9/26/2011

Archétypes, littérature et morts-vivants

Selon qu’on aime ou pas, on parle d’archétype ou de cliché. Et qu’on aime ou pas, ils sont utilisés en littérature. Selon qu’on aime ou pas, on dira que c’est parce qu’ils permettent de camper rapidement un personnage, sans verbe perdu, ou qu’ils palient à un manque d’imagination.

Qu’on le veuille ou non, les archétypes ont certaines qualités. Outre leur familiarité et leur côté rassurant, ils donnent une base solide pour broder. Si Darth Vader correspond parfaitement à l’archétype du vilain méchant-parce-que-c’est-méchant, son masque, sa respiration, sa manie d’étrangler tout le monde à distance pour se calmer les nerfs et son prodigieux pouvoir de trame musicale perso suffisent à créer une image immortelle. Je ne sais pas s’il est possible (ou permis par la loi) de créer une série de fantasy sans orphelin. Les archétypes sont partout. D’ailleurs, ceux qui se vantent de les éviter prouvent plutôt qu’ils ne savent pas les reconnaître dans leur propres écrits.

Quand l’archétype devient cliché

Certains diront que l’archétype devient cliché quand il est surutilisé. Romero a dirigé un film de zombies marquant, Night of the Living Death, et tous les autres en sont plus ou moins inspirés. Les zombies de Romero sont des archétypes, les autres sont des clichés.

C’est vrai. L’archétype est, par définition, l’idée originale, parfaite, qui inspire les copies dégradées. C’est selon moi un concept philosophique vaseux, mais ça semble s’appliquer à merveille à ce cas. Cliché, par ailleurs, est un terme d’imprimerie. Il désigne un moulage réalisé à partir des caractères typographiques d’origine, ce qui permettait de réimprimer un livre sans avoir à se taper tout le montage lettre à lettre, qu’on devine long et coûteux. C’est donc une copie conforme, et nécessairement inférieure à l’original.Romero a créé l’image que nous avons des zombies, qui est très différente de l’idée originale d’un corps animé pour exécuter la volonté d’un maître. Il a du coup créé le survival horror et plus ou moins tout le cinéma d’horreur moderne. L’idée fut si forte que personne n’est véritablement arrivée à s’en défaire. Les nouveaux films de zombies, y compris les remakes des films de Romero, tombent dans le cliché. Épidémie mondiale, zombies tués par une balle dans la tête, faim déchirante de chair humaine, caractère extrêmement contagieux: la recette est connue.

Lord Ruthven, davantage que et bien avant Dracula, fixa l’archétype du vampire aussi dangereux que séduisant. Avant lui, le vampire était un monstre repoussant et peu raffiné. Le Dracula du roman avait toutes les caractéristiques monstrueuses du folklore mais, dès Bela Lugosi, il emprunta les traits raffinés de Lord Ruthven pour ne plus jamais les lâcher. Lestat vient de là, et Edward tente bien que mal d’entrer dans ses souliers. Si on écarte ces exemples illustres, bien des vampires n’étaient que des clichés de Lord Ruthven.

Donc, faut-il tout arrêter? Après Night of the Living Dead, fallait-il arrêter les films de zombies? Comment alimenter les hordes d’amateurs décervelés dans ce cas? Et après Lord Ruthven, fallait-il arrêter les vampires? Quitte à sacrifier Dracula et mettre Bela au chômage?

Et puis quoi encore?

Les soucis de l’archétypes vampiro-zombiesques

Et si le problème était tout simplement un peu de paresse?

D’après moi, le soucis survient quand on oublie de traiter le monstre comme un personnage, et qu’on l’utilise plutôt comme une sorte d’embuche ou élément du décors. Le zombie cliché n’est pas un personnage, mais une embuche. Le vampire cliché est un instantané collé à la va-vite pour combler une envie de sexe dangereux. Mais Lord Ruthven était lui même inspiré d’un autre archétype. C’est le séducteur dangereux, le Casanova, le Don Juan — ou Lord Byron. Polidori lui a ajouté des crocs, c’était son invention. Pour créer un vampire qui soit un personnage, il suffit peut-être de donner des crocs à un autre archétype. Eric Northman est un barbare du nord avec des crocs, ce qu’aurait pu devenir Conan avec un peu plus de mille ans et un appétit coupable pour le sang de fée.

Les zombies se vautrent dans le cliché d’autant plus qu’on se demande de prime abord comment en faire des personnages. L’ennui, encore là, est de prendre les zombies de Romero comme archétype. Même dans Night of the Living Dead, et encore plus par la suite, Romero a traité ses zombies comme de véritables personnages, capables de stratégie limitée, de courage, voire d’héroïsme. La série des «Return of the Living Dead» (les trois premiers, en tous cas) poussaient encore plus loin la caractérisation du zombie, offrant ce qui reste la seule alternative au mort-vivant de Romero.

Il ne peut pas y avoir trop de vampires, de zombies ou de loup-garou, pourvu que l’on se donne la peine de créer de véritables personnages.

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