3/29/2011

L’art d’abandonner un livre


Je termine de moins en moins les livres que je commence. Juste cette année, j’en ai déjà abandonné trois. Je ne dirai pas lesquels. Ils sont tous québécois, et le milieu est si petit! Mais je ne laisse pas que les livres québécois, loin s’en faut. C’est surtout parce que j'en ai acheté plusieurs, simplement pour encourager un auteur, découvrir une petite maison d’édition, rattraper un retard. Il n’y a pas que les jeunes et leur prose truffée de gros mots ridicules, leurs textes de fantasy bourrés de québécismes ou d’angliscisme innocents, il y a aussi les maîtres et leur prose soporifique appliquée sur une intrigue qu’il faut deviner, presque inventer à leur place. Et les auteurs anglosaxons, avec leurs recettes appliquée avec une rigueur militaire, qui écrivent en imitant les best sellers de la même manière qu’un puceau fait l’amour en imitant les films pornos. J’en ai marre. Le monde est rempli de bons livres, je vais me consacrer à ceux là.

J’ai abandonné un livre dans le dernier chapitre. C’est trop tard. J’ai lu une triste histoire de vampires à l’héroïne irritante (vous connaissez déjà l’histoire: un vampire beau et ténébreux tombe amoureux sans raison apparente d’une connasse sans confiance en elle) jusqu’à la page dix-sept. C’était trop tard. Quand le livre est mauvais à la page un, il s’améliore jamais. Pire: il empire parfois, au point de causer de terribles déceptions. Cela arrive plus souvent aux auteurs confirmés; je crois que c’est à cause des à valoirs et des délais. Il y a des livres que j’aurais dû abandonner au quatrième de couverture — que je ne lis presque jamais. Et, comme je l’ai déjà dit, je le lis plus les livres à la typographie douteuse.

Pour le bénéfice des auteurs qui, à défaut de bien faire leur métier, veulent à tout prix que je souffre leur prose jusqu’à la fin, voici quelques signaux qui me feront clore les pages à coup sûr.

Les québécismes (surtout fautifs) dans un univers de fantasy.

La grosse femme d’à côté combat les dragons, non merci. Les gens ne se «pratiquent pas» à danser, et les princes ne peuvent pas «tomber en amour» avec les princesses (voir les anglicismes, plus bas).

Ennemis jurés

Les «bordels de merde» (surout dans un contexte québécois). Si vous voulez faire viril, attendez d’avoir du poil. Si vous cherchez à épicer votre polar, lisez un peu San Antonio, et recommencez après votre dépression.

Les anglicismes

Et surtout les calques. Ça suggère une culture cantonnée à la télé américaine. Une fois pour toute, ça n’existe pas la «fabrique de la réalité». Les gens dans un débat ne tente pas d’établir leur «point». «Faire du sens» c’est ridicule.

Les cascades

Rien de plus pathétique que de voir un auteur minable mettre toute ça semblance dans son personnage (travail de merde, généralement étudiant, avec une amie d’enfance à laquelle il n’a jamais osé avouer son amour), pour ensuite lui donner des qualités physiques improbable et lui faire exécuter des sauts périlleux arrière sans justification. Ça s’appelle de la compensation, ça se sent tout de suite et ça ne sent pas bon.

Les répétitions

Celle là, j’ai tendance à la pratiquer. Tout de même, si un type meurt happé par une ambulance (ironique), est-il nécessaire de me dire que le conducteur n'avait pu arrêter sa machine à temps? Que la victime n’avait pas vu l'ambulance ni entendu sa sirène? Que les ambulancier ne sont pas parvenu à le sauver? Et de me donner une tonne de détails superflus le paragraphe suivant, et l'autre après?

La trop grosse malédiction tragique

Si vous voulez que vos vampires roulent en voiture sport, sortent le jour et survivent avec du sang d'animaux tout en profitant de l'éternelle jeunesse, arrangez-vous aussi pour qu'ils ne viennent pas nous bassiner avec leur «malédiction»!

6 commentaires:

Gabrielle Syreeni a dit...

Hum... je ne sais pas si tu as lu Twilight, mais sincèrement, si c'était réellement des vampires "végétariens" comme la traduction nous laisse entendre, ils ne buveraient pas le sang des animaux, mais sucerait la sève des arbres, sapristi!

Je me suis toute de suite distancée de la panoplie de nouvelles séries à la Twilight, des rejetons à la même allure, à l'histoire trop semblable. Je comprend qu'étant fan de vampire tu ais pu t'enliser dans pareilles bêtises.

J'espère que tes prochaines lectures te seront plus savoureuses.

Gabrielle Syreeni a dit...

Oh! j'oubliais! Moi, quand j'entends/lis "bordel de merde", ça me fait trop penser à une expression française, genre que j'aurais entendu maintes fois dans Sahausse Parque! (J'espère que tu vois où je veux en venir, c'est tellement laid quand ils le disent en français)

@+

Philippe Roy a dit...

Twilight ne fait pas partie (malheureusement) des livres que j'ai quittés en cours de route, et ce n'est pas (malheureusement) le seul livre à propos d'un vampire qui tombe amoureux d'une gourdasse. Je ne me suis pas non plus «englué» dans le genre, puisque une fois lu Twilight, je crois bien qu'on les a tous lus.

J'ai lu Twilight parce que ce livre est devenu un incontournable, et que tous les livres que je pourrais sortir avec des histoires de vampires lui seront certainement comparé à un moment ou un autre. Pour la peine, je ne lui ai pas trouvé que des défauts. Son style était simple, Forks y est bien présenté. Je crois que c'est tout.
Quand aux vampires «végétariens», le terme vient de «Vampire: the Masquerade», oz il est péjoratif. Il peut donc y avoir une déviation sémantique. En gros, les vampires «normaux» utilisent ce terme pour se moquer des vampires qui, par faiblesse ou par conscience, refusent de se nourir d'humains. Je crois que c'est dans ce sens que Stephanie Meyer l'a utilisé. Ce ne serait pas la première fois qu'un terme péjoratif serait embrassé par ceux qui le portent: impressioniste et gothique (tant pour l'architecture que pour la musique) viennent tous les deux de là.

Philippe Roy a dit...

Au sujet du «bordel de merde», je crois bien que sa présence dans un certain livre que je me suis tapé en partie venait d'une trop forte dose de traductions. Il est toujours triste de voir que des jeunes tentent d'endosser le métier d'écrivain sans aimer la littérature française :\

Gabrielle Syreeni a dit...

Merci pour les infos. Je ne savais pas pour Vampire : The mascarade. J'y suis familiarisée, mais plutôt de loin que de près.

Étrange pour le côté péjoratif, mais je comprends. Je pense avoir prit au pied de la lettre le terme "végétarien". En tout cas, si j'écrivais un livre avec des vampires, j'éviterais ce terme qui me porte à confusion.

J'ai connu Twilight d'abord par le film. Je pensais qu'un nouveau bon film de vampire verrait le jour. Je m'étais trompée. Mais je ne m'étais pas arrêtée là, je me suis dis que peut-être le livre est meilleur. J'ai lu le livre, après des mois d'attente pour l'obtenir (réservation à la bibli) et... conclusion, c'est pas un livre que je conseillerais. J'avais écris un article - il y a deux ans - sur le sujet pour le publier sur mon blogue - qui n'a jamais paru, finalement. Je pense que je vais le remanier et le diffuser une première fois sur côtéblogue. Je t'en donnerais des nouvelles. Ça ira mieux pour te dire ce que j'en pense, que maintenant, parce que je ne m'en rappelle plus tellement.

Gabrielle Syreeni a dit...

Et je pense que pour être écrivain, il faut être capable d'avoir une grande ouverture sur le monde, de connaître ce que font ses contemporains tout en apprenant ce que nos prédécesseurs nous a laissé, les défauts à éviter en écriture, les bons coups souhaités. De s'en inspirer, sans pour autant s'y conformer.

C'est dommage en effet que des écrivains (jeunes ou exercés) minent notre si belle langue. Il en va autant pour les traductions. À quand les traductions dans un français international ou en québécois, même?