8/30/2011

Les fontes les plus utilisées par les designers

Mon article sur les polices à utiliser pour monter un roman (ou un autre livre de fiction) est très populaire. Peut-être un peu trop; j’en viens à me demander si certains ne résument pas la typographie au choix d’une fonte. Il y a pourtant beaucoup de choses à savoir sur la mise en pages d’un roman.

Quoi qu’il en soit, je suis tombé sur cet article très complet (mais en anglais) sur les fontes les plus utilisées par les designers.

Je n’aurais pas ajouté times new roman à la liste, parce que les designers ne l’utilisent jamais, à cause de son ubiquité en secrétariat. Pour le reste, c’est un guide assez complet avec des remarques très pertinentes et instructives.

8/29/2011

Noir Azur par Dave Côté

Manquant à ma résolution de ne plus encombrer mon espace vital avec ces vilains trucs que l’on nomme «livres papiers», j’ai précommandé «Noir Azur» de Dave Côté, au moyen d’un projet Ullul. Parce que c’est les premiers pas de ce qui risque fort d’être un des meilleurs auteurs de sa génération, parce qu’il m’a dit qu’il avait aimé «L’horloge vivante», parce qu’il a fait gagner notre équipe dans un jeu littéraire et parce que les Six Brumes montent toujours des livres à la typographie et au graphisme irréprochables (à l’exception de leur collection de petits livres noirs, pleins de lézardes et d’occasionnelles coquilles mais quand même bien jolis).

Je suggère à tous ceux qui ont le moindre intérêt pour la science-fiction post apocalyptique de faire un tour sur la page qui présente le projet, et de décider là en toute connaissance de cause. Il ne reste qu’une poignée d’achats pour réussir à amasser les fonds nécessaires.

8/28/2011

Ma liseuse et moi: après deux mois

Il n’y a qu’à voir les statistiques, le sujet est chaud. Les gens pensent de plus en plus à l’achat d’une liseuse. Hier, un homme m’a demandé si j’étais heureux de ma liseuse dans le métro; connaissant la sociabilité des usagers du transport en commun à Montréal, ça en dit long. Sa deuxième question: y a-t-il assez de livres en français? Je lui ai presque menti. J’ai dit: oui, beaucoup.

Encore les foutus DRM

Bien sûr, je pensais aux livres du domaine public, déjà disponibles par milliers. La vérité, c’est que les auteur contemporains sont protégés par les DRM, une barrière presque infranchissable pour les consommateurs.

Distributeurs et éditeurs, craignant instinctivement le piratage, incluent dans leurs livres des mécanismes d’autodestruction: passé tant d’appareils, plus moyen de lire votre fichier. À l’époque des gadget jetables, dont on ne peut même pas remplacer la batterie, c’est une arnaque. D’autant qu’ils vendent ces livres très cher, souvent à un prix qui avoisine la copie papier.

Reste que si vous achetez une liseuse, l’univers du domaine public s’ouvre à vous. C’est là-dedans que je me gave. En attendant que les marchands de livres décident de vendre des livres, je continuerai. Il y en a pour une vie.

Et la machine

Pour mémoire, je me suis acheté pour une bouchée de pain un Kobo ancien modèle, et reconditionné. Les pièces bougent, l’ensemble n’est pas très solide d’apparence, bref ou est loin des gadgets d’apple auxquels je suis habitué, qui sont beaux et solides comme le roc. Reste que je ne peux pas témoigner pour le Kobo à écran tactile actuellement sur le marché.

L’autonomie est à la hauteur. Je peux lire trois livres en entier sans avoir à recharger les piles. À vrai dire, je n’ai pas encore eu à recharger les piles. Comme on le recharge en le branchant à l’ordinateur, les mises-è-jour de la bibliothèque par calibre on suffit jusqu’à maintenant.

Un des plus graves inconforts est la lenteur au démarrage. Une bonne minute.

J’ai trouvé la manière de modifier la taille de la police, ce qui rend la lecture confortable.

J’ai pu l’expérimenter en plein soleil comme dans la pénombre d’un autobus voyageant de nuit. L’expérience de lecture est confortable dans tous les cas.

Et l’avenir?

Je l’ai dit, il n’y a plus de place pour des livres chez moi. La bibliothèque déborde, les rayons contiennent trois rangées de livres et je mets des livres à l’horizontale par-dessus. La liseuse est la seule solution.

Je ressent cruellement l’impossibilité pratique d’acheter les livres des auteurs contemporains, ceux que je contoie à Boréal ou ceux des étditeurs que je voudrais démarcher. Éventuellement, je devrai m’y mettre. Je serai alors forcé d’acheter leur livres au prix demandé, et de faire sauter le DRM à la main, ce qui est facile pour un technophile comme moi. Certains éditeurs cependant n’offrent pas encore de versions électroniques, ou seulement dans le format pdf, totalement inapproprié puisque sans la moindre souplesse. Ceux là se passeront de ma clientèle et pourront continuer de discourir sur le fait que les livres électroiniques ne se vendent pas.

8/24/2011

Vampires, morts ou vifs

On ne s’entend plus sur grand chose maintenant, en ce qui concerne les vampires. Même à savoir s’ils sont morts ou vivants.

À l’origine, les choses étaient claires: le vampire était par définition un mort-vivant qui sortait de sa tombe pour se nourrir du sang des vivants.

Les choses deviennent plus compliquées maintenant. Certains veulent que leurs vampires soient vivants. J’avoue que j’ignore pourquoi. Un vampire vivant me semble aussi saugrenu qu’un fantôme vivant.

Les deux séries de bitlit de l’heure, Twilight et Sookie Stackhouse, illustrent bien ces deux tendances. Twilight, où presque tout est décidément bonbon, refuse que ses vampires scintillants soient des morts-vivants. «Je n’ai pas l’impression d’être mort. Toi?» Pour Sookie, l’idée que son amoureux soit un cadavre animé est assez troublante, et on la comprend. Les vampires ont soin de se présenter comme des êtres vivants, accusant un virus que personne n’a jamais vu, mais la découverte de la magie, à travers les métamorphoses de son patron Sam, convainc Sookie que ce n’est qu’un écran de fumée. Les titres de la série, qui comportent tous le mot «dead», insistent joliment sur ce fait.

Vampire vivant

J’ai déjà dit que l’idée d’un vampire vivant me semble étrange, et même un peu sacrilège. Pourtant, certaines de mes histoires préférées posent franchement l’idée d’un vampire vivant. Il est alors de deux sortes: le vampire peut être un mutant, généralement à cause d’une saloperie de virus (heureusement assez difficile à attraper), soit détenir ses pouvoirs de manière héréditaire. Certaines adaptations, comme la série des Blades (je n’ai jamais lu la bd) refusent de trancher et acceptent les deux.

Ce qui compte, c’est que ce soit morbide

Dans Lost Souls par exemple, les vampires sont tous nés comme ça, comme dirait Lady Gaga. L’accouchement est pour le moins difficile: qu’elle soit ou non mortelle, accoucher d’un vampire tue toujours la mère. Il n’est pas dit si certains ont tenté la césarienne. Si les vampires peuvent vivre éternellement en principes (en réalité, les plus anciens sont assez jeunes, quelques siècles tout au plus), ils peuvent être tués simplement, par balle par exemple, à condition de s’acharner un peu (les vampires ont quand même la couenne assez dure).

Dans d’autres cas, les vampires sont soit le résultat d’une mutation, soit carrément du génie génétique, comme dans Perfect Creature ou I am Legend. Ces vampires sont vivants, et peuvent se reproduire ou non. L’union entre un vampire et un mortel peut donner un hybride.

Si Perfect Creature était particulièrement réussi, d’autres tentatives dans cette voie sont des ratages complets. Dans l’exécrable (mais très drôle) Reign In Darkness, l’avertissement comme quoi le virus présenté pourrait réellement exister plante au commencement le ridicule dans lequel le film va s’empêtrer tout le long. Je ne me souviens plus exactement de ce qui fait briller les vampirets de Twilight, mais je crois bien que c’est aussi un virus.

Qu’est-ce qui fait que je puisse accepter une hypothèse dans une œuvre et qu’elle me gâche mon plaisir dans l’autre? Le côté malsain. Il est nécessaire, plus vital pour le vampire que le sang.

Dans Lost Souls, l’idée que les vampires naissent ainsi, qu’ils grandissent et croissent comme les autres, n’est pas prévue pour adoucir les trait de gentils vampirounets. C’est glauque (très), c’est effrayant et ça fait mal. Le roman présente d’ailleurs la prime jeunesse d’un vampire élevé comme un humain, avec les problèmes d’intégration qui en découlent. L’amour d’une mortelle pour les vampires est destructeur, quelle que soit son innocence. La morale devient une affaire grave, sérieuse, un choix personnel, pas un truc collé par défaut par une auteure molasse.

De même, Perfect Creature expose directement les conséquences d’avoir des vampires créés génétiquement. Créés par des humains, ils n’ont aucune raison de de cacher. Ils sont plus forts que les humains, plus sages parce que plus expérimentés, et leurs veines recèlent la guérison de toute maladie (et, comme par hasard, la maladie est justement omniprésente dans ce monde). Il est juste qu’ils règnent, il est impensable qu’il en soit autrement. Aussi ils règnent, tête d’un véritable culte, imposant leur loi en tant que membres d’une race incontestablement supérieure, tout en se prétendant égaux. C’est comme si les conservateurs étaient capables de tenir leurs promesses. Ceux qui se posent trop de questions ont tendance à disparaître, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre de la barrière.

Croissance et vie en société pour petit vampire

Je l’ai dit, la vie d’un jeune vampire au sein de la société humaine, alors qu’il ignore tout de sa propre nature ou même de l’existence de sa propre race, est un des thèmes de Lost Souls.

Les études de ce genre sont assez rares. Quand un auteur opte pour l’idée d’un vampire vivant, c’est généralement pour atténuer leur côté dérangeant. C’est regrettable. On traverse une bien triste frontière quand un dentiste fait plus peur qu’un vampire. La conséquence de cette fuite, c’est que toute une dimension du personnage est évacuée: sa position dans le monde et son image de lui-même.

Le vampire mort

J’ai subi un violent accident de voiture, encore tout jeune. Je n’étais pas encore remis de ma première peine d’amour, quand je me suis fait rentrer dans le côté par une mini-fourgonnette, à grande vitesse, sur chaussée glacée. L’impact a eu lieu trente centimètres derrière moi. Ma voiture était pliée en deux, la marque des pneu s’est imprimée dans le banc de neige. Je m’en suis tiré avec deux coupures et un solide coup sur la tête (même pas de commotion).

Dans l’ambulance, je me suis souvenu avoir ressenti un immense bien être. Tous mes soucis s’étaient évaporés. J’étais en vie (et entier), donc le reste était devenu secondaire. Mes notes, la voiture, ma salope d’ex. Et j’ai eu cette réflexion: depuis nos ancêtres unicellulaires, tous les êtres ont partagé une farouche volonté de vivre. Ceux qui ne l’ont pas fait se sont laissé mourir. La volonté de vivre est essentielle à la survie, c’est la première, la plus fondamentale des conditions. Elle a été favorisée par la sélection naturelle à travers des milliards de générations, depuis le tout début. Ce désir de vivre nous a donné la médecine, les religions et les vampires.

Mon intérêt relatif pour les vampires date d’après mon accident (quoique…) et c’est peut-être pour cela que j’ai tout de suite associé le mythe du vampire à un désir de survie plus fort que la mort. Un désir de vivre exacerbé est donc une caractéristique d’à peu près tous mes personnages vampiriques.

Plusieurs adaptations mettent l’emphase sur tout les pouvoirs cools que les vampires gagnent à la transformation, sans trop se concentrer sur la simple idée que le vampire a, peut-être définitivement, connu et transcendé la mort. L’expérience en soit me semble pourtant traumatisante à l’extrême, plus encore que celui, fondamental, de l’accouchement.

Cette idée de la mort semble aussi effrayer les auteurs. Premièrement, il y a un tas de trucs cools que les morts ne peuvent pas faire. Imaginez si Selene, dans Underworld, était morte? Pas de petite fille, donc pas de quatrième film (un bon point pour les vampires morts). Les vampires morts ne peuvent fonder une famille, donc à quoi bon vivre en couple? (selon les puritains États-Uniens, dont certaines écrivent, avec un succès phénoménal, des histoires de vampires). Ensuite, un mort ne peux pas vraiment manger (logiquement), fumer, boire et se droguer, bref toutes ces choses que l’auteur veux vivre par procuration et qui sont sa raison d’écrire au premier chef.

Les auteurs ne sont pas tous aussi mièvres, et certains ont exploré les conséquences probables de la mort, chez un être vivant.

Retard de croissance

Que serait Interview with the Vampire sans son adorable petite Claudia? Le problème de l’esprit d’un adulte dans le corps d’un enfant a été exploré ailleurs. Le personnage principal de Vampire Junction est dans ce cas aussi, et je me souviens d’un personnage particulièrement vicieux du film Near Dark de Kathryn Bigelow. bien sûr le vampire de Let the Right One In est un enfant deneuf ans «depuis longtemps», comme dans le remake (que je refuse toujours de voir). Tous ces personnages vivent différemment leur conditions, et je crois bien que ces études psychologiques pourraient s’étendre à l’infini.

Par exemple, comment vit un garçon de quinze ans en apparence, né au moyen âge? À son époque, il était un homme en âge de porter les armes, et aujourd’hui il n’aurait pas le droit d’acheter des cigarettes. Un garçon mordu à la fin du secondaire doit-il sans arrêt redoubler l’école? Pire: alors qu’il a la maturité d’un vieillard de quatre-vingt-dix ans, devra-t-il ne connaître l’amour que de gourdasses à peine pubères? Imaginez l’enfer!

Notre apparence définit en grande partie notre rôle dans la société. Quand un passant tente du vous accoster, il est probable que vous déciderez de l’écouter ou non, selon son apparence. Comment peut réagir un vampire coincé avec une apparence d’enfant? La frustration est presque inévitable.

L’appétit vient en buvant

La mort est peu de choses: l’arrêt d’un ensemble de processus chimiques si improbable qu’il est peut-être bien unique dans un univers à peu près infini. Un retour normal des choses. Pour nous, simple mousse à la surface d’un énorme rocher humide, c’est la frontière ultime, la fin de toute signification, un ennemi que nous rêvons de vaincre mais qui nous vainc pourtant, à tous les coups. Reste que même à notre échelle, la mort est la fin d’une suite de mécanismes physiologiques.

Le mort n’a plus besoin de respirer (ce qui lui permet entre autres de dormir sous la terre) de manger ou (tremblez mortels) de baiser. Il n’est pas farfelu de penser que ces appétits disparaissent en même temps que la vie, d’autant que le vampire gagne dès le début tout un tas de nouveaux réflexes, et un nouvel appétit: une soif de sang à peu près irrésistible. Il craint généralement le feu et le soleil, ses nouveaux ennemis, ou tous les autres fléaux que son auteur aura voulu lui coller.

Le sexe avec un cadavre

Je soupçonne que le sexe, en particulier, laisse les auteurs perplexes. Si au départ le vampire est totalement asexué, le puritanisme victorien, puis la censure, aidant, les auteurs ne peuvent décidément plus se passer des très vendeuses scènes de sexe et (je le soupçonne) d’un fort besoin de compensation. Si l’idée de la mort effraie déjà, imaginer une autre forme d’intimité et de plaisir que le bon vieux rapport sexuel mutuellement consenti (et généralement dans la position du missionnaire) est un mur insurmontable. Même les vampiresses de deux mille ans récemment entrées dans la police pour combattre les méchants n’y échappent pas. Heureusement, il y a des exceptions notables et salutaires. Par exemple, Jimmy Novak dans L’Ange écarlate de Natasha Beaulieu adopte sans hésiter l’ingestion de sang dans ses pratiques sexuelles, même quand il s’agit d’autoérotisme. Qu’il ne s’agisse pas d’un vampire au sens classique (et certainement pas d’un mort) n’enlève aucun mérite à l’expérience.
Les Chroniques des Vampires est certainement la série qui est allé le plus loin dans l’érotisme suggéré, tout en mettant en scène des vampires férocement assexués (mais paradoxalement bisexuels). Avec un peu d’imagination, un auteur peut tout de même s’en sortir.

Charlaine Harris, quand à elle, n’hésite pas une seconde à accorder à ses vampires tout le sexe qu’ils désirent, et c’est beaucoup. Bien sûr, ils le font avec ingestion de sang, et c’est bien. Ensuite, le côté vaguement nécrophile de la chose n’est pas occulté, et cela repousse d’ailleurs Sookie, qui commence par se convaincre que les vampires sont vivants comme tout le monde. Lorsqu’elle découvrira la vérité, il sera trop tard: le sexe avec les vampires est vraiment trop bon; Charlaine insiste beaucoup sur les performances des mâles vampires, ainsi que sur la puissance sexuelle et le plaisir accru qu’apporte l’ingestion de leur sang. Cette part de sexe débridé explique d’ailleurs certainement une partie du succès de la série — et de son adaptation hyper-sexuée (et excellente), True Blood. Au moins, c’est fait franchement.

Si le vampire n’est pas forcément sexué, il demeure un chasseur. Un chasseur qui a l’avantage indéniable que ses proies, elles, éprouvent toujours le désir sexuel. Le sexe peut alors se transformer en une arme de chasse, comme dans The Hunger.

Le lien entre le sexe et les vampire méritera certainement son propre billet.

La société des mortels

Le vampire existe en parallèle de la société. Il peut en vivre très proche ou très loin selon les versions, mais il ne la croise jamais vraiment. Le monde est un aimant pour le vampire; de grandes forces l’y attirent. Le besoin de socialiser, la soif de pouvoir et de domination et, si l’œuvre n’est pas mièvre, le besoin régulier de se nourrir.

Selon qu’il sera vivant ou mort, la relation d’un vampire avec la société changera drastiquement. Bien sûr, il est plus difficile de se mêler aux mortels si on ne respire pas, si on ne transpire jamais ou si, par exemple dans une école secondaire, on ne présente ni croissance, ni acné et qu’on s’y pointe en voiture sport de grand luxe.

Mais il y a plus important: la mort vous place à part. Plus en tout cas qu’une mutation qui vous pâlie un peu la peau. Un mort-vivant peut, sans racisme, s’imaginer supérieur; celui qui voudra contester ça n’a qu’à faire comme lui et triompher de la mort. Il peut se croire sous l’influence du diable; sans être forcé de le croire, on pourra aisément le comprendre. Même s’il est très gentil, il se sentira forcément plus exclus que s’il est simplement un pauvre type affligé de l’éternelle jeunesse et maudit par la santé perpétuelle.

Dormir dans un cercueil

Si le vampire est arrivé jusqu’à nous, c’est à cause de quelques affaires judiciaires célèbres ou des gens, devant des témoins officiels tels que juges, prêtre et médecins, furent exumés et soumis à des mutilations, la plupart impliquant un pieu. Les bonnes gens crédules de l’époque croyaient déjà à l’astrologie, l’alchimie et la résurrection du Christ; avec de tels témoignages, les vampires ne mirent pas de temps à devenir extrêmement populaires. Reste qu’ils ne devaient cette popularité qu’à un fait très troublant: ils devaient retourner à leur tombe le jour venu. Bram Stoker, dont le roman Dracula reposait sur un déménagement de vampire, avait résolu cette question difficile en spécifiant que c’était le sol où il avait été enterré qui importait. Lorsque les caisses de terre deviennent inaccessibles à Dracula, celui-ci ne meurt pas, mais il doit retourner à sa tombe le plus vite possible. Qu’est-ce qui l’y oblige, puisqu’il n’en meurt pas? Une force, simplement. Dracula n’est pas seul dans son cas. La plupart des vampires classiques sont ainsi cloués au cercueil, et s’y font invariablement pincer. Même la très charmante Clarimonde de la Morte Amoureuse.

Conclusion: un vampire mort peut-être soumis sans autre explication à tout un tas de contraintes. Ne pas traverser l’eau courante. Impossibilité d’entrer dans une résidence sans avoir été invité. Peur des croix. Vous pouvez même en inventer. C’est donc une alternative commode pour un auteur qui se soucie de cohérence (une espèce en voie de disparition, semble-t-il).

Et le Cycle des Bergers?

La mort arrive avec son aura terrifiante. Elle effraie; mieux, elle terrifie, et aucune époque, aucune culture, n’est à l’abri de son ombre. La vampire mort vient donc avec une force évocatrice que le vampire «vivant» ne peut que lui envier. Insister sur la différences entre les personnages vampiriques et les mortels ne fait que renforcer chaque fois une impression de malaise. Si ces différences sont originales ou vues sous un angle nouveau, elles seront d’autant plus efficaces.
Je ne priverai pas mon récit de cette puissance. Mes Bergers sont des morts-vivants.

8/20/2011

Vampires — Sur invitation seulement



À l’origine, les vampires étaient une superstition. Un mal terrifiant, dont il fallait se protéger au plus vite. Les vampires sont indissociables des talismans qui gardent contre eux, ail et croix en tête.

Un des lieux communs des contes et superstitions est que la résidence est un lieu sûr. Le mal ne peut y entrer que s’il y est invité.

Les reste de l’article Vampires, sur invitation seulement a été déménagé sur le nouveau blogue de Philippe Roy, les Chemins Obscurs.

8/18/2011

Dominez la course avec Castorani


Voici une petite pub qui sera publiée dès demain. Le verre est (évidement) un montage photo. Rien n’était là à l’origine; ni l’auto, ni le drapeau, ni même le vin.

8/15/2011

Force et vitesse des vampires — Superman a la dent longue

Ernst Stöhr, Vampir, 1899

Ceci est le cinquième billet d’une série sur les forces et les faiblesses des vampires. Les articles précédents traitaient du soleil et de vampires, du sang et de l’alimentation des vampires, des métamorphoses chez les vampires, et de la réaction des vampires face aux symboles religieux.

Les vampires ont été cuisinés à toutes les sauces, et on les trouve aujourd’hui sous toutes sortes de formes. Ils peuvent être d’une ingénue gentillesse ou d’une cruauté sadique, beaux comme des dieux ou monstrueux, décadents ou puceaux.

Peu de traits communs, donc, à tous les vampires. Excepté un seul.

Que je sache, les vampires ont tous une force et une rapidité supérieures à celles des mortels.

Ceci dit, entre le vampire à peine amélioré à la Buffy et le joueur de ligue étoile de Twilight, il y a de la marge.

Plus rapide que l’œil

La série «True Blood», que j’adore, et «Smallville», que j’adore beaucoup moins, se ressemblent au moins sur un point. À tout es épisode, il y a un gus qui court tellement vite qu’on ne voit plus qu’une sorte de grand trait embrouillé qui traverse un paysage où les feuilles s’agitent dans le vent. Plus vite qu’une voiture et (probablement) plus vite qu’une balle.

True Blood n’est pas une exception à ce niveau. Dans «Interview With the Vampire», Louis explique qu’il peut bouger si vite que l’œil n’arrive pas à suivre ses mouvements — et il est le vampire le plus minable de ce monde.

Ce genre de prouesses extrêmes est certainement pratiques pour un vampire. Il lui permet entre autres le coup classique du «je courrais derrière toi, mais — surprise! — me voici devant». Il est moins utile pour ceux qui l’entourent, comme ses proies, ou tout simplement son auteur.

Car je ne peux pas m’empêcher de trouver cette rapidité... trop rapide. Bien sûr, elle peut être très pratique quand le vampire est surtout un héros qui doit arriver au dernier instant pour sauver sa belle. Moi, qui ne suis pas trop du genre romance héroïque, je trouve surtout ça risqué.

Il y a bien sûr le risque du cliché. De telles vitesses ne peuvent se décrire qu’avec un vocabulaire restreint. Puis le risque du ridicule; donnons l’exemple, au hasard, d’une partie de baseball jouée par des vampires. Enfin, cela pose des soucis de cohérence. Pourquoi un vampire qui se déplace à la vitesse de la pensée se déplacerait-il autrement? Le vampire qui roule en auto sport alors qu’il pourrait la dépasser à pieds comme si elle était arrêtée, ça ne me rentre pas dans le crâne. À quel rythme les chaussures sont elles usées à cette allure? Sans blague, en ne sortant acheter les chaussures que la nuit, ils doivent avoir un cordonnier privé, ou alors faire leurs provisions l’hivers, quand le soleil se couche très tôt.

La force de cent hommes

Les auteurs pris de la folie des grandeurs quant à la vitesse tombent généralement dans les même travers concernant la force. Les vampires peuvent alors sans mal tordre des barres d’acier. Moi qui n’ai pas grandi loin de la ferme, je peux vous le dire: une barre d’acier d’un pouce de diamètre retient facilement toute la charge d’un tracteur. Une toute petite chaine peut facilement retenir un chargement de trente tonnes. Briser de l’acier de ses mains est tout à fait superflu pour procurer à un vampire la force surhumaine que la tradition lui attribue.

Quelle est l’utilité de conférer la force de Superman à une créature de la nuit?

Le Cycle des Bergers

Ne me fatiguez pas avec les vampires

Depuis le temps que je cuisine mes vampires, j’ai plusieurs fois remises les choses à plat.

Les gens sont fascinés par les vampires. Leur immortalité, leur force, leur pouvoir de séduction. On leur envie leur immunité aux maladies. On ne peut imaginer un vampire avec des démangeaisons, ou une envie pressante.

Une bonne partie de ces pouvoirs enviés sont simplement les pouvoirs des personnages normaux. Eux non plus n’ont pas de démangeaisons et ne vont jamais au toilettes. Ils peuvent tomber malade, bien sûr, mais n’attrapent à peu près jamais de rhume. Dans un film, quand quelqu’un tousse, il est condamné.

En ce qui me concerne, une bonne partie des pouvoirs merveilleux des vampires réside dans ces points communs avec les personnages en général, dans cette zone si rarement décrite des inconvénients généraux de la vie. En premier lieu, la fatigue.

Un mort-vivant peut-il être fatigué? À priori non. On n’imagine pas un zombie essoufflé, un vampire transpirant et arrêtant sa course, un point au côté. Qu’est-ce que cela implique, cette absence de la simple fatigue physique?

Quiconque a déjà eu l’occasion de se battre un peu, même comme hobby, imagine déjà l’avantage. Une pluie de coups initerrompues; le regard clair, sans les flots de sueur qui viennent obstruer la vue; les mains qui restent hautes, même après plusieurs minutes; et si par aventure un coup adverse arrivait à vous trouver le plexus, pas de sentiment de détresse en sentant l’air trahir ses poumons. Juste ça. Tout ça. Sans force surhumaine, sans vitesse particulière, juste avec cette absence de fatigue, un vampire est presque impossible à battre en combat singulier.

La course maintenant. Imaginez un coureur de marathon qui tiendrait son allure maximale de sprint tout le long d’une course et la terminerait frais comme une rose. Simplement avec ce genre d’endurance, courir d’une ville à l’autre devient envisageable. Un vampire à vélo (peut-on imaginer un truc pareil?) bouclerait le tour de France dans la moitié du temps — il pourrait traverser un continent.

Et la force? Imaginez-vous soulever la plus grosse charge dont vous êtes capable. Quelle différence cela ferait-il si vous pouviez la tenir indéfiniment, la reposer et la resoulever sans arrêt, aussi longtemps que vous le voulez? Ça rendrait certainement les déménagements plus faciles.

Je ne me souviens pas avoir lu un seul endroit où cette libération de la simple fatigue était un trait des vampires. Pourtant elle change tout. Je crois que c’est simplement parce que les auteurs ne fatiguent pas souvent leurs personnages.

Et malgré tout?

Malgré tout, il n’y a pas de mal à donner un petit coup de pouce à ses vampires, avec un surplus de force et de vitesses surnaturelles.

Comme le reste des pouvoirs (et des faiblesses) de mes vampires, la force et la rapidité tendent à croître avec l’âge. Ainsi Rodrigue, le personnage le plus ancien du roman avec presque deux mille ans, est d’une force inconcevable, parvenant à briser la pierre d’une caresse des doigts. Le personnage principal, Michel, est à peine plus fort qu’il ne l’était mortel. Ce n’est pas mathématique cepedant. Maxime par exemple est plus fort que sa mère (et amante) Judith, parce qu’il a passé ses quatre siècles d’existence à combattre, alors que sa mère a beaucoup étudié.

Si je n’hésite pas à donner à certains de mes personnage une force peu commune, je suis plus conservateur avec la rapidité. Qu’elle reste simplement l’avantage de membres plus forts. Cela donnera un avantage à ceux qui parviennent à compléter la métamorphose animale.

8/09/2011

Une goutte de soleil

Juste pour montrer le ti-effet typo qui m’a donné un peu de mal.


Une pub qui parraîtra dans le 24h ce vendredi. Les nuages à l’avant-plan sont peints à la main, avec un pinceau maison.

Le spécial est en vigueur jusqu’au 21 août 2011, si vous avez envie de vin blanc. À ce prix là, difficile de se tromper.

8/01/2011

Vampires et religion — croix et autres objets repoussants


Ceci est le quatrième billet d’une série sur les forces et faiblesses des vampires. Les autres billets portaient sur le soleil et les vampires, sur le sang et l’alimentation des vampires et sur les métamorphoses du vampire.

Les croix sont une des faiblesses les plus communes des vampires, et ce depuis le début du mythe. Les humains inventent rarement un monstre sans inventer en même temps une défense contre lui, et la religion est la plus commune de ces protections.
Il reste que, d’une interprétation à l’autre, la croix perd beaucoup de son efficacité, et soulève de nombreuses questions logiques, lesquelles sont rarement considérées de front.

Les croix sont-elles efficaces pour se protéger des vampires? Dans quelle mesure? À quelles conditions? Qu’en est-il des autres symboles religieux? Autant de questions sur lesquelles tout auteur devra tôt ou tard se pencher.

La protection divine

Si, dès l’origine, la croix protège des vampires, c’est que le mythe vient d’une époque ou l’on ne doutait guère du pouvoir de Dieu. Le pouvoir du vampire provenant nécessairement du diable, tout symbole religieux protège automatiquement son porteur. De nos jours, non seulement en est on moins certain, mais on se trouve presque toujours des sympathies pour les autres fois que la foi chrétienne.

Dans certaines version, les croix sont d’une telle puissance que les héros peuvent croiser n’importe quels bouts de bois en forme de croix pour se retrouver automatiquement protégés. Cet extrême est surtout présent dans les parodies, mais il reste cohérent avec la théorie: si Dieu intervient en personne pour protéger sa créature, il ne va pas commencer à chipoter sur la qualité du symbole. Ceci dit, cela reste un moyen de protection trop simple à utiliser pour être efficace du point de vue dramatique.

Notons que la protection transcende la barrière des confessions. Quand Dracula touche la croix que porte Harker, il recule. Harker est portant protestant, et rejette donc les représentations du Christ. J’imagine que Bram Stoker, un Irlandais, devait être catholique.

Il existe aussi d’autres problèmes, généralement escamotés par la superstition et qui intéresse davantage la théologie: si Dieu existe et qu’il est si puissant, pourquoi autorise-t-il l’existence de morts-vivants suceurs de sang? Si la question n’intéresse pas les vrais théologiens, qui ne croient pas aux vampires, tout auteur doit la considérer au moins pour des questions de cohérence.

Une autre question surgit tout à coup, surtout dans notre monde politcaly correct: quelle est la seule vraie foi? La nature divine d’une protection accordée par une croix prend le parti de la vérité de la foi chrétienne, pour ne pas sire catholique romaine, les protestants étant moins friands de crucifix de toutes sortes. Un musulman, un juif, un wiccan ou un Shintoïste ne seraient pas protégés, et ça couvre tout de même une confortable majorité du globe, où les vampires devraient en toute logique pulluler. Cette idée est d’ailleurs reprise de manière humoristique dans «La Momie», un assez mauvais film où un guide utilise toutes sortes de symboles religieux pour se protéger de la momie, sans d’ailleurs le moindre succès.

L’armure de la foi

«Il faut avoir la foi pour que ça fonctionne», clamait le vampire de Fright Night. En effet, une autre interprétation veut que la foi protège des vampires, et non le symbole lui-même.

Cela est cohérent avec la rhétorique chrétienne, ou Dieu ne se complique pas la vie pour ceux qui entretiennent le moindre doute sur son existence. Mais, soyons francs, c’est surtout un effet pervers de la popularité crasse de la pensée magique, qui fait vendre par million «Le Secret» et autres niaiseries.

C’est entre autre le cas dans le jeu de rôle «Vampire: The Mascarade», dont l’univers est tout entier basé sur la pensée magique: l’univers y est malléable, et c’est la pensée qui lui donne forme. Ainsi, un individu à la foi monolithique pourra repousser et même blesser les vampires, qu’il soit chrétien, musulman, bouddhiste ou que sais-je.

Dans le (très mauvais cette fois) fil Draghoula, la mère du héros parvient à déterminer que tous les symboles religieux protègent contre les vampires, à condition d’être utilisé par un membre de la religion correspondante.

Je ne cacherai pas que je déteste l’idée que la simple foi protège contre les vampires. À ce compte, pourquoi ne protègerait-elle pas aussi contre les animaux féroces, les accidents de la route ou la grêle? À la limite, que Dieu n’intervienne que pour sauver ses ouailles les plus ferventes, au détriment des autres, me semble plus logique, même si ça relève du mauvais service après-vente.

Le cas particulier des séries télé

Il existe une détestable tendance à adopter le caractère protecteur des symboles religieux sans le lier à la question religieuse ou à la fois et, ainsi, lui trouver une explication cohérente. Je l’ai surtout remarqué dans les séries télévisées de ce que l’on peut nommer l’urban fantasy.

De manière générale, ces séries présentent des univers littéralement grouillants de démons et, ne serais-ce que la présence de jeunes blanc-becs surdoués vivant en Californie, il y aurait trois Apocalypses par semaine environ. Si les démons sont omniprésents, au point où ils en viennent à se tuer entre eux, les pouvoirs du bien sont parfois entrevus, diffus, mal définis et jamais du moindre secours.

Témoin la prestigieuse Buffy, en bonne partie responsable du déferlement des dites séries. L’univers est complexe, avec des milliers de dimensions démoniaques. Les vampires y sont très sensibles aux croix, et les questions de foi n’y sont pas souvent abordées, et généralement pas à la faveur des croyants. L’âme existe, elle est même palpable, transférable, conservable dans de petits pots. Si les vampires la perdent, on peut leur remettre, ça c’est déjà vu quatre fois fois (une fois pour Spike trois fois pour Angel, si on compte sa série dédiée). On y mentionne le paradis en saison 6, ce qui pourrait laisser croire à une vision judéo-chrétienne du monde. Cependant, l’univers est franchement polythéiste. La déesse Hécate y est évoquée (avec un succès spectaculaire) en saison 1, et Willow force Osiris en personne à apparaître en saison 6. Glory, le gros méchant de la saison cinq, est une déesse, qui régnait sur une dimension à elle avec deux autres divinités. Les chrétiens sont parfois présents, mais pas toujours sous un jour favorable. Les moines qui protègent la clé au début de la saison cinq utilisent la magie, afin de tromper Buffy, il est vrai dans un but noble. Un ordre de chevalier monastique évoquera dans la même saison la volonté de Dieu pour tenter de tuer Dawn, et tous ceux qui se mettraient sur leur chemin. Enfin, le sinistre Caleb de la saison sept,un prêtre qui incarne à lui seul toute la misogynie de l’église, est le seul à tenir une tentative de discours théologique.

Je suis toujours un peu perplexe quand je suis confronté à ces univers bâtards, qui allient le panthéon avec la dualité bien-mal propre au Mazdéisme, et passé ensuite à toutes les religions qui en descendent. Ces deux systèmes sont incompatibles, mais une sorte de syncrétisme à la mode les accole tout de même sans arrêt, sans se soucier une seconde de cohérence. Si Dieu n’existe pas, ou se retrouve à n’être qu’une entité parmi d’autres, d’où vient l’efficacité du pouvoir de la croix? Cela n’est pas plus expliqué que la curieuse impossibilité d’entrer là où on n’est pas invité.

Mais bon! Tant que le démon de la semaine est détruit, pourquoi bouder son plaisir?

Reste que certains soucis particuliers apparaissent dans les séries télé. La répétition sempiternelle de l’affrontement avec les même créature amène ses propres soucis de cohérence. Ainsi lorsque Buffy, privée de ses pouvoirs, présentera une croix à un vampire désireux de la recruter, celui-ci lui retirera la croix des mains, simplement en supportant la douleur. Pourquoi est-il le seul à y avoir pensé?

Les croix? Qu’est-ce que c’est que ce machin?

Si la croix est une faiblesse courante des vampires, elle n’est en rien universelle. De nombreux vampires s’en fichent royalement, foi ou non, ainsi que de l’eau bénite, du sol consacré et tout le bataclan. Ann Rice, parmi d’autres, écarte ainsi ces soucis de ses petits protégés. Je ne crois pas que les vampires de Twilight y soient sujets non plus, même si les croix sont curieusement absentes de cette fable mormonne. Dans True Blood, Bill retire un drapeau qui cachait une croix, pour bien montrer à la population de Bon Temps qu’il n’est pas un démon et, si je me souviens bien, l’anecdote est tiré du livre «Dead Until Dark» tel quel.

L’approche «les croix ne repoussent pas les vampires» a l’avantage d’évacuer les questions théologiques et d’être cohérente. Elle est aussi compatible avec la vogue du vampirisme, maladie virale, qui admet les ultra-violets et l’ail, mais difficilement la métaphysique.

Aussi jolie soit la cohérence apportée, c’est malheureusement pour des raisons plus pratiques que les auteurs choisissent l’efficacité des croix ou non. De manière générale, les histoires basées sur une confrontation entre des héros mortels et de méchants vampires tendent à favoriser la croix, histoire de donner une chance aux protagonistes devant un adversaire supérieur. À l’inverse, les histoires dont les héros sont en bonne part des vampires tendront à supprimer cette efficacité encombrante.

Les vampires ont-ils la foi?

La religiosité des vampires est un sujet passablement écarté des récits vampiriques.

L’idée qu’un vampire soit d’emblée maléfique dès son éveil tend à s’essouffler. On nous présente de plus en plus le vampire malgré lui, qui se lamente sur son sort à cœur d’épisode ou passe des chapitres à bassiner sa petite amie avec sa prétendue malédiction. Alors pourquoi les vampires ne seraient-ils pas aussi religieux, disons dans les mêmes proportions que les humains?

Qu’est-ce que je t’ai fait, Jésus, que tu m’aimes plus?

Que se passe-t-il si un vampire croyant se trouve repoussé par une croix? Logiquement, il devrait y voir la preuve qu’il est devenu un démon. À partir de là, il peut embrasser la profession ou se taper une sévère dépression. Un incroyant? Il se retrouve avec une preuve tangible de l’existence de Dieu, et que Dieu le déteste. Le vampire a donc un choix: vivre comme un démon, fidèle à l’image que tout le monde a de lui, ou alors s’engager avec plus ou moins de courage dans une quête spirituelle de rédemption. Cette quête se nomme «Golconda» dans The Mascarade, mais je ne lui connais pas d’équivalent en littérature. Cette quête n’est pas proprement chrétienne, ceci dit, mais concerne surtout le degré d’humanité des vampires.

Nous sommes des dieux

On peut facilement imaginer des vampires si anciens qu’ils dépassent l’âge du Christ, on même la fondation du Mazdéisme, ancêtre de toutes les religions monothéistes. À cette époque, un vampire se serait probablement fait passer pour un dieu. Les peuples anciens attribuaient en effet aux dieux des formes humaines et des corps ayant besoin de sacrifices, très souvent des sacrifices de sang.

Un des ennuis avec cette approche, c’est la raison de la disparition de ce culte. Avec des vampires chaque année plus puissants, leurs cultes auraient dû se renforcer d’année en année. Et qu’en est-il des fameuses croix? Un vampire pourrait-il se retrouver impuissant devant un symbole beaucoup plus jeune que lui?

Les possibilités de l’uchronie permettent de sonder des possibilités interresantes. Ainsi, dans l’excellent film «Perfect Creature», les vampires (nommés «Brothers») sont à la tête de ce qui ressemble fort à une église dont ils sont à la fois les dieux et les prêtres. La relation avec les humains en est une d’égalité apparente: le sang des vampires guérissant les maladies, ils le donnent aux humains et en retours, ceux-ci nourissent les Brothers. Bien entendue, l’équité de ce système est toute relative…

Le Cycle des Bergers

La série sur laquelle je travaille est entièrement basée sur une relation complexe entre les vampires et la religion. Les vampires y sont repoussés par les croix, le sol consacré les rend inconfortables au mieux et au pire les détruit. Malgré tout, une frange considérable de vampires se considère comme descendants directs du Christ. Leur relation avec les symboles religieux est trouble et caractérisée par l’hypocrisie. Pour se nourir, ils ne prennent que le sang des mortels — ou des autres vampires — qu’ils considèrent comme des pécheurs.

Les vampires ne réagissent pas tous avec la même violence aux symboles religieux. Le personages principal y est insensible, par exemple. En général, plus un vampire est ancien, plus il est sensible. Rodrigue, qui se considère lui-même comme un représentant des ténèbres dans la religion manichéenne, ne peut résider en sol consacré que grâce à des profanations répétées.