10/29/2011

Une magnifique conférence de Philippe Stark

Philippe Stark est une star internationale du design. Il donne ici une conférence sur son travail, qui concerne tous ceux qui ont une profession qui demande de se servir de son cerveau (écrivains et graphistes compris). Je vous la recommande.



En plus, son anglais est atroce, preuve que tous nos colonisés néocons ne comprennent rien quand ils nous pressent d’abandonner notre langue pour adopter le mythique anglais «sans accent».

10/22/2011

Que faire ou ne pas s’en faire

Les écrivains débutants se cognent souvent le pieds sur celui-là.

La littérature est malade. Elle étouffe. Elle va bientôt mourir. Il en a toujours été ainsi, d’ailleurs. Les prophètes de malheur finiront bien par avoir raison. Mais sa maladie la plus grave est (sans la moindre contestation possible, sinon je ne vous aime plus) la chasse aux mauvais mots. C’est une chasse injuste qui conduit à des extrémités malheureuses.

Faire l’impasse sur le verbe «faire»

«Faire» est un verbe imprécis, passe-partout, ce genre de truc qui ne veux rien dire, de généralité insipide. Son suremploi peut révéler un manque cruel de vocabulaire. Dix-huit cas sur vingt (peut-être dix-neuf) il peut être remplacé par un verbe plus précis et généralement plus élégant. Soit. La cause est entendue, le verdict en rendu, le verbe «faire» est coupable. Où est le problème?

Dans la sentence, je crois bien. Je ne suis pas pour la peine de mort, et c’est encore plus vrai pour les mots.

Un jour, j’ai eu le rare privilège de recevoir un manuscrit refusé, avec les annotations du comité de lecture. Toutes les apparitions du verbe «faire» étaient soulignées comme autant d’erreurs. Même quand le mot n’apparaissait qu’une fois dans la page. Et même, et c’est plus grave, quand il faisait partie d’une locution. J’ai été un peu intrigué. J’ai ensuite appris que le terme «faire» était mal considéré, pour les raisons données plus haut. Soit. Logique. Sauf dans le cas des locutions. Excusez-moi, mais on ne peut pas rayer du vocabulaire toutes les locutions françaises qui contiennent le verbe «faire». Si?

Que faire des locutions?

Depuis, j’ai été contaminé par la maladie du «faire». Je me suis joint, à mon corps défendant, à la grande chasse aux sorcières. Je rejette le mot jusque dans mes conversations. Je sursaute quand je l’entends à la télé, comme si c’était un anglicisme («faire du sens» en est un énorme, ceci dit). Il y a un truc qui me fait encore plus tiquer.

J’ai lu quelques premiers romans. Ils souffrent souvent d’une terrible maladie: l’allergie au «faire», une forme aiguë de paranoïa qui massacre un texte. L’auteur, apprenant qu’il a employé un gros mot comme «faire» s’emploie à le supprimer. Généralement, il le remplace par «effectuer». Le personnage effectue ses courses, effectue un choix, effectue l’amour… C’en est ridicule.

On n’effectue pas l’amour, ni le ménage, ni des affaires, parfois le tri, mais c’est bizarre. Une locution est une locution, merde! Ce n’est pas imprécis, c’est une manière de communiquer, c’est comme un mot, mais en plusieurs.

Parlons-en «d’effectuer»

D’ailleurs, en quoi utiliser «effectuer» au lieu de «faire» est-il préférable? C’est tout aussi imprécis, fourre-tout, passe-partout et vague que «faire». Une fois de temps en temps, c’est le mot juste.

Par exemple, j’ai lu un jour un triste roman de sorcières (que je ne nommerai pas). C’est un cas classique de «excusez-moi, je ne savais pas que “faire” était un gros mot; je vais ef-fec-tuer un chercher-remplacer avec “effectuer” tout de suite».

Nous voici avec cinq «effectuer» par page. Alors on effectue un choix, on effectue un virage, on effectue la vaisselle…

Pourquoi ne pas choisir, virer ou laver? L’idée est d’être concis et précis, pas d’effacer les «faire» pour le remplacer par un synonyme avec plus de syllabes.

10/14/2011

Comment vous donner des nouvelles

Peu de mises à jour, puisque mon nouveau boulot de papa me prends pas mal de temps et, surtout, d’énergie.

Me voici en effet dans le club pas très sélect des écrivains qui composent avec un travail, une famille et l’écriture. Je suis tout de même parvenu à envoyer un nouveau texte, ou verra ce qui se produira. J’ai un peu l’impression que mes travaux d’écriture stagnent mais j’ai tout de même trois textes devant des comités de lecture, ce qui est à peu près un record personnel.

J’ai commencé hier à me remettre aux révisions de mon roman, accomplissant des retouches au style alors que j’ai bien un chapitre ou deux à rajouter. C’est tout de même rassurant de constater que je peux encore travailler le style malgré les interruptions de ma nouvelle (et toute petite) patronne et les nuits en trois ou quatre morceaux. L’automne, heureusement, m’inspire toujours autant.

Pour continuer dans la tradition un peu négligée, voici un extrait de mes travaux d’hier.

Alors cette période ancienne lui revint, qu’il avait presque oubliée, une vie de mercenaire au service d’un pape, puis d’un seigneur, enfin d’un roi, l’époque où il se baignait dans un sang qui n’avait pas encore une odeur délicieuse, où il fouillait les cadavres avant de les abandonner aux corbeaux, afin de prendre un peu d’avance sur une solde qui ne venait pas toujours. Le sang ramollissait la terre sous ses pieds, la transformait en boue que le soleil venait sécher; en pourrissant, elle prenait l’odeur infecte de la mort. L’odeur était revenue, portée par les guerres toujours plus meurtrières auxquelles Jérôme avait échappé, caché dans la Sanctuaire; mais le soleil... Il avait presque oublié le soleil. Étrange que ce soit le rêve d’une poignée d’ombre qui vienne le lui rappeler.

Le personnage se laisse aller à ses rêveries dans un épisode où il raconte un rêve étrange à ses amies les gargouilles. Je souligne ce point afin d’avoir un prétexte pour glisser ici une petite image des superbres gargouilles de Notre Dame de Paris, prise par moi-même en personne.

Là dessus, je vous embrasse et retourne changer les couches.