4/06/2011

Écrire son manuscrit — conseils de mise en page


Je n’ai pas la prétention de donner de conseil sur la manière d’écrire des histoires. Je suis même trop lâche pour donner mon avis. En ce qui concerne la mise en page, en revanche, ça ne gêne pas trop.

En principes, la mise en page d’un manuscrit est moins cruciale que celle d’un roman. En cas de publication, un vaillant monteur se chargera de corriger toutes vos erreurs typographiques et vos fautes de goût. Cela bien sûr dans l’éventualité où votre manuscrit n’est pas si mal monté qu’il a été jugé non conforme et rejeté sans être lu.

Les maisons d’éditions ont souvent de nos jours l’amabilité de publier sur leurs sites les exigences de présentation. Il ne reste plus qu’a s’y conformer. Ils sont en général assez peu exigeants, d’ailleurs. Marges raisonnables, double interligne, recto seulement. Si vous avez un jour la chance de recevoir un manuscrit anoté, vous comprendrez aisément pourquoi.

Il reste que, autant par mon expérience d'écrivain et mon expertise en tant que graphiste, j’ai pu développer quelques habitudes et méthodes de travail qui m’ont beaucoup facilité la vie. Alors pourquoi ne pas vous en faire profiter?

Quelle police de caractère utiliser dans son manuscrit?

Le manuscrit ne répond pas aux même contraintes que la mise en page du roman final. La principale préoccupation ici est de répondre aux exigences de l’éditeur.
Que désires l’éditeur, en général? Il y a deux écoles.

La vieille école désire un manuscrit écrit en courrier, qui imite la forme des lettres des machines à écrire IBM. C’est très laid et peu lisible, et c’est pour cela que c’est la vieille école. Courrier a la particularité d’être à chasse fixe. Chaque lettre occupe le même espace, que ce soit un «i» ou un «m», ce qui permet à l’éditeur de connaître exactement le nombre de signes par un calcul simple: nombre de signes sur une ligne x nombres de lignes dans une page x nombre de pages. Bien sûr, si vous avez l’amabilité de mentionner sur votre page de présentation le compte des caractères (et des mots) que votre traitement de texte vous a généreusement fourni, ce calcul est inutile.

C’est pourquoi les éditeurs préfèrent en général recevoir le manuscrit en Times New Roman, ce qui fait parfaitement votre affaire. Premièrement, cette fonte est très lisible. Deuxièmement, cette fonte très serrée vous permettra de sauver pas mal de pages, et donc de dollars en impression. Enfin, votre éditeur est habitué à cette fonte omniprésente et pourra d’un coup d’oeil évaluer la longueur approximative du livre.

En ce qui me concerne, je vous suggère de n’utiliser ni l’une ni l’autre.
Il existe une différence considérable entre la lecture à l’écran et la lecture sur papier. Certaines fontes sont simplement conçues pour être lues à l’écran. Les plus courantes sont le Georgia et le Verdana, mais il y en a d’autres.

Pour ma part, je travaille en Georgia et, lorsque je dois soumettre le manuscrit, je transfère le tout en Times New Roman. Je bénéficie ainsi du meilleur des deux mondes. Comme j’utilise toujours des feuilles de style, le changement n’exige que quelques secondes. Il faut dire que j’utilise Scrivener, un logiciel d’aide à l’écriture qui ne présente pas le texte page par page.

Si, pour une raison ou une autre, vous voulez connaître la longueur de votre texte en Times New Roman tout en écrivant avec une fonte opimisée pour un usage à l’écran, il existe une solution. La fonte Tinos a été conçue afin d’occuper le même espace que le Times New Roman, tout en étant optimisée à l’écran. Elle est gratuite.

Utilisez les feuilles de style

Tous les traitements de texte ou à peu près utilisent des feuilles de style. Il s’agit d’un moyen simple et puissant de formater son texte.

En gros, une feuille de style est un ensemble de paramètres décrivant les caractéristiques typographiques d’une portion de texte. Dans les traitements de textes, on les retrouve généralement dans la section «style». Une fois qu’un style est défini, l’ensemble des caractéristiques du style est appliqué au texte sélectionné.

Puisque un manuscrit peut s’étirer sur de nombreuses pages sans réclamer de changement de style, et que le formatage par défaut est souvent suffisant, je crois que la plupart des écrivains omettent d’utiliser les feuiles de style. Elles offrent plusieurs avantages.

  • D’une part, les feuilles de style permettent de changer rapidement la mise en forme d’un document. Une maison d’édition exige ses manuscrit en courrier? Un saut dans la feuille de style, et c’est réglé.
  • Les feuilles de styles servent de repère aux fonctions automatisées de table des matières et d’index. Il y a des cas où ça peut se révéler utile.
  • InDesign est compatible avec les feuilles de style des documents word. En les utilisant dès le manuscrit, vous facilitez la tâche du monteur qui se débattra avec votre prose.

De manière générale, les feuilles de style facilitent votre travail. Moins de temps passé à la mise en forme signifie plus de temps consacré à votre histoire.

Écrivez chaque chapitre dans un fichier séparé

Je crois bien que tout le monde le fait. Il suffit d’essayer d’écrire un texte tout du long pour en comprendre l’utilité. S’il faut vous convaincre, voici une liste d’avantages à cette manière de procéder.

  • Vous sauverez ainsi un temps de navigation considérable. Si le roman est un peu long, la navigation peut devenir pratiquement impossible.
  • Il vous sera possible de vous référer à un chapitre précédent tout en écrivant.
  • Il devient beaucoup plus simple de supprimer un chapitre ou de le remplacer, tout en gardant en sécurité la version précédente.
  • Si vous comptez exporter votre fichier en livre électronique, il faudra de toutes manières séparer les chapitres pour permettre la navigation chapitre par chapitre.
  • Encore une fois, vous faciliterez beaucoup la tâche du graphiste.

Conseils généraux lors de la rédaction du manuscrit

Jamais deux espaces de suite

Quelques dinosaures recommandent encore de mettre deux espace après un point. Il s’agit d’une exigence de mise en forme qui pouvait avoir une certaine utilité du temps des machines è écrire, mais de nos jours, c’est un vestige nuisible qu’il faut laisser derrière soi. Cela rend la lecture plus difficile, cela agrave le problème des rivières typographiques et c’est tout simplement une erreur; les texte n’ont jamais été monté comme cela par les typographes, même aux temps les plus reculés. De toute manière le graphiste qui montera le texte prendra soin de tous les retirer (ou alors il perdra son emploi). Si vous êtes malchanceux, il fera partie d’un culte sataniste et brûlera une poupée à votre effigie, avec les conséquences néfastes que l’on sait.

Ne sautez pas de lignes entre les paragraphes

Il est inutile de laisser une ligne blanche entre les paragraphes. Vous avez déjà laissé un alinéa, non? De plus, cette ligne blanche risque fort de se retrouver au haut ou au bas d’une page, ce qui est d’un mauvais goût consommé. Voulez-vous vraiment dépenser plusieurs dollars de plus pour imprimer des pages superflues à cause de toutes ces lignes blanches? Est-ce nécessaire de forcer le commité de lecture à lire vos dialogues artificiellement étirés sur plusieurs pages? Détestez-vous les arbres à ce point?

De toutes manières, encore une fois, le graphiste retirera ces lignes. Veuillez au besoin vous référer à la section sur les deux espaces.

Si vous voulez laisser une ligne blanche pour des raison narratives, mettez à la place un signe #.

Mise à jour

Au sujet des mises à jour de manuscrit, lire cette série d’articles sur le blogue de Dominic Bellavance.

À vous la plume

Je sais que ce site est fréquenté par un certain nombre d’éditeurs et d’auteurs. Alors, comme je n’ai pas soumis des masses de manuscrits moi-même, ne vous gênez pas pour nous faire part de vos remarques ou de vos conseils.

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