est retiré du cœur d’un vampire, celui-ci se réveille illico avec une soif de tous les diables.

L’argent ne fais pas le bonheur des vampires

L’argent a toujours été associé à la destruction des loups-garous, mais il finit par être associé également au vampires. Blade a ainsi tout un arsenal d’armes plaquées argent, qui réduisent les vampires en cendres au moindre contact. L’argent n’a même pas besoin d’être pur: il arrive que des amalgames d’argent ou encore du nitrate d’argent fonctionne. Est-ce pour cela que les appareils photographiques n’arrivent pas toujours à saisir les vampires?

L’argent est une sorte de kryptonite pour les vampires de True Blood, conformément aux livres de la série Sookie Stackhouse. Armé de chaînes d’argent, un mortel peut facilement capturer un vampire, généralement pour lui soutirer son sang, drogue très recherchée.

J’ai toujours eu un grand inconfort avec la faiblesse des vampires devant l’argent. Premièrement parce que je ne l’ai jamais vue dans la panoplie traditionnelle, ensuite parce qu’elle permet d’avoir accès à des armes en métal pour tuer facilement des vampires, ce qui les rend tout de suite beaucoup moins menaçants.

Le sang des morts

Ann Rice avait mis dans la bouche de son Lestat la recommandation de toujours cesser de boire le sang d’un mortel avant que son cœur ne cesse de battre, sous entendant que cela pourrait se révéler fatal au vampire. Si cette instance ne se produit jamais dans les romans, le sang d’un mort devient le moyen utilisé par Louis pour tenter de détruire Lestat — avec un beau succès initial. À ma connaissance, ce moyen original de tuer les vampires ne trouve d’écho que dans la série Supernatural, où la moindre introduction du sang d’un mort dans l’organisme d’un vampire suffit pour le détruire.

Le soleil brille pour tout le monde

Si le soleil ne tue pas toujours les vampires (et certainement pas dans la tradition), dans les cas où il le fait, il reste un méthode très efficace. Elle fut utilisée pour la première fois dans le Nosferatu de Murnau et reprise depuis de multiples fois.

Le soleil est parfois si efficace que la moindre source de rayonnement ultraviolet arrive au même résultat. La lampe uv fonctionne modérément bien dans le premier Blade, mais prend par la suite un efficacité assez difficile à admettre, avec par exemple des grenades uv qui pulvérisent tous les vampires à proximité. Le comble du ridicule appartient en cette matière à la série Underworld et ses balles uv.

Le feu, un sujet brûlant

Le feu reste la seule manière universelle de détruire un vampire. Edward, dans une série passablement complaisante envers nos amis à longs crocs, affirmait que la seule manière de le détruire serait de le découper en pièces et de le jeter dans une chaudière (un truc toujours sympa à dire à ta copine).

Les signes religieux

La religion a parfois un effet néfaste sur les vampires, mais elle peut aussi carrément les détruire. L’eau bénite sert de toutes les manières possibles, en bouteille ou en pistolet à eau, en passant par un bassin bénit d’un seul coup pendant que les vampires sont dedans, comme dans la comédie «Les Dents de la nuit»

Une épée bénie ou portant des reliques peut se révéler une arme redoutable contre les vampires, selon «Vampire: The Dark Ages». Dans «Capitaine Kronos chasseur de vampires», le héros forge une épée à partir d’une croix de fer. Ce film a d’ailleurs une méthode amusante de présenter la destruction des vampires: il en existe plusieurs sortes, avec des vulnérabilités différentes, ce qui pousse les héros à des expérimentations systématiques.

Les effets sur une histoire

Les manières par lesquelles on peut détruire un vampire ont une influence considérable sur une histoire.

On peut d’une part observer que lorsque les vampires sont les héros de l’histoire, ils sont remarquablement plus durs à cuire que lorsqu’ils sont les méchants. Essayez les shurikens d’argent sur Lestat, rien que pour voir. Ceci dit, des vampires trop difficiles à détruire peuvent rendre l’histoire passablement ennuyeuse (et je ne donnerai pas d’exemple). Des vampires trop mollassons de leur côté enlèvent tout mérite au héros. Au delà de cela, la vulnérabilité du vampire révèle des choses sur lui-même et parfois sur l’univers où l’histoire se déroule.

Par exemple, l’efficacité du pieu signifie que le cœur est le centre du pouvoir des vampires. Le soleil peut avoir une signification symbolique, parfois même religieuse — que les vampires de Meyer brillent au soleil n’est peut-être pas seulement de la kétainerie.

Une partie de la biologie des vampires est aussi révélée par les allergies diverses. Les vampires de type mutant ont tendance à venir avec leurs allergies au soleil, à l’argent, à l’ail ou au soleil. Les allergies sont un grand fourre-tout. On peut alors imaginer des être hybrides, moitié mortels moitié vampire, qui ne seraient pas affublés des mêmes allergies. Les auteurs ne s’en privent pas et, entre Bloodrayne et Blade, les mi-vampires abondent.

Les signes religieux entraînent tout un autre champ de réflexion, souvent malheureusement bâclé. Ainsi dans la série Buffy the Vampire Slayer, les signes religieux repoussent les vampires et l’eau bénite peut les tuer, mais l’univers est souvent décrit comme païen, avec des pléthores de dieux et d’univers parallèles.

Mes choix pour le Cycle des Bergers

Dans mon univers, j’ai pour ma part défini trois grands fléaux pour les vampires: le feu, le soleil et l’eau courante. Ce sont trois méthodes universelles, mais il est d’autres, auxquelles les vampires ne sont pas sujets de la même manière. Ainsi, la décapitation pourrait tuer un jeune vampire, alors qu’un ancien aurait le loisir de prendre sa tête et de la ressouder sur son corps. Les trois grands fléaux le sont pour des raisons mystiques. Enfin, si les signe religieux ont un effet sur les vampires, ils parviennent rarement à les détruire.

12/03/2011

Lecture numérique : tablette ou liseuse?

iPad in trainMe voilà doublement équipé. Tablette et liseuse. Plus précisément, iPad et Kobo.

Il n’y a qu’à voir les sujets de recherche rentrer pour comprendre que beaucoup de gens veulent passer au livre numérique et se cherche des informations sur le sujet. Je vais donc communiquer ma petite expérience.

Presque tous les distributeurs de liseuses (essentiellement des librairies, comme Amazon ou Indigo) ont en parallèle un modèle de tablette et les gens peuvent se demander ce qu’il convient d’acheter. La liseuse est-elle mieux adaptée que la tablette? Est-ce que l’écran rétroéclairé n’est pas fatiguant à la longue?

L’écran rétroéclairé

Les liseuses en effet utilisent un sytème dit de «l’encre électronique». Cela permet de lire le texte sur un écran qui n’est pas rétroéclairé, ce qui est moins fatiguant pour l’œil et se comparerait à l’expérience de la lecture sur papier. Il y a d’autres avantages à ce système. L’autonomie du papier électronique est sans commune mesure avec ce que peut proposer une tablette — même si je suis impressionné par les performances de mon iPad à ce sujet. La lecture en plein soleil est possible, contrairement à l’écran rétroéclairé.

Ceci dit, l’écran rétroéclairé n’est pas si difficile à lire. J’ai entre autres lu «Le Comte de Monte Cristo» sur un tel écran (et plusieurs autres, mais le comte est une sacré brique). De plus l’écran rétroéclairé est beaucoup (beaucoup) plus rapide que le papier électronique, qui peut prendre deux ou trois secondes pour simplement tourner une page. Mon iPad me permet de feuilleter un livre de manière presque naturelle, mon Kobo non. Enfin, l’écran rétroéclairé permet de naviguer dans une même page, ce qui n’est que très théoriquement possible avec l’encre électronique, beaucoup trop lente.

Un argument de poids

Mon Kobo ne pèse presque rien, ceci dit. Lire sur un iPad peut devenir fatiguant à la longue.

Une question de consommation

Ce n’est pas avec son ouverture ou ses pratiques commerciales que Amazon s’est emparé presque exclusivement du marché du livre numérique. Amazon a des politiques commerciales de chiotte. Elle fait la promotion d’un format propriétaire, efface à l’occasion des livres sur la liseuse de ses clients quand elle estime qu’il ne devrait pas les lire et se conduit en voyou avec ses fournisseur et avec le fisc. Mais son interface d’achat de contenu est pratique et simple à utiliser.

La boutique de mon Kobo n’est pas aussi pratique, d’une part, et d’autre part ne propose à peu près aucun titre en français (Amazon commence à peine). Je dois passer par Calibre pour ajouter des titres à ma liseuse. Ce n’est rien pour moi, mais plusieurs personnes plus technophobes en seraient incapables, j’en suis conscient.

Mal servi du côté de Kobo, je suis allé faire un tour sur le iBook store de Apple. Il est presque aussi pratique que celui d’Amazon, avec déjà quelques titres en français. L’instalation est rapide, l’utilisation simplissime.

Je dois admettre que j’ai une grande sympathie pour l’initiative de l’iBook Store d’Apple. D’abord parce qu’il a imposé un standard, le epub, qui a incité le reste de l’inductrie à s’unir. Ne reste que Amazon qui, avec son format propriétaire, veut se la jouer Microsoft.

Un argument de taille

Quelques formats différents jouent du coude chez les liseuses, mais le format sept pouces devient tranquillement un standard. J’avais peur que ce soit trop petit mais, à l’expérience, c’est suffisant, quoi que la longueur réduite de ligne impose des crevasses et des lézardes au texte qui ne peuvent que nuire à la lecture. Le texte électronique est affreux et son contraste n’est pas encore équivalent à celui du papier. Le format sept pouces est aussi répandu chez les fabricants de tablettes, Kindle Fire en tête, qui se détaillent aujourd’hui autours de deux cents dollars, donc beaucoup moins cher que mon précieux iPad.

Le format sept pouce permet d’obtenir une liseuse légère, peu encombrante, qui se traîne dans une pouce et se lit d’une seule main. Le iPad et son grand écran permet en revanche une utilisation proche d’un ordinateur (je m’en sers désormais pour écrire) et surtout de consulter les grands pdf et les bandes dessinées. Pour la lecture en transport en commun, je dois admettre que je n’ai pas encore osé transporter le iPad, et je ne le ferai peut-être jamais. En revanche, je m’en sert beaucoup à la maison, pour les manuels de référence en pdf que je ne pourrais pas consulter avec une tablette plus petite.

Une question de besoins

Il me semble évident que pour la lecture de texte, la liseuse à encre électronique est le meilleur choix, malgré son faible contraste et sa lenteur. Son faible poids, son confort de lecture, son énorme autonomie et son encombrement réduit et font le choix évident à un prix généralement inférieur à celui des tablettes d’entrée de gamme. Ceci dit, quelqu’un qui a des besoin de consommation média plus larges et qui voudrait une tablette pour consommer musique, vidéos, jeux ou tout simplement travailler ne devrait pas hésiter à tenter la lecture sur écran rétroéclairé, histoire de voir si elle lui convient.

11/30/2011

Des promesses! Des promesses!

Malgré mon absence relative sur ce blogue pour cause de papalité, les visites ont atteint un niveau record, dépassant le millier pour la première fois. Le taux de rebond a baissé et le temps moyen passé à la lecture des billets a augmenté de manière significative.

La faute aux vampires

Si la majeure partie des visites demeurent concentrées sur les pages concernant la mise en page de romans et d’autres livres de fiction, les billets consacrés aux vampires ont connu l’essentiel de la hausse, et j’en suis très heureux.

Je vais être très franc: si j’ai partagé mes réflexions sur le mythe du vampire ces derniers mois, c’est pour de basses considérations de SEO (search engine optimization). Lorsque mes articles sur la mise en page m’ont apporté un nombre significatif de visites, je me suis apperçu que mes statistiques me révélaient quels étaient les mots les plus employés dans les recherches. Comme je termine tranquilement un roman qui raconte une sordide histoire de vampires, je me suis dit que cette information vaudrait de l’or, le moment de la publication venu. Et ça marche plutôt bien.

Et la mise en page?

Même si j’ai a priori moins d’intérêt à aider les metteurs en page en herbe, je prépare actuellement la suite logique à ma série de billets, c’est à dire un véritable tutoriel sur la mise en page d’un roman, de A à Z. C’est commencé mais c’est long, très long. Je vais sans doute le publier en plusieurs parties.

Et un nouveau blogue

Je me retiens continuellement de publier mes opinions politiques ici, parce que je veux que Les Chemins obscurs demeure un blogue littéraire. Parfois ça déborde, mais j’essaie toujours de garder un lien avec la littérature. Pourtant, le blogue est une manière devenue importante de participer à la vie politique et je ne veux plus m’en priver. Je vais donc mettre sur pieds un autre blogue très bientôt, exclusivement consacré à ce qui me peine, me révolte et me donne des raisons d’espérer. Ça se fera dans les prochains jours.

11/26/2011

Vampire, jeunes et vieux

The Vampire
En principes, le vampire échappe au temps. Étant mort-vivant, il ne peut plus vraiment vieillir. Cette imortalité est un des éléments qui composent leur aspect séduisant, et qui garantissent leur popularité depuis plus de deux cents ans.

Malgré tout, le temps reste une force avec laquelle il faut composer. C’est même une pierre d’achopement pour plusieurs auteurs, qui présentent des êtres de plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires, avec la psychologie d’un lycéen. L’effet du temps est pourtant un sujet de méditation fascinant, et l’une des plus agréables manières d’approfondir ses personnages tout en leur conférant un petit je ne sais quoi d’étrange qui n’enlève certainement rien à leur charme.

Le recrutement des vampires et l’âgisme

On s’accorde généralement à dire que le vampire cesse de vieillir à partir du moment où il est mordu. Par exemple, la petite Claudia d’Interview with the Vampire gardera l’apparence d’une enfant, alors même qu’elle gagne l’expérience qui peut faire d’elle une adulte.

Sachant cela, on peut constater que, la plupart du temps, les vampires sont recrutés dans leur prime jeunesse. La plupart des personnages paraissent la vingtaine, parfois un peu moins (et de plus en plus, avec les vagues de romances pour ado). Personne ne pense donc à recruter des personnes plus âgées, plus matures, plus expérimentées? Jamais? En général, l’apparence de jeunesse semble être le premier critère pour choisir un immortel, voire le seul. Ann Rice l’écrit noir sur blanc: pourquoi offrir l’immortalité à quelqu’un qui n’a pas une apparence parfaite? Moins que la beauté idéale serait une croix bien trop lourde à porter. Notons aussi que les critères de beauté de l’époque ne sont pas appliqués, mais bien ceux du vingtième siècle: minceur parfois extrême, âge juvénile, type caucasien de préférence.

Cette fixation sur le seul critère esthétique vient avec quelques inconvénients. Malgré une expérience si longue qu’aucun humain ne peut prétendre posséder, les vampires ont des choix remarcablement pourris quant à leur progéniture. Une société vampitrique basée, dans la plupart des cas, sur un épais secret, devrait attacher un prix élevé à la motivation du candidat, sa capacité à rentrer dans le rang et sa discrétion. Lestat est tout le contraire — il est vrai qu’il fut recruté pour son caractère rebelle et n’a reçu aucune éducation comme vampire. Louis, choisi pour des critères esthétiques, est fondamentalement mésadapté, ce qui mène à des carnages, des complications sans nombre et culmine avec une scandaleuse entrevue avec un journaliste. Ce ne sont que des exemples. Bien des histoires de vampires, au cinéma en particulier, portent sur un nouveau venu qui, incapable d’accepter sa nature, entraîne à leur perte ses créateurs.

Un candidat plus âgé serait-il préférable? Pas toujours, sans doute souvent. Le premier coup de sang de jeunesse passé, la discrétion vient plus naturellement. Un candidat plus âgé est susceptible de n’avoir plus de parents vivants, ce qui donne un coup de main considérable. Surtout, au voisinage de la mort, on devine que la motivation doit croître. Un personnage plus âgé a eu plus de temps pour développer les talents qui seront utiles à son créateur; cet aspect est rarement employé en fiction où, lorsqu’un vampire ne dispose pas d’un talent particulier pour une tâche, il se contente de recruter un mortel par des promesses fumeuses, procédé dangereux au mieux.

Pour le Cycle des Bergers, j’ai cherché à connaître les critères qui poussèrent les parents de chacun de mes vampires à les admettre au sein du peuple. Je souligne que ces critères ne sont jamais esthétiques. Les mortels ressentent souvent, au contact de vampires, le besoin d’en être, peu importe les sacrifices et les difficultés. Ce sentiment croît sans cesse avec la vieillesse et le voisinage de la mort.

11/05/2011

Encore un livre en Times New Roman

C’est heureusement rare, mais quelques monteurs utilisent encore du Times New Roman pour la mise en page des livres.

J’ai déjà expliquée ailleurs les raisons pour lesquelles le Times New Roman est un mauvais choix. J’ajouterai que c’est une fonte conçue à la base pour un journal, imprimé sur un papier poreux sur des presses rotatives. Les livres, surtout de nos jours, sont imprimés dans de bien meilleures conditions, et ne nécessitent donc pas un tel contraste entre les pleins et les déliés.

Il y a des raisons pour choisir le Times New Roman. Certaines sont bonnes, je dois l’admettre, d’autres sont mauvaises. Passons-les en revue.

Consulter le reste de l’article Encore un livre en Times New Roman sur le blogue de Philippe Roy.

10/29/2011

Une magnifique conférence de Philippe Stark

Philippe Stark est une star internationale du design. Il donne ici une conférence sur son travail, qui concerne tous ceux qui ont une profession qui demande de se servir de son cerveau (écrivains et graphistes compris). Je vous la recommande.



En plus, son anglais est atroce, preuve que tous nos colonisés néocons ne comprennent rien quand ils nous pressent d’abandonner notre langue pour adopter le mythique anglais «sans accent».

10/22/2011

Que faire ou ne pas s’en faire

Les écrivains débutants se cognent souvent le pieds sur celui-là.

La littérature est malade. Elle étouffe. Elle va bientôt mourir. Il en a toujours été ainsi, d’ailleurs. Les prophètes de malheur finiront bien par avoir raison. Mais sa maladie la plus grave est (sans la moindre contestation possible, sinon je ne vous aime plus) la chasse aux mauvais mots. C’est une chasse injuste qui conduit à des extrémités malheureuses.

Faire l’impasse sur le verbe «faire»

«Faire» est un verbe imprécis, passe-partout, ce genre de truc qui ne veux rien dire, de généralité insipide. Son suremploi peut révéler un manque cruel de vocabulaire. Dix-huit cas sur vingt (peut-être dix-neuf) il peut être remplacé par un verbe plus précis et généralement plus élégant. Soit. La cause est entendue, le verdict en rendu, le verbe «faire» est coupable. Où est le problème?

Dans la sentence, je crois bien. Je ne suis pas pour la peine de mort, et c’est encore plus vrai pour les mots.

Un jour, j’ai eu le rare privilège de recevoir un manuscrit refusé, avec les annotations du comité de lecture. Toutes les apparitions du verbe «faire» étaient soulignées comme autant d’erreurs. Même quand le mot n’apparaissait qu’une fois dans la page. Et même, et c’est plus grave, quand il faisait partie d’une locution. J’ai été un peu intrigué. J’ai ensuite appris que le terme «faire» était mal considéré, pour les raisons données plus haut. Soit. Logique. Sauf dans le cas des locutions. Excusez-moi, mais on ne peut pas rayer du vocabulaire toutes les locutions françaises qui contiennent le verbe «faire». Si?

Que faire des locutions?

Depuis, j’ai été contaminé par la maladie du «faire». Je me suis joint, à mon corps défendant, à la grande chasse aux sorcières. Je rejette le mot jusque dans mes conversations. Je sursaute quand je l’entends à la télé, comme si c’était un anglicisme («faire du sens» en est un énorme, ceci dit). Il y a un truc qui me fait encore plus tiquer.

J’ai lu quelques premiers romans. Ils souffrent souvent d’une terrible maladie: l’allergie au «faire», une forme aiguë de paranoïa qui massacre un texte. L’auteur, apprenant qu’il a employé un gros mot comme «faire» s’emploie à le supprimer. Généralement, il le remplace par «effectuer». Le personnage effectue ses courses, effectue un choix, effectue l’amour… C’en est ridicule.

On n’effectue pas l’amour, ni le ménage, ni des affaires, parfois le tri, mais c’est bizarre. Une locution est une locution, merde! Ce n’est pas imprécis, c’est une manière de communiquer, c’est comme un mot, mais en plusieurs.

Parlons-en «d’effectuer»

D’ailleurs, en quoi utiliser «effectuer» au lieu de «faire» est-il préférable? C’est tout aussi imprécis, fourre-tout, passe-partout et vague que «faire». Une fois de temps en temps, c’est le mot juste.

Par exemple, j’ai lu un jour un triste roman de sorcières (que je ne nommerai pas). C’est un cas classique de «excusez-moi, je ne savais pas que “faire” était un gros mot; je vais ef-fec-tuer un chercher-remplacer avec “effectuer” tout de suite».

Nous voici avec cinq «effectuer» par page. Alors on effectue un choix, on effectue un virage, on effectue la vaisselle…

Pourquoi ne pas choisir, virer ou laver? L’idée est d’être concis et précis, pas d’effacer les «faire» pour le remplacer par un synonyme avec plus de syllabes.

10/14/2011

Comment vous donner des nouvelles

Peu de mises à jour, puisque mon nouveau boulot de papa me prends pas mal de temps et, surtout, d’énergie.

Me voici en effet dans le club pas très sélect des écrivains qui composent avec un travail, une famille et l’écriture. Je suis tout de même parvenu à envoyer un nouveau texte, ou verra ce qui se produira. J’ai un peu l’impression que mes travaux d’écriture stagnent mais j’ai tout de même trois textes devant des comités de lecture, ce qui est à peu près un record personnel.

J’ai commencé hier à me remettre aux révisions de mon roman, accomplissant des retouches au style alors que j’ai bien un chapitre ou deux à rajouter. C’est tout de même rassurant de constater que je peux encore travailler le style malgré les interruptions de ma nouvelle (et toute petite) patronne et les nuits en trois ou quatre morceaux. L’automne, heureusement, m’inspire toujours autant.

Pour continuer dans la tradition un peu négligée, voici un extrait de mes travaux d’hier.

Alors cette période ancienne lui revint, qu’il avait presque oubliée, une vie de mercenaire au service d’un pape, puis d’un seigneur, enfin d’un roi, l’époque où il se baignait dans un sang qui n’avait pas encore une odeur délicieuse, où il fouillait les cadavres avant de les abandonner aux corbeaux, afin de prendre un peu d’avance sur une solde qui ne venait pas toujours. Le sang ramollissait la terre sous ses pieds, la transformait en boue que le soleil venait sécher; en pourrissant, elle prenait l’odeur infecte de la mort. L’odeur était revenue, portée par les guerres toujours plus meurtrières auxquelles Jérôme avait échappé, caché dans la Sanctuaire; mais le soleil... Il avait presque oublié le soleil. Étrange que ce soit le rêve d’une poignée d’ombre qui vienne le lui rappeler.

Le personnage se laisse aller à ses rêveries dans un épisode où il raconte un rêve étrange à ses amies les gargouilles. Je souligne ce point afin d’avoir un prétexte pour glisser ici une petite image des superbres gargouilles de Notre Dame de Paris, prise par moi-même en personne.

Là dessus, je vous embrasse et retourne changer les couches.

9/28/2011

Le livre numérique va décoller l’an prochain

L’explosion du livre numérique est déjà bien réelle aux États-Unis, représentant environ 30 % des ventes actuelles de livres. Le chiffre total des vente double chaque année depuis environ trois ans. Et on n’a encore rien vu.

Cette explosion tarde à se concrétiser dans la francophonie. Les éditeurs y opposent un mélange irritant de résistance et de maladresse. La distribution est bancale, encombrée de DRM et beaucoup trop chère. Mais le livre numérique va exploser quand même.

Pourquoi le livre numérique va exploser

Le joueur le plus important du domaine du livre numérique est Amazon, avec son Kindle. Il est si dominant qu’il définit à lui seul le marché. Hors, Amazon a lancé aujourd’hui le Kindle Fire, une tablette qui lui servira à vendre son contenu numérique, y compris les livre, et qui sera vendue au prix très compétitif de 200 $ dès novembre prochain. Le modèle Kindle de base, avec encre électronique, va baisser à 70 $ pour le modèle avec publicité.

Bref, la tablette dominante du marché vient de connaître, à quelques mois des fêtes, une baisse drastique de prix, qui la ramène bien en-dessous du seuil psychologique des 100 $.

La conséquence en sera que le nombre de lecteurs dotés d’une liseuse va augmenter drastiquement dans les prochains mois. Avec elle va aussi monter la demande pour du contenu. Amazon a débuté l’implantation de son Kindle store en d’autres langues que l’anglais, donc les choses devraient s’accélérer.

Quelle devrait être la réaction des éditeurs?

Les éditeurs vont continuer à se battre pour conserver le modèle actuel aussi longtemps que possible. C’est un peu idiot, puisque les ventes de livres numériques sont tout profit pour eux, éliminant entre autres le coûteux problème des invendus.
Mais que devraient-ils faire? J’ai bien quelques idées.

Éliminer les intermédiaires

Un des obstacles auxquels se buttent les éditeurs est technologique. La conversion de leurs précieux livres papier en epub (compatible avec toute l’industrie sauf Amazon) ou mobi (format propriétaire d’Amazon) n’est pas automatique, et certains intermédiaires proposent d’assurer cette conversion en échange d’un pourcentage scandaleux des ventes, de l’ordre de 40%. Il existe des services de conversion automatiques, proposés entre autres par Smashword (Amazon offre aussi le sien), mais ils ne seraient pas à la hauteur.

C’est la raison pour laquelle certains éditeurs ne craignant pas le ridicule s’obstinent à ne proposer que le pdf, format hélas non adapté aux impératifs de la lecture sur papier électronique, c’est à dire souplesse de la mise en page et possibilité de modifier la taille des caractères. Ils prétexteront que la mise en page est un art — ce que je veux bien admettre, mais dans le cas du papier seulement. La vérité est que ce sont les fainéants qui veulent se contenter de balancer sur le web le fichier qu’il ont déjà monté pour l’imprimeur, sans davantage de travail.

La vraie solution est d’opérer la conversion à la main, pour un taux fixe, et non un pourcentage. N’importe quel intégrateur web peut monter un fichier epub ou mobi en quelques heures. Bien sûr, cela ajoute au coût fixe du livre, mais pour 40% de profit supplémentaire, il me semble que ça en vaut la peine.

Ouvrir de nouveaux marchés

Si la traduction était autrefois une affaire compliquée, impliquant de se trouver un éditeur ou au moins un distributeur à l’étranger, l’éditeur peut désormais proposer une traduction anglaise directement aux librairies virtuelles comme Amazon ou le iBookstore. Encore là, il y a un coût fixe qui s’ajoute, mais le marché est considérablement mieux développé. Une fois le fichier en ligne, la distribution s’opère sans plus de gestion de la par de l’éditeur, et sans le coûteux pourcentage du distributeur. Cela devient une rente. En y investissant régulièrement par de nouveaux titres année après année, un éditeur s’assure un revenu supplémentaire durable, qui lui permettra de traduire encore d’autre titres. Je ne crois pas que beaucoup d’auteurs diraient non.

Attendre et prier

Certains éditeurs prédisent des catastrophes qui justifient selon eux leur attentisme. Le papier va disparaître, les librairies vont fermer, la qualité va diminuer jusqu’à transformer toute la littérature en cloaque.

Mais s’ils ont raison, ils devraient d’autant plus travailler à proposer une offre crédible, c’est-à-dire abordable, technologiquement adaptée et sans DRM. Parce que de nouveaux éditeurs apparaissent sans cesse et certains parmi eux ont un réel potentiel et se chargeront d’occuper la nouvelle niche écologique. Et lorsque les librairies auront disparu, comme le clament les Cassandre, où les dinosaures vendront-ils leurs livres?

Ce sera le moment

L’attentisme peut encore se justifier en raison de la faiblesse relative du marché. Mais cette année, le 26 décembre, des milliers de francophones vont se retrouver avec un nouveau jouet entre les mains et chercheront des livres à acheter. Qui leur vendra? Ceux qui le désireront.

9/26/2011

Archétypes, littérature et morts-vivants

Selon qu’on aime ou pas, on parle d’archétype ou de cliché. Et qu’on aime ou pas, ils sont utilisés en littérature. Selon qu’on aime ou pas, on dira que c’est parce qu’ils permettent de camper rapidement un personnage, sans verbe perdu, ou qu’ils palient à un manque d’imagination.

Qu’on le veuille ou non, les archétypes ont certaines qualités. Outre leur familiarité et leur côté rassurant, ils donnent une base solide pour broder. Si Darth Vader correspond parfaitement à l’archétype du vilain méchant-parce-que-c’est-méchant, son masque, sa respiration, sa manie d’étrangler tout le monde à distance pour se calmer les nerfs et son prodigieux pouvoir de trame musicale perso suffisent à créer une image immortelle. Je ne sais pas s’il est possible (ou permis par la loi) de créer une série de fantasy sans orphelin. Les archétypes sont partout. D’ailleurs, ceux qui se vantent de les éviter prouvent plutôt qu’ils ne savent pas les reconnaître dans leur propres écrits.

Quand l’archétype devient cliché

Certains diront que l’archétype devient cliché quand il est surutilisé. Romero a dirigé un film de zombies marquant, Night of the Living Death, et tous les autres en sont plus ou moins inspirés. Les zombies de Romero sont des archétypes, les autres sont des clichés.

C’est vrai. L’archétype est, par définition, l’idée originale, parfaite, qui inspire les copies dégradées. C’est selon moi un concept philosophique vaseux, mais ça semble s’appliquer à merveille à ce cas. Cliché, par ailleurs, est un terme d’imprimerie. Il désigne un moulage réalisé à partir des caractères typographiques d’origine, ce qui permettait de réimprimer un livre sans avoir à se taper tout le montage lettre à lettre, qu’on devine long et coûteux. C’est donc une copie conforme, et nécessairement inférieure à l’original.Romero a créé l’image que nous avons des zombies, qui est très différente de l’idée originale d’un corps animé pour exécuter la volonté d’un maître. Il a du coup créé le survival horror et plus ou moins tout le cinéma d’horreur moderne. L’idée fut si forte que personne n’est véritablement arrivée à s’en défaire. Les nouveaux films de zombies, y compris les remakes des films de Romero, tombent dans le cliché. Épidémie mondiale, zombies tués par une balle dans la tête, faim déchirante de chair humaine, caractère extrêmement contagieux: la recette est connue.

Lord Ruthven, davantage que et bien avant Dracula, fixa l’archétype du vampire aussi dangereux que séduisant. Avant lui, le vampire était un monstre repoussant et peu raffiné. Le Dracula du roman avait toutes les caractéristiques monstrueuses du folklore mais, dès Bela Lugosi, il emprunta les traits raffinés de Lord Ruthven pour ne plus jamais les lâcher. Lestat vient de là, et Edward tente bien que mal d’entrer dans ses souliers. Si on écarte ces exemples illustres, bien des vampires n’étaient que des clichés de Lord Ruthven.

Donc, faut-il tout arrêter? Après Night of the Living Dead, fallait-il arrêter les films de zombies? Comment alimenter les hordes d’amateurs décervelés dans ce cas? Et après Lord Ruthven, fallait-il arrêter les vampires? Quitte à sacrifier Dracula et mettre Bela au chômage?

Et puis quoi encore?

Les soucis de l’archétypes vampiro-zombiesques

Et si le problème était tout simplement un peu de paresse?

D’après moi, le soucis survient quand on oublie de traiter le monstre comme un personnage, et qu’on l’utilise plutôt comme une sorte d’embuche ou élément du décors. Le zombie cliché n’est pas un personnage, mais une embuche. Le vampire cliché est un instantané collé à la va-vite pour combler une envie de sexe dangereux. Mais Lord Ruthven était lui même inspiré d’un autre archétype. C’est le séducteur dangereux, le Casanova, le Don Juan — ou Lord Byron. Polidori lui a ajouté des crocs, c’était son invention. Pour créer un vampire qui soit un personnage, il suffit peut-être de donner des crocs à un autre archétype. Eric Northman est un barbare du nord avec des crocs, ce qu’aurait pu devenir Conan avec un peu plus de mille ans et un appétit coupable pour le sang de fée.

Les zombies se vautrent dans le cliché d’autant plus qu’on se demande de prime abord comment en faire des personnages. L’ennui, encore là, est de prendre les zombies de Romero comme archétype. Même dans Night of the Living Dead, et encore plus par la suite, Romero a traité ses zombies comme de véritables personnages, capables de stratégie limitée, de courage, voire d’héroïsme. La série des «Return of the Living Dead» (les trois premiers, en tous cas) poussaient encore plus loin la caractérisation du zombie, offrant ce qui reste la seule alternative au mort-vivant de Romero.

Il ne peut pas y avoir trop de vampires, de zombies ou de loup-garou, pourvu que l’on se donne la peine de créer de véritables personnages.

9/25/2011

L’influence du vampire

>Depuis la fin du vingtième siècle avec ses Blades et ses Buffy, on a connu une forte poussée de l’apparition du vampire de type «goon», une quantité négligeable dont le pouvoir, essentiellement physique, se situe à mi-chemin entre celui des simples mortels et celui du héros.

Parallèlement, perdurait le personnage du vampire éclatant, puissant, séduisant et presque invincible incarné par Lestat et banalisé par Edward Cullen. Ce vampire là, aussi jeune et sentimental soit-il, est presque un dieu. S’il a décidé de mettre un mortel sur son menu, il faudra plus qu’une lycéenne pour l’en empêcher.

La principale différence entre le vampire «goon» et le modèle supérieur? Le goon n’est pas séduisant. Il est même souvent monstrueux.

Le pouvoir de séduction presque hypnotique du vampire opère pratiquement depuis le tout début. Lord Ruthven était diablement séduisant, et de son pouvoir de séduction venait tout son danger. N’étant pas immédiatement monstrueux, il est à l’abris de la chasse aux sorcière. Sa victime venait à lui de son plein gré, il n’était pas tenu aux conduites inciviles que Dracula devra adopter, avec violation de domicile et kidnaping.

Clarimonde Concetti, personnage titre de la Morte amoureuse de Théophile Gautier, est aussi séduisante au-delà du concevable, parvenant à insinuer son venin jusque dans le chaste cœur d’un jeune prêtre.

Au cinéma, le Dracula de Tod Browning est la première apparition, à ma connaissance, du pouvoir hypnotique du vampire. Il reste possible de lui échapper; lorsque Van Helsing y parviendra, Dracula le félicitera : «You have a very strong will!» (prononcer avec un fort accent hongrois). Reste que Van Helsing est une exception. Face au Dracula de Lugosi, un mortel ordinaire est perdu. Le vampire s’approchera de lui et sa victime, horrifiée, se laissera faire sans un geste de défense.

Les vampires et le jeu de la séduction

Dans le jeu de rôle Vampire: the Masquerade, ces pouvoirs se divisent en deux grandes discipline. L’influence sur les émotions est le domaine de présence, alors que l’influence mentale directe est le doamine de la domination. Avec ces deux disciplines, le jeu parvient à cerner admirablement les instances des pouvoirs d’influence des vampires dans la littérature comme au cinéma.

Le vampire fraîchement muni de sa présence inspire d’abord l’admiration de ceux qui posent les yeux sur lui. Vient ensuite l’intimidation: en présentant ses crocs et en émettant un feulement caractéristique, le vampire parvient à intimider sa proie ou son adversaire. Si cela fonctionne à merveille avec les scream queens, les spectateurs sont moins effrayés; les vampires de tout acabit ne s’en privent pourtant pas. Ensuite, le vampire peut exercer sa célèbre séduction, tel Lord Ruthven et Clarimonde. Le pouvoir suivant permet d’appeler à lui sa victime, même de très loin, comme on en voit des illustrations magnifiques dans The Hunger ou Night Watch. Le personnage de Alyssa Milano y succombera quelques fois, entre deux scènes de nudité, dans Embrace of the Vampire; ce genre de somnambulisme érotique n’est pas rare au cinéma. Enfin, le vampire peut démontrer une telle majesté que toute personne le voyant doit lui obéir et le traiter avec déférence.

Domination est la discipline des ordres directs. Un simple mot pour commencer, puis des ordres complexes. C’est le domaine du Dracula de Browning. Le troisième pouvoir, très pratique, permet au vampire d’effacer certains souvenirs de sa victime ou de les retoucher à sa guise; les vampires de True Blood emploient ce pouvoir sans arrêt. À l’étape suivante, le vampire peut, sur une période plus ou moins longue, opérer un conditionnement sur un mortel, le rendant particulièrement réceptif à son influence. C’est le cas classique de Renfield, clerc de notaire soumis à la volonté du comte Dracula, et qui peut même ressentir son influence à distance. Bien entendu, un tel conditionnement est très souvent fatal pour la santé mentale de sa victime. Si ça ne turlupine pas trop la conscience du maître, ça le laisse tout de même avec un serviteur souvent plus nuisible qu’autre chose. Le vampire a enfin la possibilité de posséder un mortel, passe-temps préféré de la reine des damnés de Ann Rice.

Séduction vampirique: mode d’emploi

À ma connaissance, jamais un auteur n’a tenté d’expliquer le fonctionnement des dangereux pouvoirs de séduction des vampires. Il vont de soi. Ils sont en général instinctifs. Dans True Blood, même la toute jeune Jessica est capable d’utiliser le «glamour» sans le moindre soucis.

Comme je n’aime pas beaucoup les descriptions froides et les «on va dire que…», je n’ai jamais su me contenter de cet a priori.En travaillant sur mes diverses histoires de vampire, j’ai développé des hypothèses que j’utilise dans mes descriptions, chaque fois qu’un vampire utilise ses pouvoirs sur un humain.

La beauté naturelle (ou surnaturelle)

L’un des postulats de départ de tout l’univers vampirique de Ann Rice est que tous les vampires sont beaux. Les vampires sont choisis afin de partager la vie éternelle, et il va de soi que seuls les plus beaux spécimens méritent un tel privilège.

On pourrait être tenté d’objecter qu’il y a des tonnes d’autres critères valables (comme le simple fait d’être assez psychopathe pour accepter de passer l’éternité à bouffer des humains vivants), mais on ajoutera à la défense de Rice que ses vampires sont assez susceptibles au pouvoir de la beauté. Ainsi, Lestat refusera toujours de détruire Armand, malgré les multiples tentatives de ce dernier d’attenter à sa non-vie ou celle de sa progéniture, tout ça parce qu’il est si booo! D’autres auteurs on appuyé à fond sur la beauté naturelle des vampires sans même chercher à l’expliquer, et je ne donnerai pas de nom.

Quoi qu’il en soit, les mortels que nous sommes sont influencés, jusqu’à un certain degré, par l’apparence physique; c’est un fait indéniable. Un vampire super trop canon part donc avec une certaine longueur d’avance, d’autant qu’il a une éternité pour pratiquer son maintient et sa posture.

La scène de séduction de La Morte amoureuse, particulièrement saisissante, peut entièrement être mise sur le compte de la beauté écrasante de Clarimonde Concetti.

L’aura de l’immortalité

En plus d’une hypothétique beauté, le vampire bénéficie aussi de la prestigieuse aura de l’immortalité. Dès qu’un mortel comprend, même subconsciement, ce qu’il a devant lui, on peut facilement lui prêter une sensation de vertige, sinon d’extase, semblable à celle que l’on éprouve devant la voûte céleste, un monument ancien ou la force infinie de la nature. L’immortalité vient certainement avec ses signes. Après quatre ou cinq siècles, un vampire peut certainement sembler étranger. Plus sage peut-être, ou plus étranger aux valeurs et à l’expérience humaine. Peut-être plus animal, plus monstrueux. Un mortel se retrouve alors face à un étranger, d’un type qu’il n’a jamais eu la chance d’appréhender, de voir à la télé ou d’imaginer. On peut imaginer que la puissance des suggestions d’un tel être serait considérable.

La fascination prédatrice

On a longtemps attribué aux serpents un pouvoir hypnotique sur leurs proies. Ce pouvoir est bien entendu simplement imaginaire, mais il faut admettre que, face à un prédateur, les proies ont souvent le réflexe de figer sur place. Qui n’a pas ressenti la paralysie glaciale de la peur?

Ce réflexe de paralysie peut très bien s’expliquer par notre évolution. Pour les bipèdes que nous sommes, la fuite est rarement une option devant un prédateur plus rapide. Si un de nos lointains ancêtres était surpris à l’écart de son groupe, la meilleure solution était sans doute de rester immobile et espérer passer inaperçu.

Notre premier réflexe face à toute agression est le recul. Un individu colérique provoquera presque toujours une réaction de crainte circonspecte, même devant des individus n’ayant en principes rien à craindre. Devant un inconnu défiant, nous détournons le regard, nous baissons les yeux. L’idée de se défendre ou de relever le défi ne vient qu’ensuite.

Le vampire est le prédateur ultime de l’être humain. Adapté à son milieu de vie, camouflé par la foule, assoiffé de sang. La défense est futile, la fuite impossible. Sa victime ne recevra de son instinct de proie qu’une commande: la plus abjecte soumission, avec l’espérance d’être épargné.

Un simple don

Les gens ont longtemps cru au «magétisme animal» qui fit la fortune de Mesmer et bien d’autres charlatans. Les références à ce sujet son courantes dans la littérature du 19ième, de Poe à Balzac. Van Helsing y fait référence dans Dracula L’idée qu’une sorte de pouvoir hypnotique arrive à faire entrer un sujet en transe sans son consentement et soumettre sa volonté était encore répandue récemment, malgré les démentis des hypnotiseurs de tout poil. Cette légende a été entretenue par la fiction à cause de la fascination qu’elle inspire et les possibilités qu’elle ouvre. Un peu comme l’idée tenace (et rigoureusement fausse) qui veut que les humains n’utilisent qu’une petite partie de leur cerveau, et qui sert aujourd’hui à vendre très chers des cours parfaitement inutiles. Si l’idée a perdu un peu de son mordant, elle reste utilisée, entre autres par True Blood, qui en explore les derniers retranchements. Jessica utilisera son glamour pour éviter une scène de ménage, Bill pour mettre fin à une liaison légèrement incestueuse avec son arrière-arrière-petite-fille. Dans les teasers précédent la saison trois, Jessica s’en servait pour humilier un pilier de bar dévot et mal poli; Bill, décidément populaire auprès des dames, repoussait une vendeuse un peut trop entreprenante. Utilisé sans modération, il peut se révéler envahissant; on se prend à se demander, devant l’intolérance à laquelle les vampires sont exposés dans la série, pourquoi ils ne convertissent pas leurs ennemis en masse, tant le glamour est puissant et simple à utiliser.

La technologie extraterrestre

Il n’est pas rare que les vampires se voient attribuer de nos jours des origines extraterrestres. Cela a certainement commencé avec les débuts du cinéma d’exploitation. Ce n’est pas l’explication la plus séduisante ni la plus courante, mais elle continue d’être exploitée de nos jours, tant au cinéma qu’en litérature. Dans ce cas, le pouvoir de domination étrange des vampires peut très bien être expliqué par un quelconque gadget alien, un pouvoir de type «force», un entraînement spécial comme la «voix» dans Dune ou encore une capacité kryptonienne peu connue. Très commode.

Dans le Cycle des Bergers

Je suis très prudent avec les pouvoirs de séduction et de domination dans mes propres écrits, pour les raisons mentionnées plus haut. Ces pouvoirs sont rares, concentrés chez les vampires très anciens dans certaines lignées seulement et nécessitent un travail considérable pour affecter un mortel à long terme. Je tend à souvent présenter leur effet du point de vue de la victime, expliquant exactement ce qui la fascine ou la pousse à la soumission.

9/15/2011

Vampires et autoréférences

Les vampires sont devenus un tel phénomène culturel que personne ne peut plus les ignorer... Pas même les vampires. Leur mythe les poursuit. Tôt ou tard, on les accable de questions. «Êtes-vous des morts-vivants?» «Êtes-vous repoussés par les croix?» «Dormez-vous dans un cercueil?» «Êtes-vous plus sanguin ou psychique?»

Il est devenu difficile d’écrire une histoire sur les vampires sans traiter du sujet de l’autoréférence. Comment les vampires se sentent par rapport à l’image que la culture (cinéma, télévision, littérature, bande-dessinée, folklore, etc.) véhicule d’eux?

Les vampires aussi sont contre les clichés

Le vampire est un amoncellement de clichés, qu’on le veuille ou non. Dents pointues, soif de sang, vie nocturne, j’en passe et des meilleures. Deux ou trois suffisent à camper un personnage. Inutile de tout prendre, vaut mieux en laisser.

Les vampires ont alors la mauvaise tendance à qualifier de ridicule les clichés qui ne les affectent pas, tout en soulignant par des «ça c’est vrai» ceux qui les affectent. Louis nous dira que nous sommes bien naïfs, nous mortels, de croire qu’il serait repoussé par une croix, ou tué par un pieu fiché dans son cœur. «Des conneries» dira-t-il, voulant faire moderne. Mais le reste? Le soleil, les dents, le sang? Tout ça c’est vrai. Donc, pas si mals, les mortels.

Interview with the vampire débute donc sur une mise au point. Elle a le mérite de refléter le point du vue du personnage, celui de son auteure étant plus subtil. Ainsi, dans Queen of the Damned, un autre personnage, amnésique au bout d’une très très longue vie, doit se découvrir, apprendre qui il est et en quoi il diffère des autres. Comprenant qu’il est un vampire, il se conformera machinalement à l’image du vampire classique du moment, plus ou moins celle imposée par Bela Lugosi et Christopher Lee: la cape noire à revers rouge. C’est en présence d’autre vampires qu’il surmontera ses stéréotypes.

Vampires et société

La question de l’autoréférence dans toute fiction vampirique est donc indisociable du degré d’organisation de la «société des vampires» que l’auteur mets en scène dans son texte. En général, moins elle sera présente, et plus le vampire devra se définir en fonction du regard des mortels.

Le vampire solitaire

Traditionnellement, le vampire est un monstre isolé. Il pouvait à la limite avoir, comme Dracula, quelques sbires plus ou moins harpiestes. Assez vite, il a appris à vivre en couple. Mais toute idée d’une sorte de gouvernement parallèle des vampires, ou même un simple club social, était exclus.

Un vampire isolé se retrouve dans un totale relation chasseur-proie, où les rôles d’ailleurs tendent à s’inverser pour un oui ou pour un non. Il doit se rapprocher des mortels pour les chasser, mais il sait parfaitement que, s’il exagère, on viendra le ceuillir dans son repaire lorsqu’il sera vulnérable (ce qui se produisait d’ailleurs invariablement).

Un vampire dans cette situation a presque toujours le réflexe, et c’est assez curieux, de se mêler à la bonne société, voire la noblesse — peut-être parce qu’elle est moins encline à se balader dans les cryptes avec des torches et des bâtons pointus. Il tentera du mieux qu’il le pourra de cacher ses tares et ses instincts derrière des manières irréprochables, une grande générosité et une respectueuse galanterie. En tout point, il se définira donc comme un citoyen modèle. Mais le vampire solitaire n’est pas un mythomane, et il n’est jamais dupe de sa mise en scène. Dès qu’il a une chance de se livrer à ses instinct bestiaux et à apparaître dans toute sa gloire ténébreuse, il ne s’en prive pas.

Le problème de l’autoréférence se posait peu à l’époque, mais le vampire était déjà une mode qui faisait littéralement fureur. Féval disait lui-même qu’on ne voyait partout que des vampires et s’en désolait, avant d’en ajouter quelques uns. Dans sa position délicate, le vampire solitaire doit redoubler de prudence. Il doit s’effacer de la société des mortels, mais on ne peux pas vivre très longtemps sans société. Il cherchera un compagnon, mais les histoires d’amour finissent mal (en général). Il lui faut alors composer d’une manière ou d’une autre avec la société des mortels.

Une de ces manières, assez rare, est de sombrer dans le déni. Les vampires n’existent pas, c’est absurde. Ainsi Martin, dans le film éponyme de George Romero, passe une bonne partie de son temps à expliquer qu’il n’est pas un vampire à son oncle, qui s’apprête à le tuer, et sa cousine, qui entretient quelques doutes. Le reste du temps, il égorge des victimes ou tente d’établir une relation amoureuse avec une mortelle. Rassurez-vous: ça ne resemble pas à Twilight.

Le vampire solitaire utilise parfois son mythe afin de se nourir. Ainsi, dans le film The Hunger, les vampires vont chasser le gothique dans un spectacle de Bauhaus, utilisant leur image très en vogue pour séduire un couple en mal d’émotions fortes (ils seront servis). C’est une pratique en perte de vitesse; nous ne sommes plus dans les années 80, et Bauhaus ne donne pas de spectacle toutes les semaines (hélas).

Une autre manière est de tenter d’établir une relation avec les mortels. Dans le trop peu connu film canadien Blood and Donuts (ne vous laissez pas distraire par le titre, c’est une petite merveille), le vampire se crée à la faveur de quelques bonnes actions des amis parmi les désœuvrés et les laissés pour comptes qui gravitent autour d’une beignerie. Mais ce n’est pas nécessairement simple. Il faut commencer par surmonter les préjugés engendrés par le folklore, et vaincre des méchants qui, avides de pouvoir, tentent invariablement de voler l’immortalité des autres. Ce n’est pas si difficile partout cependant. Dans un film dont j’ai oublié le titre, les vampires parviennent à se mêler sans problème au mortels et peuvent même avoir des petites amies qu’ils bassinent sans arrêt à propos de leur malédiction tout en redoublant leur secondaire depuis presque un siècle. La belle vie quoi! Quoi qu’il y a toujours un loup-garou qui fait chier.

Le vampire grégaire et son identité

Quand l’indice de moumounerie est moins élevé les vampires ont tendance à combler leur besoin de société en se réunissant par petites groupes. Les exemples abondent: en littérature, Lost Souls; en bande dessinée, 30 Days of Night; au cinéma, Near Dark, Lost Boys et j’en passe. C’est une solution intermédiaire entre le vampire solitaire et le gouvernement parallèle.

Le groupe tend à rester petit. Trop de bouches à nourrir attirent nécessairement l’attention. Le groupe fait rarement preuve de prudence cependant. Presque toujours, les membres s’encouragent les uns les autres à poser des gestes plus extrêmes, le chef étant généralement le plus violent de tous. Ils trouvent des moyens pour dissimuler leurs exactions. Nomades, ils sont plus difficiles à attraper. Ils peuvent capturer leurs proies dans un patelin, les torturer dans un autre et balancer les cadavres à trois ou quatre endroits différents. Avant que les morceaux soient recollés, ils sont déjà loin. Ils cherchent les lieux isolés où ils peuvent se laisser aller à leurs instincts en toute quiétude.

Les vampires qui se déplacent en troupeaux — pardon, je veux dire «en meutes» — ont assez peu de problèmes avec le mythe du vampire, pourvu qu’il reste un mythe. Dans 30 days of night, le chef de la meute est très clair: on s’est emmerdé durant des siècles pour que les humains croient que nous ne sommes que des histoires, on va pas laisser de témoins maintenant. Ils excellent à ne pas laisser de témoins. Lorsque le groupe capote, c’est parce que le petit nouveau a des gros problèmes d’intégration. D’ailleurs, comme s’ils voulaient se cacher derrière le mythe, ils sont l’antithèse du vampire solitaire et aristocrate. Même très anciens, ils adoptent les codes marginaux du moment, posant en punks, en motards ou autre «bande de jeunes».

Les vampires et leur hiérarchie

À mesure que le genre la fantasy urbaine gagne en popularité, les vampires se dotent de société complexes, avec un appareil gouvernemental développé, la plupart du temps totalitaire et traditionaliste. Les Volturi de Twilight ou l’Autorité de True Blood en sont des exemples biens connus, mais on voit ces organisations esquissées à gros traits dans des œuvres populaires comme les différents Blade (sans toujours beaucoup de cohérence, pour dire le moins) ou Daybreakers (capitalisme en action).

On aurait du mal à situer les auto références dans ce type d’histoires, parce que les cas varient beaucoup. Par définition, la fantasy présente un univers alternatif; l’auteur a donc toute latitude pour changer n’importe quel aspect de cet univers, y compris les mythes vampiriques. En fantasy, le vampire n’est plus isolé. Il a fait partie du monde durant des siècles, souvent des millénaires, et a eu l’occasion de l’influencer. Ainsi, dans Buffy, Dracula est un vampire unique, dans les pouvoirs et le comportement sont très proches de sa représentation dans les films. Il est le seul vampire, par exemple, à posséder un pouvoir hypnotique, ou encore à se métamorphoser. Il semble avoir inspiré le personnage de fiction dans un besoin de publicité. Dans l’univers du jeu de rôles Vampire : The Masquerade, Dracula est encore responsable de sa propre légende, répandant de fausses informations et venant mettre des bâtons dans les roues de quiconque voudrait le rechercher. La fantasy urbaine est l’occasion rêvée de jouer l’autoréférence.

Dans les aventures merveilleuses de Sookie Stackhouse et leur pendant télévisuel True Blood, les vampires sont directement en relation avec les mythes. Le sang synthétique permettant en théorie à un vampire de survivre sans boire de sang humain, ils tentent de sortir du garde-robe et de se tailler une place. C’est bien sûr assez compliqué. Les humains sont intolérants de nature, et les vampires ne sont pas tous d’accord avec le régime synthétique. D’autant que les vampires mentent allègrement pour améliorer leur image, par exemple en prétendant qu’ils sont vivants et simplement infectés. Les vampires luttent néanmoins contre des mythes tenaces qui leur pourrissent la non-vie. Que le récit se déroule (la plupart du temps) en Louisiane n’est pas un hasard: les références à Ann Rice ne sont pas rares, et il est explicite que les vampires et leurs fans (les «fangbangers») n’y sont pas insensibles.

Dans Perfect Creature, les vampires (appelés Brothers) contrôlent entièrement leur mythe, élevé à une sorte de religion d’état. Les humains sont tenus dans une terreur constante de la maladie, dont seul le sang des Brothers peut les protéger. Les humains acceptent de bon gré de nourrir les Brothers de leur propre sang, dans une relation où, comme dans la ferme des animaux, certains sont plus égaux que d’autres.

Dans le très médiocre (pour être gentil) Blade III, Dracula (curieusement un très ancien vampire Mésopotamien, allez y comprendre quelque chose) est très insulté des représentation kitch faites de lui par des goths. Le film est merdique, et je suis très insulté par la représentation qu’il fait des goths.

Conclusion de service

Le vampire a été étudié par la littérature sous à peu près tous les angles, et celui de le placer face au miroir (ho! ho!) de ses mythes n’est pas vierge (et re-ho! ho!). Il reste intéressant. Et je crois sincèrement que tout auteur voulant se frotter au sujet doit se demander comment son personnage se situe face à son mythe, simplement parce que personne aujourd’hui ne peut ignorer les vampires, les vampires encore moins que les autres.

9/12/2011

Lavis, photo à haut contraste et vins français

À quoi sert de travailler avec Photoshop si on ne s’amuse pas un peu?

Ici, je me suis fait un peu plaisir en traitant des photos pour obtenir un très haut contraste. C’est plus dur qu’on pourrait le croire.

Les symboles français sont immédiatement reconnaissables. Malheureusement, ils n’ont rien à voir avec les terroirs des vins présentés (en fait, ils sont tous parisiens). Au moins, ça colle de près à la thématique.


Par ailleurs, ces vins sont excellents.

9/06/2011

Mythologie, passion et écriture

Petit, tout le monde croyais que j’étais passionné de science. Je l’ai cru moi-même, à vrai dire, mais je ne le crois plus. Je crois que j’étais simplement un enfant curieux. Je me posais des questions sur tout ce que je voyais. J’ai grandi en campagne, et j’ai donc vu beaucoup de choses. Des plantes et des animaux de toutes sortes, pour commencer, et des étoiles par millions. Les citadins ne peuvent rêver au nombre d’étoiles qu’il y a dans un ciel non pollué. Dans le monde des Bergers, c’est une des premières choses que j’ai faites: remettre les étoiles en place. Ce n’est rien.

Ceci dit, dans le Je me petit-débrouille (devenu platement «les Débrouillards» par la suite), c’était surtout les récits mythologiques qui m’intéressaient. Chaque corps céleste, et surtout chaque constellation, avait son histoire. Comme j’étais aussi passionné de mots, j’avais recçu de grands dictionnaires en cadeau (si si, ça existe) et je cherchais les noms de ces personnages, dieux ou mortels, passant de l’un à l’autre au gré de leurs généalogie (ou de leurs aventures, surtout dans le cas de Zeus). J’ai appris par la suite que je n’étais pas le seul.

Même sans contexte

Ce qui me frappe aujourd’hui, alors que j’essaie de tisser des histoires, c’est que tous ces récits mythologiques que j’ai lu et relus me passionnaient en dépit de tout contexte narratif. Même en termes encyclopédiques, avec les renvois et les différentes versions, les mythes gardaient leur magie. Saturne dévorant ses enfants, l’orgueilleuse Cassiopée, Perséphone et les enfers... Et Héraclès, Héraclès surtout, destiné à être un héros, massacrant sa propre famille, expiant à travers ses travaux, tuant des monstres invincibles, puis forcé de se suicider à cause de la jalousie de sa femme. Destins tragiques, dieux cruels, tout frappait l’imagination.

Les mythes religieux ont cette force: ils renferment tous quelques chose de fondamental, de fascinant, qui conserve sa force même hors de tout contexte narratif. Peu d’auteurs contemporains ont élaboré un mythe comparable à la puissance d’un Percée, chevauchant Pégase, terrassant un monstre en lui présentant la tête de Méduse pour sauver Andromède, fille de Cassiopée. Notez que chaque personnage ici a son nom et son histoire propre. Pégase n’est pas un membre d’une espèce de chavaux ailés, c’est un exemplaire unique, fils d’un dieu et d’une gorgone, à la naissance miraculeuse.

Le phénomène de la naissance miraculeuse est très commun dans les mythes du monde entier. Dans la mythologie grecque, Pégase est en bonne compagnie et Athéna, née de la cuisse de Jupiter ,et Dionysos, né de sa tête ne sont que deux exemples. La mythologie Chrétienne présente bien sur Jésus Christ, né comme on le sais d’une vierge, ou encore Isaac, né d’une mère stérile et âgée de 90 ans. Horus, dieu Égyptien bien connu, nait de l’union d’Isis avec un Osiris momentanément ressucité, auquel elle avait greffé un sexe d’argile pour replacer l’ancien, dévoré par les poissons. Bien peu de personnages divins, à vrai dire, ont une naisance normale, et plusieurs personnages mythologiques partagent avec eux l’honneur de la naissance miraculeuse.

Héros modernes

Un auteur peut facilement se prendre à rêver devant tous ces grands mythes, qui passionnent encore après des millénaires. Toutes nos recherches sur la narration, sur le rythme et la manière de raconter des histoires ne sont donc que de la foutaise?

Ces mythes mémorables qui  ont traversé les millénaires sont le résultat d’une sorte de sélection naturelle des idées. Tout le long de son histoire, les hommes ont inventé des personnages ou les ont modifiés, adaptés à leurs époques. Les idées les moins mémorables ont été effacées ou intégrées à d’autres. Le panthéon égyptien a prêté ses dieux au grec, qui ont retransmis les leurs presque intégralement aux romains. Le récit du Déluge est une adaptation par les Juifs d’un épisode de l’Épopée de Gilgamesh, la plus ancienne épopée écrite connue.

Peu d’auteurs modernes ont su créer de telles icones, capables d’être reprises, adaptées et de prétendre à l’immortalité. Il y en a tout de même quelques unes. H. G. Wells a lancé tous les grands thèmes de la science fiction. Bram Stoker avec son Dracula, Mary Shelley avec Frankenstein, Robert E. Howard avec Conan, Lovecraft avec Chtulhu et sa bande de joyeux drilles. Dans plusieurs cas, les monstres ont considérablement changé avec le temps. Dracula, en particulier, n’a pas grand chose à voir avec l’original. C’est le prix de l’immortalité. Le monstre a volé en douce le nom de son créateur. Conan est devenu une bête épaisse, en accord avec les modestes ambitions des scénaristes américains et la capacité d’expression d’un culturiste devenu acteur (devenu gouverneur). Mais les personnages vivent, tout le monde les connaît, chacun peu les réinterpréter.

Les personnages de bd sont en bonne voix aussi, mais il leur reste la barrière de la marque déposée. Alors que la littérature impose une limite au droit d’auteur (quelques décennies après la mort de l’auteur, variant selon les pays), les super-héros sont des produits commerciaux. Ils vivront tant que leurs propriétaires y trouveront un profit. Pour le moment, ils le trouvent. Star Wars aussi réussit assez bien dans le domaine des marques déposées.
Si ces mythes modernes, entretenus et parfois créés par un marketing tapageur et le culte du produit dérivé, sont farouchement défendus par leurs ayant droit, ils restent qu’ils sont adaptés en parallèle par la fan fiction. Impossible à diffuser, d’une qualité suspecte (un véritable auteur ne créerait-il pas son propre univers?), la fan fiction reste le meilleur indice qu’un mythe a le potentiel de l’immortalité.

Essais et erreurs

Qu’ils soient anciens ou modernes, les héros immortels ont comme point commun d’avoir été approprié par plusieurs auteurs indépendants les uns des autres. Ils ont été réinterprétés, réinventés. Murnau rendit Dracula sensible au soleil, un autre l’affubla d’une histoire d’amour avec Mina Harker. Elle-même tend à se transformer en vampire, à la faveur des Gentlemen Extraodinaires et des leurs émules.

Si une modification plus ou moins majeure au mythe obtient le sufrage des auteurs suivants, c’est que cette modification ajoute au caractère fascinant du personnage. Mina Harker aurait certainement été terrifiée à l’idée de devenir le monstre qu’elle combattait, mais il faut bien admettre que «vampire» résonne plus que «sténographe». Dracula serait furieux qu’on affirme qu’il puisse tomber amoureux, et en particulier de cette gourdasse, mais l’amour vend, et surtout l’amour immortel. Jonathan est le grand oublié de l’histoire.

Notons que le Christ et sa bande n’échappent pas non plus à ces réinterprétations. Les multiples évangiles apocryphes donnent l’image d’un Christ aux valeurs passablement trop orientales pour les églises actuelles, probablement parce que les évangiles étaient avant tout des œuvres de propagandes, certaines devant soutenir l’empire d’occident, d’autres l’empire d’orient, d’autres encore le gnostisme. Les descendants ou réincarnations du Christ, les nouveaux prophètes et les autres charlatans continuent aujourd’hui encore ce travail d’appropriation. La tradition elle même ajoute des mythes, tel le juif errant. Une tradition médiévale identifie Marie-Madeleine à une prostituée, ce qui est complètement inexplicable, mais tellement repris que plusieurs deraient prêt à jurer que c’est... parole d’évangile. Même les œuvres de fiction influencent le mythe du Christ et la perception que nous en avons. Ce n’est pas pour rien que le Vatican s’est ému du Da Vinci Code, ou que des cinémas ont été menacés d’incendie s’ils présentaient Last Tentation of Christ. Les  mythes ne sont jamais fixés dans le roc, ils évoluent et se transforment.

Chaque nouvelle adaptation fait donc plus que publiciser le mythe: il ajoute à ses caractéristiques. Les ajouts fascinants colleront, au déplaisir des orthodoxes, et seront repris. Chaque fois, le mythe améliorera ses chances d’accéder à l’immortalité. Peut-il deviendra-t-il si riche qu’il pourra fasciner même à travers le filtre encyclopédique d’un dictionnaire.

9/04/2011

Stakeland et une réflexion sur la complaisance

Il n’y a rien qui m’horripile plus en fiction que la complaisance.
Je me suis tapé, il y a deux semaines environ, un horrible navet nommé Stakeland, un amalgame prétentieux de Romero et de Matheson, la profondeur des personnages et la cohérence en moins. Pourtant, je suis assez bon public pour un série B de vampires. Mais il y avait de la complaisance et ça, ça me fout en rogne.

Qu’est-ce que la complaisance?

Mon copain Robert définit la complaisance comme, et je cite : «Sentiment dans lequel on se complaît par faiblesse, indulgence, vanité».

C’est ma bête noire. Le plus gros défaut de toute récit. Je me réveille la nuit pour la chasser de mes histoires.

Pourtant, ce n’est pas vraiment possible. Les histoires de vampires, par exemple, j’en écris à cause de l’atmosphère sombre, lourde et inquiétante. J’aime cette atmosphère, et je m’y complais. Dans mon cas, ce n’est pas grave parce que… Tiens, pourquoi au juste? J’y suis! Parce que c’est assumé. Je me complais et j’assume. Quelqu’un viendrait me dire: «vos histoires sont sombres, lourdes et inquiétantes», je dirais «ben oui, c’est pour ça que je les écrit».

D’ailleurs, je me jette comme un désespéré sur la complaisance. La violence gratuite, le sexe pornographique, l’horreur sanguignolante. Du moment qu’elle est assumée. Robert Rodriguez ne tourne que des films complaisants à outrance. Testostérone, totons, armes à feu, sentences soulignées à grands traits par la bande sonore... J’éclate de rire et je crie «encore! encore!». Sans blague, je le fais.

Bon, alors qu’est-ce qui cloche avec la complaisance?

L’ennui vient quand la complaisance n’est pas assumée. Quand elle provoque une rupture de ton agaçante. Quand elle abaisse l’histoire.
Revenons à Stakeland. Trame de base: dans un monde post-apocalyptique ravagé par des vampires, un type trop cool et trop mystérieux prend sous son aile un jeune orphelin.

Stop.

Personne n’est contre les personnages cools et mystérieux, non? Moi-même, venez me dire que mes personnages sont «trop cools et mystérieux» et je vous embrasse (vous voilà prévenu). Alors où est le problème?

Le problème c’est quand c’est fait, comme dirait Robert, par faiblesse ou vanité.

Dans Stakeland, Mister est cool... en théorie. En réalité, c’est un personnage cliché, sans le moindre passé, ni lien avec le monde, ni opinion... Aucune aspérité. Je crois bien qu’il n’a pas une seule réplique qu’il n’a pas volée dans un autre film (ou une série télé; les vampires «berserker» sont clairement pompés sur les Turok-Han de Buffy saison 7, mais sans l’explication cette fois). Mister est cool parce que le scénariste s’est identifié à lui et qu’il l’a déclaré cool par complaisance. Vanité. Il lui a mis des répliques copiées-collées en bouche pour s’entendre dire les choses qu’il trouvait tellement merveilleuses dans Dirty Harry. Faiblesse. Une fois son besoin de testicules par procuration satisfait, il n’a jamais cherché à développer le personnage. Même pas un peu. Rodriguez lui aurait donné une petite amie morte tragiquement (si possible les seins à l’air) et des flash back avec du feu. Ça aurait été encore complaisant, mais on en aurait eu pour notre argent.

L’orphelin maintenant. Pourquoi un orphelin? Ha! Oui! La relation maître élève, la quête initiatique... Ici, elle prend la forme grotesque de katas grossiers et ridicules. Le fiston fait des grands gestes de taï chi, mais avec un pieu qu’il fait tournoyer dans les airs entre les poses sans aucune raison. Et ça s’arrête là. Pas plus de quête iniatique que ça. Complaisance. Pourquoi se forcer à écrire une histoire, alors qu’on a déjà réussi à glisser la scène d’entraînement trop cool? Faiblesse. «Tiens, elle est trop cool notre scène, alors on va la rejouer trois fois à différents endroits du film.» Vanité.

En plus, c’est pratique, un orphelin. Pas besoin de s’emmerder à lui donner une famille, une histoire. Tout du long, on entend jamais un mot sur son passé, sur le monde qu’il a perdu, sur ses parents assassinés devant ses yeux. Son père était un brave type, pourtant. Quand Mister se plante devant lui, pas un mot pour lui demander de l’aide. «Protégez-le», dit-il simplement avant de se laisser suicider sans une seconde d’hésitation par Mister (parce que Mister, c’est un vrai dur). Le fiston est passablement ingrat. Pourtant, il s’attache à vitesse grand V à la bonne sœur totalement inutile, à la femme enceinte de service, à la fille de la fin qu’ils mettent là seulement parce que ça prend une histoire d’amour même si on a pas le temps de la développer. Ils les rencontre une fois, et il est prêt à risquer sa vie pour eux. Et quand ils meurent, il pleure, il est inconsolable. C’est qu’il est sensible, le bougre. Qu’il ne pleure pas sa famille, c’est normal: c’est parce qu’il est un orphelin par complaisance. Faiblesse. Paresse.

Et les méchants! Des fanatiques religieux, bon point. Ils ont une doctrine tirée par les cheveux, mais ce ne sont pas les premiers. Les vampires sont envoyés par Dieu pour purifier le monde, et ceux qui luttent contre eux luttent contre Dieu. Bon, les vampires veulent les bouffer comme tout le reste, donc ils doivent en principe se défendre eux aussi contre eux. Comment ils font sans les tuer? On en sait rien. Paresse. Leur chef est laissé par Mister pour être dévoré. Il reviendra à la fin, seul vampire intelligent. Il leur expliquera que c’est parce qu’il les a accueillis, qu’il les a laissés le dévorer. On ne sait pas pourquoi. Ce type là ne semblait pas plus brillant que les autres, pourtant. Se peut-il qu’il aie raison? Finalement, c’était pas tout des conneries? On n’en saura pas plus. Pourquoi creuser, on leur a donné le rebondissement final? Paresse. Et l’explication grandiloquente qu’on nous enfonce dans la gorge, elle signifie quoi? Rien, le scénariste la trouvait trop cool. Vanité.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Le film est censé se passer aux États-Unis, mais il a été tourné au Canada. Comment je le sais? Tous les journaux sur lesquels les personnages tombent sont des journaux canadiens. Montreal Gazette. National Post. On prend ce qui traîne, pourquoi s’emmerder à aller à la tabagie du coin s’acheter des journaux américains? Paresse.

Complaisance, faiblesse et vanité

On pourrait continuer comme ça sans fin. Mais je crois que j’ai finalement trouvé.

Ce n’est pas la complaisance, le véritable ennemi. Les vrais problèmes sont la vanité et la faiblesse.

Avec la somme de travail qu’exige un roman (ou même un scénario), on comprendra, j’espère, qu’un créateur s’applique à des sujets qui lui plaisent, qui lui procurent un certain plaisir. L’ennui, c’est que la complaisance risque de le pousser à s’arrêter en chemin.

Combien d’auteurs veulent écrire comme untel ou l’autre? «Dans le style de Stephen King», on le lit, on le sent. C’est toujours raté. Pas parce que King est un génie, mais parce qu’une œuvre créée pour imiter un style est marquée dès sa naissance par la complaisance. L’auteur éliminera lui-même toutes ses bonnes idées, lorsqu’elles menacent de l’éloigner du maître. Lorsque, au contraire, elle ira dans le «bon sens», il l’acceptera sans tenter d’aller plus loin.

C’est le principal ennui avec Stakeland. Les emprunts sont clairs. Quand le scénariste réussit à placer la réplique qu’il a tant aimée dans les autres films, il cesse de travailler le dialogue. Ce n’est plus une œuvre, mais une sorte de composition bancale, casse-tête réalisé avec les pièces de dix autres.
La vanité pousse à imiter le style d’un maître, la paresse empêche de créer une œuvre à soi.

Et moi, dans tout ça?

La critique est aisée, l’art est difficile, disait Destouches.

Justement! Je m’emmerde assez à essayer de créer des personnages un peu développés et des mondes un peu profonds pour accepter qu’on me serve une version cheap de Romero meet I am Legend meet Madmax, avec des personnages en forme de silhouettes découpées.

Il faut une sacré dose de vanité pour oser remplir des centaines de pages de petits signes typographiques et prétendre que cela arrivera à intéresser quelqu’un. Mais c’est l’humilité qui rend ces caractères compréhensibles, voire intéressants. L’humilité qui pousse à se remettre en question, à se relire, à accepter la critique. Plus l’histoire est bonne, plus l’auteur est humble. Et moi qui prétends écrire de bonnes histoires, je m’enorgueillis de mon humilité.
Pourtant… Quand j’ai soumis, il y a deux ans, un manuscrit que je croyais moi-même imparfait, c’était la paresse qui me possédait. Mon orgueil me tirait en arrière, me disait : «Tu ne vas pas soumettre ça? Allez, encore deux ou trois ans de travail, et ce sera présentable.» La paresse répondait: «On ne va pas y passer notre vie non plus! Il y aura toujours des choses à améliorer. Ils ont déjà publié des trucs plus mauvais». Les deux avaient raison. Reste que j’ai repris le collier. Comme quoi, l’orgueil peut avoir du bon.

J’aime bien les phrases enjolivées, les arabesques littéraires. Je les aime chez Hugo, chez Zola, chez Seignolles, chez Nothomb. Je les aime chez moi aussi. Quand ces formes commencent-elles à devenir précieuses, suffisantes ou pire, confuses? Difficile de le dire. Je dois me relire après des mois, rejetant ma paresse naturelle et mon orgueil. Heureusement, j’aime aussi le style concis, clair, droit au but, le style de Thomas Owen. Et le style coloré et éllipsé de Jean Ray. Seignolles c’est tout ça, alors je me dis que ce doit être possible.

S’il est sain de se faire plaisir parfois, il faut aussi savoir se fouetter. Soumettre (ou même publier) des merdes, je l’ai déjà fait. C’est si j’en étais fier qu’il n’y aurait aucun espoir.

Alors je n’ai pas le choix, en cette période de relecture. Chasser partout la complaisance, tout en me vautrant dans l’atmosphère gothique que j’adore. Pianoter une partition de vampires post-apocalyptiques poursuivis par des fanatiques religieux, avec la crainte tenace et salutaire de cracher un autre Stakeland.

9/01/2011

Cœur de flammes

Dans le commerce, on a toujours un char d’avance, alors je travaille depuis hier sur des promos pour la Saint-Valentin, ce qui m’amène à dessiner des cœurs enflammés. Voici donc deux de mes petites expériences.



Je suis curieux: laquelle préférez-vous?

Mise à jour: ajout d’un tutoriel

J’explique ma méthode pour dessiner des cœurs de feu ici.

8/30/2011

Les fontes les plus utilisées par les designers

Mon article sur les polices à utiliser pour monter un roman (ou un autre livre de fiction) est très populaire. Peut-être un peu trop; j’en viens à me demander si certains ne résument pas la typographie au choix d’une fonte. Il y a pourtant beaucoup de choses à savoir sur la mise en pages d’un roman.

Quoi qu’il en soit, je suis tombé sur cet article très complet (mais en anglais) sur les fontes les plus utilisées par les designers.

Je n’aurais pas ajouté times new roman à la liste, parce que les designers ne l’utilisent jamais, à cause de son ubiquité en secrétariat. Pour le reste, c’est un guide assez complet avec des remarques très pertinentes et instructives.

8/29/2011

Noir Azur par Dave Côté

Manquant à ma résolution de ne plus encombrer mon espace vital avec ces vilains trucs que l’on nomme «livres papiers», j’ai précommandé «Noir Azur» de Dave Côté, au moyen d’un projet Ullul. Parce que c’est les premiers pas de ce qui risque fort d’être un des meilleurs auteurs de sa génération, parce qu’il m’a dit qu’il avait aimé «L’horloge vivante», parce qu’il a fait gagner notre équipe dans un jeu littéraire et parce que les Six Brumes montent toujours des livres à la typographie et au graphisme irréprochables (à l’exception de leur collection de petits livres noirs, pleins de lézardes et d’occasionnelles coquilles mais quand même bien jolis).

Je suggère à tous ceux qui ont le moindre intérêt pour la science-fiction post apocalyptique de faire un tour sur la page qui présente le projet, et de décider là en toute connaissance de cause. Il ne reste qu’une poignée d’achats pour réussir à amasser les fonds nécessaires.

8/28/2011

Ma liseuse et moi: après deux mois

Il n’y a qu’à voir les statistiques, le sujet est chaud. Les gens pensent de plus en plus à l’achat d’une liseuse. Hier, un homme m’a demandé si j’étais heureux de ma liseuse dans le métro; connaissant la sociabilité des usagers du transport en commun à Montréal, ça en dit long. Sa deuxième question: y a-t-il assez de livres en français? Je lui ai presque menti. J’ai dit: oui, beaucoup.

Encore les foutus DRM

Bien sûr, je pensais aux livres du domaine public, déjà disponibles par milliers. La vérité, c’est que les auteur contemporains sont protégés par les DRM, une barrière presque infranchissable pour les consommateurs.

Distributeurs et éditeurs, craignant instinctivement le piratage, incluent dans leurs livres des mécanismes d’autodestruction: passé tant d’appareils, plus moyen de lire votre fichier. À l’époque des gadget jetables, dont on ne peut même pas remplacer la batterie, c’est une arnaque. D’autant qu’ils vendent ces livres très cher, souvent à un prix qui avoisine la copie papier.

Reste que si vous achetez une liseuse, l’univers du domaine public s’ouvre à vous. C’est là-dedans que je me gave. En attendant que les marchands de livres décident de vendre des livres, je continuerai. Il y en a pour une vie.

Et la machine

Pour mémoire, je me suis acheté pour une bouchée de pain un Kobo ancien modèle, et reconditionné. Les pièces bougent, l’ensemble n’est pas très solide d’apparence, bref ou est loin des gadgets d’apple auxquels je suis habitué, qui sont beaux et solides comme le roc. Reste que je ne peux pas témoigner pour le Kobo à écran tactile actuellement sur le marché.

L’autonomie est à la hauteur. Je peux lire trois livres en entier sans avoir à recharger les piles. À vrai dire, je n’ai pas encore eu à recharger les piles. Comme on le recharge en le branchant à l’ordinateur, les mises-è-jour de la bibliothèque par calibre on suffit jusqu’à maintenant.

Un des plus graves inconforts est la lenteur au démarrage. Une bonne minute.

J’ai trouvé la manière de modifier la taille de la police, ce qui rend la lecture confortable.

J’ai pu l’expérimenter en plein soleil comme dans la pénombre d’un autobus voyageant de nuit. L’expérience de lecture est confortable dans tous les cas.

Et l’avenir?

Je l’ai dit, il n’y a plus de place pour des livres chez moi. La bibliothèque déborde, les rayons contiennent trois rangées de livres et je mets des livres à l’horizontale par-dessus. La liseuse est la seule solution.

Je ressent cruellement l’impossibilité pratique d’acheter les livres des auteurs contemporains, ceux que je contoie à Boréal ou ceux des étditeurs que je voudrais démarcher. Éventuellement, je devrai m’y mettre. Je serai alors forcé d’acheter leur livres au prix demandé, et de faire sauter le DRM à la main, ce qui est facile pour un technophile comme moi. Certains éditeurs cependant n’offrent pas encore de versions électroniques, ou seulement dans le format pdf, totalement inapproprié puisque sans la moindre souplesse. Ceux là se passeront de ma clientèle et pourront continuer de discourir sur le fait que les livres électroiniques ne se vendent pas.

8/24/2011

Vampires, morts ou vifs

On ne s’entend plus sur grand chose maintenant, en ce qui concerne les vampires. Même à savoir s’ils sont morts ou vivants.

À l’origine, les choses étaient claires: le vampire était par définition un mort-vivant qui sortait de sa tombe pour se nourrir du sang des vivants.

Les choses deviennent plus compliquées maintenant. Certains veulent que leurs vampires soient vivants. J’avoue que j’ignore pourquoi. Un vampire vivant me semble aussi saugrenu qu’un fantôme vivant.

Les deux séries de bitlit de l’heure, Twilight et Sookie Stackhouse, illustrent bien ces deux tendances. Twilight, où presque tout est décidément bonbon, refuse que ses vampires scintillants soient des morts-vivants. «Je n’ai pas l’impression d’être mort. Toi?» Pour Sookie, l’idée que son amoureux soit un cadavre animé est assez troublante, et on la comprend. Les vampires ont soin de se présenter comme des êtres vivants, accusant un virus que personne n’a jamais vu, mais la découverte de la magie, à travers les métamorphoses de son patron Sam, convainc Sookie que ce n’est qu’un écran de fumée. Les titres de la série, qui comportent tous le mot «dead», insistent joliment sur ce fait.

Vampire vivant

J’ai déjà dit que l’idée d’un vampire vivant me semble étrange, et même un peu sacrilège. Pourtant, certaines de mes histoires préférées posent franchement l’idée d’un vampire vivant. Il est alors de deux sortes: le vampire peut être un mutant, généralement à cause d’une saloperie de virus (heureusement assez difficile à attraper), soit détenir ses pouvoirs de manière héréditaire. Certaines adaptations, comme la série des Blades (je n’ai jamais lu la bd) refusent de trancher et acceptent les deux.

Ce qui compte, c’est que ce soit morbide

Dans Lost Souls par exemple, les vampires sont tous nés comme ça, comme dirait Lady Gaga. L’accouchement est pour le moins difficile: qu’elle soit ou non mortelle, accoucher d’un vampire tue toujours la mère. Il n’est pas dit si certains ont tenté la césarienne. Si les vampires peuvent vivre éternellement en principes (en réalité, les plus anciens sont assez jeunes, quelques siècles tout au plus), ils peuvent être tués simplement, par balle par exemple, à condition de s’acharner un peu (les vampires ont quand même la couenne assez dure).

Dans d’autres cas, les vampires sont soit le résultat d’une mutation, soit carrément du génie génétique, comme dans Perfect Creature ou I am Legend. Ces vampires sont vivants, et peuvent se reproduire ou non. L’union entre un vampire et un mortel peut donner un hybride.

Si Perfect Creature était particulièrement réussi, d’autres tentatives dans cette voie sont des ratages complets. Dans l’exécrable (mais très drôle) Reign In Darkness, l’avertissement comme quoi le virus présenté pourrait réellement exister plante au commencement le ridicule dans lequel le film va s’empêtrer tout le long. Je ne me souviens plus exactement de ce qui fait briller les vampirets de Twilight, mais je crois bien que c’est aussi un virus.

Qu’est-ce qui fait que je puisse accepter une hypothèse dans une œuvre et qu’elle me gâche mon plaisir dans l’autre? Le côté malsain. Il est nécessaire, plus vital pour le vampire que le sang.

Dans Lost Souls, l’idée que les vampires naissent ainsi, qu’ils grandissent et croissent comme les autres, n’est pas prévue pour adoucir les trait de gentils vampirounets. C’est glauque (très), c’est effrayant et ça fait mal. Le roman présente d’ailleurs la prime jeunesse d’un vampire élevé comme un humain, avec les problèmes d’intégration qui en découlent. L’amour d’une mortelle pour les vampires est destructeur, quelle que soit son innocence. La morale devient une affaire grave, sérieuse, un choix personnel, pas un truc collé par défaut par une auteure molasse.

De même, Perfect Creature expose directement les conséquences d’avoir des vampires créés génétiquement. Créés par des humains, ils n’ont aucune raison de de cacher. Ils sont plus forts que les humains, plus sages parce que plus expérimentés, et leurs veines recèlent la guérison de toute maladie (et, comme par hasard, la maladie est justement omniprésente dans ce monde). Il est juste qu’ils règnent, il est impensable qu’il en soit autrement. Aussi ils règnent, tête d’un véritable culte, imposant leur loi en tant que membres d’une race incontestablement supérieure, tout en se prétendant égaux. C’est comme si les conservateurs étaient capables de tenir leurs promesses. Ceux qui se posent trop de questions ont tendance à disparaître, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre de la barrière.

Croissance et vie en société pour petit vampire

Je l’ai dit, la vie d’un jeune vampire au sein de la société humaine, alors qu’il ignore tout de sa propre nature ou même de l’existence de sa propre race, est un des thèmes de Lost Souls.

Les études de ce genre sont assez rares. Quand un auteur opte pour l’idée d’un vampire vivant, c’est généralement pour atténuer leur côté dérangeant. C’est regrettable. On traverse une bien triste frontière quand un dentiste fait plus peur qu’un vampire. La conséquence de cette fuite, c’est que toute une dimension du personnage est évacuée: sa position dans le monde et son image de lui-même.

Le vampire mort

J’ai subi un violent accident de voiture, encore tout jeune. Je n’étais pas encore remis de ma première peine d’amour, quand je me suis fait rentrer dans le côté par une mini-fourgonnette, à grande vitesse, sur chaussée glacée. L’impact a eu lieu trente centimètres derrière moi. Ma voiture était pliée en deux, la marque des pneu s’est imprimée dans le banc de neige. Je m’en suis tiré avec deux coupures et un solide coup sur la tête (même pas de commotion).

Dans l’ambulance, je me suis souvenu avoir ressenti un immense bien être. Tous mes soucis s’étaient évaporés. J’étais en vie (et entier), donc le reste était devenu secondaire. Mes notes, la voiture, ma salope d’ex. Et j’ai eu cette réflexion: depuis nos ancêtres unicellulaires, tous les êtres ont partagé une farouche volonté de vivre. Ceux qui ne l’ont pas fait se sont laissé mourir. La volonté de vivre est essentielle à la survie, c’est la première, la plus fondamentale des conditions. Elle a été favorisée par la sélection naturelle à travers des milliards de générations, depuis le tout début. Ce désir de vivre nous a donné la médecine, les religions et les vampires.

Mon intérêt relatif pour les vampires date d’après mon accident (quoique…) et c’est peut-être pour cela que j’ai tout de suite associé le mythe du vampire à un désir de survie plus fort que la mort. Un désir de vivre exacerbé est donc une caractéristique d’à peu près tous mes personnages vampiriques.

Plusieurs adaptations mettent l’emphase sur tout les pouvoirs cools que les vampires gagnent à la transformation, sans trop se concentrer sur la simple idée que le vampire a, peut-être définitivement, connu et transcendé la mort. L’expérience en soit me semble pourtant traumatisante à l’extrême, plus encore que celui, fondamental, de l’accouchement.

Cette idée de la mort semble aussi effrayer les auteurs. Premièrement, il y a un tas de trucs cools que les morts ne peuvent pas faire. Imaginez si Selene, dans Underworld, était morte? Pas de petite fille, donc pas de quatrième film (un bon point pour les vampires morts). Les vampires morts ne peuvent fonder une famille, donc à quoi bon vivre en couple? (selon les puritains États-Uniens, dont certaines écrivent, avec un succès phénoménal, des histoires de vampires). Ensuite, un mort ne peux pas vraiment manger (logiquement), fumer, boire et se droguer, bref toutes ces choses que l’auteur veux vivre par procuration et qui sont sa raison d’écrire au premier chef.

Les auteurs ne sont pas tous aussi mièvres, et certains ont exploré les conséquences probables de la mort, chez un être vivant.

Retard de croissance

Que serait Interview with the Vampire sans son adorable petite Claudia? Le problème de l’esprit d’un adulte dans le corps d’un enfant a été exploré ailleurs. Le personnage principal de Vampire Junction est dans ce cas aussi, et je me souviens d’un personnage particulièrement vicieux du film Near Dark de Kathryn Bigelow. bien sûr le vampire de Let the Right One In est un enfant deneuf ans «depuis longtemps», comme dans le remake (que je refuse toujours de voir). Tous ces personnages vivent différemment leur conditions, et je crois bien que ces études psychologiques pourraient s’étendre à l’infini.

Par exemple, comment vit un garçon de quinze ans en apparence, né au moyen âge? À son époque, il était un homme en âge de porter les armes, et aujourd’hui il n’aurait pas le droit d’acheter des cigarettes. Un garçon mordu à la fin du secondaire doit-il sans arrêt redoubler l’école? Pire: alors qu’il a la maturité d’un vieillard de quatre-vingt-dix ans, devra-t-il ne connaître l’amour que de gourdasses à peine pubères? Imaginez l’enfer!

Notre apparence définit en grande partie notre rôle dans la société. Quand un passant tente du vous accoster, il est probable que vous déciderez de l’écouter ou non, selon son apparence. Comment peut réagir un vampire coincé avec une apparence d’enfant? La frustration est presque inévitable.

L’appétit vient en buvant

La mort est peu de choses: l’arrêt d’un ensemble de processus chimiques si improbable qu’il est peut-être bien unique dans un univers à peu près infini. Un retour normal des choses. Pour nous, simple mousse à la surface d’un énorme rocher humide, c’est la frontière ultime, la fin de toute signification, un ennemi que nous rêvons de vaincre mais qui nous vainc pourtant, à tous les coups. Reste que même à notre échelle, la mort est la fin d’une suite de mécanismes physiologiques.

Le mort n’a plus besoin de respirer (ce qui lui permet entre autres de dormir sous la terre) de manger ou (tremblez mortels) de baiser. Il n’est pas farfelu de penser que ces appétits disparaissent en même temps que la vie, d’autant que le vampire gagne dès le début tout un tas de nouveaux réflexes, et un nouvel appétit: une soif de sang à peu près irrésistible. Il craint généralement le feu et le soleil, ses nouveaux ennemis, ou tous les autres fléaux que son auteur aura voulu lui coller.

Le sexe avec un cadavre

Je soupçonne que le sexe, en particulier, laisse les auteurs perplexes. Si au départ le vampire est totalement asexué, le puritanisme victorien, puis la censure, aidant, les auteurs ne peuvent décidément plus se passer des très vendeuses scènes de sexe et (je le soupçonne) d’un fort besoin de compensation. Si l’idée de la mort effraie déjà, imaginer une autre forme d’intimité et de plaisir que le bon vieux rapport sexuel mutuellement consenti (et généralement dans la position du missionnaire) est un mur insurmontable. Même les vampiresses de deux mille ans récemment entrées dans la police pour combattre les méchants n’y échappent pas. Heureusement, il y a des exceptions notables et salutaires. Par exemple, Jimmy Novak dans L’Ange écarlate de Natasha Beaulieu adopte sans hésiter l’ingestion de sang dans ses pratiques sexuelles, même quand il s’agit d’autoérotisme. Qu’il ne s’agisse pas d’un vampire au sens classique (et certainement pas d’un mort) n’enlève aucun mérite à l’expérience.
Les Chroniques des Vampires est certainement la série qui est allé le plus loin dans l’érotisme suggéré, tout en mettant en scène des vampires férocement assexués (mais paradoxalement bisexuels). Avec un peu d’imagination, un auteur peut tout de même s’en sortir.

Charlaine Harris, quand à elle, n’hésite pas une seconde à accorder à ses vampires tout le sexe qu’ils désirent, et c’est beaucoup. Bien sûr, ils le font avec ingestion de sang, et c’est bien. Ensuite, le côté vaguement nécrophile de la chose n’est pas occulté, et cela repousse d’ailleurs Sookie, qui commence par se convaincre que les vampires sont vivants comme tout le monde. Lorsqu’elle découvrira la vérité, il sera trop tard: le sexe avec les vampires est vraiment trop bon; Charlaine insiste beaucoup sur les performances des mâles vampires, ainsi que sur la puissance sexuelle et le plaisir accru qu’apporte l’ingestion de leur sang. Cette part de sexe débridé explique d’ailleurs certainement une partie du succès de la série — et de son adaptation hyper-sexuée (et excellente), True Blood. Au moins, c’est fait franchement.

Si le vampire n’est pas forcément sexué, il demeure un chasseur. Un chasseur qui a l’avantage indéniable que ses proies, elles, éprouvent toujours le désir sexuel. Le sexe peut alors se transformer en une arme de chasse, comme dans The Hunger.

Le lien entre le sexe et les vampire méritera certainement son propre billet.

La société des mortels

Le vampire existe en parallèle de la société. Il peut en vivre très proche ou très loin selon les versions, mais il ne la croise jamais vraiment. Le monde est un aimant pour le vampire; de grandes forces l’y attirent. Le besoin de socialiser, la soif de pouvoir et de domination et, si l’œuvre n’est pas mièvre, le besoin régulier de se nourrir.

Selon qu’il sera vivant ou mort, la relation d’un vampire avec la société changera drastiquement. Bien sûr, il est plus difficile de se mêler aux mortels si on ne respire pas, si on ne transpire jamais ou si, par exemple dans une école secondaire, on ne présente ni croissance, ni acné et qu’on s’y pointe en voiture sport de grand luxe.

Mais il y a plus important: la mort vous place à part. Plus en tout cas qu’une mutation qui vous pâlie un peu la peau. Un mort-vivant peut, sans racisme, s’imaginer supérieur; celui qui voudra contester ça n’a qu’à faire comme lui et triompher de la mort. Il peut se croire sous l’influence du diable; sans être forcé de le croire, on pourra aisément le comprendre. Même s’il est très gentil, il se sentira forcément plus exclus que s’il est simplement un pauvre type affligé de l’éternelle jeunesse et maudit par la santé perpétuelle.

Dormir dans un cercueil

Si le vampire est arrivé jusqu’à nous, c’est à cause de quelques affaires judiciaires célèbres ou des gens, devant des témoins officiels tels que juges, prêtre et médecins, furent exumés et soumis à des mutilations, la plupart impliquant un pieu. Les bonnes gens crédules de l’époque croyaient déjà à l’astrologie, l’alchimie et la résurrection du Christ; avec de tels témoignages, les vampires ne mirent pas de temps à devenir extrêmement populaires. Reste qu’ils ne devaient cette popularité qu’à un fait très troublant: ils devaient retourner à leur tombe le jour venu. Bram Stoker, dont le roman Dracula reposait sur un déménagement de vampire, avait résolu cette question difficile en spécifiant que c’était le sol où il avait été enterré qui importait. Lorsque les caisses de terre deviennent inaccessibles à Dracula, celui-ci ne meurt pas, mais il doit retourner à sa tombe le plus vite possible. Qu’est-ce qui l’y oblige, puisqu’il n’en meurt pas? Une force, simplement. Dracula n’est pas seul dans son cas. La plupart des vampires classiques sont ainsi cloués au cercueil, et s’y font invariablement pincer. Même la très charmante Clarimonde de la Morte Amoureuse.

Conclusion: un vampire mort peut-être soumis sans autre explication à tout un tas de contraintes. Ne pas traverser l’eau courante. Impossibilité d’entrer dans une résidence sans avoir été invité. Peur des croix. Vous pouvez même en inventer. C’est donc une alternative commode pour un auteur qui se soucie de cohérence (une espèce en voie de disparition, semble-t-il).

Et le Cycle des Bergers?

La mort arrive avec son aura terrifiante. Elle effraie; mieux, elle terrifie, et aucune époque, aucune culture, n’est à l’abri de son ombre. La vampire mort vient donc avec une force évocatrice que le vampire «vivant» ne peut que lui envier. Insister sur la différences entre les personnages vampiriques et les mortels ne fait que renforcer chaque fois une impression de malaise. Si ces différences sont originales ou vues sous un angle nouveau, elles seront d’autant plus efficaces.
Je ne priverai pas mon récit de cette puissance. Mes Bergers sont des morts-vivants.