9/28/2011

Le livre numérique va décoller l’an prochain

L’explosion du livre numérique est déjà bien réelle aux États-Unis, représentant environ 30 % des ventes actuelles de livres. Le chiffre total des vente double chaque année depuis environ trois ans. Et on n’a encore rien vu.

Cette explosion tarde à se concrétiser dans la francophonie. Les éditeurs y opposent un mélange irritant de résistance et de maladresse. La distribution est bancale, encombrée de DRM et beaucoup trop chère. Mais le livre numérique va exploser quand même.

Pourquoi le livre numérique va exploser

Le joueur le plus important du domaine du livre numérique est Amazon, avec son Kindle. Il est si dominant qu’il définit à lui seul le marché. Hors, Amazon a lancé aujourd’hui le Kindle Fire, une tablette qui lui servira à vendre son contenu numérique, y compris les livre, et qui sera vendue au prix très compétitif de 200 $ dès novembre prochain. Le modèle Kindle de base, avec encre électronique, va baisser à 70 $ pour le modèle avec publicité.

Bref, la tablette dominante du marché vient de connaître, à quelques mois des fêtes, une baisse drastique de prix, qui la ramène bien en-dessous du seuil psychologique des 100 $.

La conséquence en sera que le nombre de lecteurs dotés d’une liseuse va augmenter drastiquement dans les prochains mois. Avec elle va aussi monter la demande pour du contenu. Amazon a débuté l’implantation de son Kindle store en d’autres langues que l’anglais, donc les choses devraient s’accélérer.

Quelle devrait être la réaction des éditeurs?

Les éditeurs vont continuer à se battre pour conserver le modèle actuel aussi longtemps que possible. C’est un peu idiot, puisque les ventes de livres numériques sont tout profit pour eux, éliminant entre autres le coûteux problème des invendus.
Mais que devraient-ils faire? J’ai bien quelques idées.

Éliminer les intermédiaires

Un des obstacles auxquels se buttent les éditeurs est technologique. La conversion de leurs précieux livres papier en epub (compatible avec toute l’industrie sauf Amazon) ou mobi (format propriétaire d’Amazon) n’est pas automatique, et certains intermédiaires proposent d’assurer cette conversion en échange d’un pourcentage scandaleux des ventes, de l’ordre de 40%. Il existe des services de conversion automatiques, proposés entre autres par Smashword (Amazon offre aussi le sien), mais ils ne seraient pas à la hauteur.

C’est la raison pour laquelle certains éditeurs ne craignant pas le ridicule s’obstinent à ne proposer que le pdf, format hélas non adapté aux impératifs de la lecture sur papier électronique, c’est à dire souplesse de la mise en page et possibilité de modifier la taille des caractères. Ils prétexteront que la mise en page est un art — ce que je veux bien admettre, mais dans le cas du papier seulement. La vérité est que ce sont les fainéants qui veulent se contenter de balancer sur le web le fichier qu’il ont déjà monté pour l’imprimeur, sans davantage de travail.

La vraie solution est d’opérer la conversion à la main, pour un taux fixe, et non un pourcentage. N’importe quel intégrateur web peut monter un fichier epub ou mobi en quelques heures. Bien sûr, cela ajoute au coût fixe du livre, mais pour 40% de profit supplémentaire, il me semble que ça en vaut la peine.

Ouvrir de nouveaux marchés

Si la traduction était autrefois une affaire compliquée, impliquant de se trouver un éditeur ou au moins un distributeur à l’étranger, l’éditeur peut désormais proposer une traduction anglaise directement aux librairies virtuelles comme Amazon ou le iBookstore. Encore là, il y a un coût fixe qui s’ajoute, mais le marché est considérablement mieux développé. Une fois le fichier en ligne, la distribution s’opère sans plus de gestion de la par de l’éditeur, et sans le coûteux pourcentage du distributeur. Cela devient une rente. En y investissant régulièrement par de nouveaux titres année après année, un éditeur s’assure un revenu supplémentaire durable, qui lui permettra de traduire encore d’autre titres. Je ne crois pas que beaucoup d’auteurs diraient non.

Attendre et prier

Certains éditeurs prédisent des catastrophes qui justifient selon eux leur attentisme. Le papier va disparaître, les librairies vont fermer, la qualité va diminuer jusqu’à transformer toute la littérature en cloaque.

Mais s’ils ont raison, ils devraient d’autant plus travailler à proposer une offre crédible, c’est-à-dire abordable, technologiquement adaptée et sans DRM. Parce que de nouveaux éditeurs apparaissent sans cesse et certains parmi eux ont un réel potentiel et se chargeront d’occuper la nouvelle niche écologique. Et lorsque les librairies auront disparu, comme le clament les Cassandre, où les dinosaures vendront-ils leurs livres?

Ce sera le moment

L’attentisme peut encore se justifier en raison de la faiblesse relative du marché. Mais cette année, le 26 décembre, des milliers de francophones vont se retrouver avec un nouveau jouet entre les mains et chercheront des livres à acheter. Qui leur vendra? Ceux qui le désireront.

9/26/2011

Archétypes, littérature et morts-vivants

Selon qu’on aime ou pas, on parle d’archétype ou de cliché. Et qu’on aime ou pas, ils sont utilisés en littérature. Selon qu’on aime ou pas, on dira que c’est parce qu’ils permettent de camper rapidement un personnage, sans verbe perdu, ou qu’ils palient à un manque d’imagination.

Qu’on le veuille ou non, les archétypes ont certaines qualités. Outre leur familiarité et leur côté rassurant, ils donnent une base solide pour broder. Si Darth Vader correspond parfaitement à l’archétype du vilain méchant-parce-que-c’est-méchant, son masque, sa respiration, sa manie d’étrangler tout le monde à distance pour se calmer les nerfs et son prodigieux pouvoir de trame musicale perso suffisent à créer une image immortelle. Je ne sais pas s’il est possible (ou permis par la loi) de créer une série de fantasy sans orphelin. Les archétypes sont partout. D’ailleurs, ceux qui se vantent de les éviter prouvent plutôt qu’ils ne savent pas les reconnaître dans leur propres écrits.

Quand l’archétype devient cliché

Certains diront que l’archétype devient cliché quand il est surutilisé. Romero a dirigé un film de zombies marquant, Night of the Living Death, et tous les autres en sont plus ou moins inspirés. Les zombies de Romero sont des archétypes, les autres sont des clichés.

C’est vrai. L’archétype est, par définition, l’idée originale, parfaite, qui inspire les copies dégradées. C’est selon moi un concept philosophique vaseux, mais ça semble s’appliquer à merveille à ce cas. Cliché, par ailleurs, est un terme d’imprimerie. Il désigne un moulage réalisé à partir des caractères typographiques d’origine, ce qui permettait de réimprimer un livre sans avoir à se taper tout le montage lettre à lettre, qu’on devine long et coûteux. C’est donc une copie conforme, et nécessairement inférieure à l’original.Romero a créé l’image que nous avons des zombies, qui est très différente de l’idée originale d’un corps animé pour exécuter la volonté d’un maître. Il a du coup créé le survival horror et plus ou moins tout le cinéma d’horreur moderne. L’idée fut si forte que personne n’est véritablement arrivée à s’en défaire. Les nouveaux films de zombies, y compris les remakes des films de Romero, tombent dans le cliché. Épidémie mondiale, zombies tués par une balle dans la tête, faim déchirante de chair humaine, caractère extrêmement contagieux: la recette est connue.

Lord Ruthven, davantage que et bien avant Dracula, fixa l’archétype du vampire aussi dangereux que séduisant. Avant lui, le vampire était un monstre repoussant et peu raffiné. Le Dracula du roman avait toutes les caractéristiques monstrueuses du folklore mais, dès Bela Lugosi, il emprunta les traits raffinés de Lord Ruthven pour ne plus jamais les lâcher. Lestat vient de là, et Edward tente bien que mal d’entrer dans ses souliers. Si on écarte ces exemples illustres, bien des vampires n’étaient que des clichés de Lord Ruthven.

Donc, faut-il tout arrêter? Après Night of the Living Dead, fallait-il arrêter les films de zombies? Comment alimenter les hordes d’amateurs décervelés dans ce cas? Et après Lord Ruthven, fallait-il arrêter les vampires? Quitte à sacrifier Dracula et mettre Bela au chômage?

Et puis quoi encore?

Les soucis de l’archétypes vampiro-zombiesques

Et si le problème était tout simplement un peu de paresse?

D’après moi, le soucis survient quand on oublie de traiter le monstre comme un personnage, et qu’on l’utilise plutôt comme une sorte d’embuche ou élément du décors. Le zombie cliché n’est pas un personnage, mais une embuche. Le vampire cliché est un instantané collé à la va-vite pour combler une envie de sexe dangereux. Mais Lord Ruthven était lui même inspiré d’un autre archétype. C’est le séducteur dangereux, le Casanova, le Don Juan — ou Lord Byron. Polidori lui a ajouté des crocs, c’était son invention. Pour créer un vampire qui soit un personnage, il suffit peut-être de donner des crocs à un autre archétype. Eric Northman est un barbare du nord avec des crocs, ce qu’aurait pu devenir Conan avec un peu plus de mille ans et un appétit coupable pour le sang de fée.

Les zombies se vautrent dans le cliché d’autant plus qu’on se demande de prime abord comment en faire des personnages. L’ennui, encore là, est de prendre les zombies de Romero comme archétype. Même dans Night of the Living Dead, et encore plus par la suite, Romero a traité ses zombies comme de véritables personnages, capables de stratégie limitée, de courage, voire d’héroïsme. La série des «Return of the Living Dead» (les trois premiers, en tous cas) poussaient encore plus loin la caractérisation du zombie, offrant ce qui reste la seule alternative au mort-vivant de Romero.

Il ne peut pas y avoir trop de vampires, de zombies ou de loup-garou, pourvu que l’on se donne la peine de créer de véritables personnages.

9/25/2011

L’influence du vampire

>Depuis la fin du vingtième siècle avec ses Blades et ses Buffy, on a connu une forte poussée de l’apparition du vampire de type «goon», une quantité négligeable dont le pouvoir, essentiellement physique, se situe à mi-chemin entre celui des simples mortels et celui du héros.

Parallèlement, perdurait le personnage du vampire éclatant, puissant, séduisant et presque invincible incarné par Lestat et banalisé par Edward Cullen. Ce vampire là, aussi jeune et sentimental soit-il, est presque un dieu. S’il a décidé de mettre un mortel sur son menu, il faudra plus qu’une lycéenne pour l’en empêcher.

La principale différence entre le vampire «goon» et le modèle supérieur? Le goon n’est pas séduisant. Il est même souvent monstrueux.

Le pouvoir de séduction presque hypnotique du vampire opère pratiquement depuis le tout début. Lord Ruthven était diablement séduisant, et de son pouvoir de séduction venait tout son danger. N’étant pas immédiatement monstrueux, il est à l’abris de la chasse aux sorcière. Sa victime venait à lui de son plein gré, il n’était pas tenu aux conduites inciviles que Dracula devra adopter, avec violation de domicile et kidnaping.

Clarimonde Concetti, personnage titre de la Morte amoureuse de Théophile Gautier, est aussi séduisante au-delà du concevable, parvenant à insinuer son venin jusque dans le chaste cœur d’un jeune prêtre.

Au cinéma, le Dracula de Tod Browning est la première apparition, à ma connaissance, du pouvoir hypnotique du vampire. Il reste possible de lui échapper; lorsque Van Helsing y parviendra, Dracula le félicitera : «You have a very strong will!» (prononcer avec un fort accent hongrois). Reste que Van Helsing est une exception. Face au Dracula de Lugosi, un mortel ordinaire est perdu. Le vampire s’approchera de lui et sa victime, horrifiée, se laissera faire sans un geste de défense.

Les vampires et le jeu de la séduction

Dans le jeu de rôle Vampire: the Masquerade, ces pouvoirs se divisent en deux grandes discipline. L’influence sur les émotions est le domaine de présence, alors que l’influence mentale directe est le doamine de la domination. Avec ces deux disciplines, le jeu parvient à cerner admirablement les instances des pouvoirs d’influence des vampires dans la littérature comme au cinéma.

Le vampire fraîchement muni de sa présence inspire d’abord l’admiration de ceux qui posent les yeux sur lui. Vient ensuite l’intimidation: en présentant ses crocs et en émettant un feulement caractéristique, le vampire parvient à intimider sa proie ou son adversaire. Si cela fonctionne à merveille avec les scream queens, les spectateurs sont moins effrayés; les vampires de tout acabit ne s’en privent pourtant pas. Ensuite, le vampire peut exercer sa célèbre séduction, tel Lord Ruthven et Clarimonde. Le pouvoir suivant permet d’appeler à lui sa victime, même de très loin, comme on en voit des illustrations magnifiques dans The Hunger ou Night Watch. Le personnage de Alyssa Milano y succombera quelques fois, entre deux scènes de nudité, dans Embrace of the Vampire; ce genre de somnambulisme érotique n’est pas rare au cinéma. Enfin, le vampire peut démontrer une telle majesté que toute personne le voyant doit lui obéir et le traiter avec déférence.

Domination est la discipline des ordres directs. Un simple mot pour commencer, puis des ordres complexes. C’est le domaine du Dracula de Browning. Le troisième pouvoir, très pratique, permet au vampire d’effacer certains souvenirs de sa victime ou de les retoucher à sa guise; les vampires de True Blood emploient ce pouvoir sans arrêt. À l’étape suivante, le vampire peut, sur une période plus ou moins longue, opérer un conditionnement sur un mortel, le rendant particulièrement réceptif à son influence. C’est le cas classique de Renfield, clerc de notaire soumis à la volonté du comte Dracula, et qui peut même ressentir son influence à distance. Bien entendu, un tel conditionnement est très souvent fatal pour la santé mentale de sa victime. Si ça ne turlupine pas trop la conscience du maître, ça le laisse tout de même avec un serviteur souvent plus nuisible qu’autre chose. Le vampire a enfin la possibilité de posséder un mortel, passe-temps préféré de la reine des damnés de Ann Rice.

Séduction vampirique: mode d’emploi

À ma connaissance, jamais un auteur n’a tenté d’expliquer le fonctionnement des dangereux pouvoirs de séduction des vampires. Il vont de soi. Ils sont en général instinctifs. Dans True Blood, même la toute jeune Jessica est capable d’utiliser le «glamour» sans le moindre soucis.

Comme je n’aime pas beaucoup les descriptions froides et les «on va dire que…», je n’ai jamais su me contenter de cet a priori.En travaillant sur mes diverses histoires de vampire, j’ai développé des hypothèses que j’utilise dans mes descriptions, chaque fois qu’un vampire utilise ses pouvoirs sur un humain.

La beauté naturelle (ou surnaturelle)

L’un des postulats de départ de tout l’univers vampirique de Ann Rice est que tous les vampires sont beaux. Les vampires sont choisis afin de partager la vie éternelle, et il va de soi que seuls les plus beaux spécimens méritent un tel privilège.

On pourrait être tenté d’objecter qu’il y a des tonnes d’autres critères valables (comme le simple fait d’être assez psychopathe pour accepter de passer l’éternité à bouffer des humains vivants), mais on ajoutera à la défense de Rice que ses vampires sont assez susceptibles au pouvoir de la beauté. Ainsi, Lestat refusera toujours de détruire Armand, malgré les multiples tentatives de ce dernier d’attenter à sa non-vie ou celle de sa progéniture, tout ça parce qu’il est si booo! D’autres auteurs on appuyé à fond sur la beauté naturelle des vampires sans même chercher à l’expliquer, et je ne donnerai pas de nom.

Quoi qu’il en soit, les mortels que nous sommes sont influencés, jusqu’à un certain degré, par l’apparence physique; c’est un fait indéniable. Un vampire super trop canon part donc avec une certaine longueur d’avance, d’autant qu’il a une éternité pour pratiquer son maintient et sa posture.

La scène de séduction de La Morte amoureuse, particulièrement saisissante, peut entièrement être mise sur le compte de la beauté écrasante de Clarimonde Concetti.

L’aura de l’immortalité

En plus d’une hypothétique beauté, le vampire bénéficie aussi de la prestigieuse aura de l’immortalité. Dès qu’un mortel comprend, même subconsciement, ce qu’il a devant lui, on peut facilement lui prêter une sensation de vertige, sinon d’extase, semblable à celle que l’on éprouve devant la voûte céleste, un monument ancien ou la force infinie de la nature. L’immortalité vient certainement avec ses signes. Après quatre ou cinq siècles, un vampire peut certainement sembler étranger. Plus sage peut-être, ou plus étranger aux valeurs et à l’expérience humaine. Peut-être plus animal, plus monstrueux. Un mortel se retrouve alors face à un étranger, d’un type qu’il n’a jamais eu la chance d’appréhender, de voir à la télé ou d’imaginer. On peut imaginer que la puissance des suggestions d’un tel être serait considérable.

La fascination prédatrice

On a longtemps attribué aux serpents un pouvoir hypnotique sur leurs proies. Ce pouvoir est bien entendu simplement imaginaire, mais il faut admettre que, face à un prédateur, les proies ont souvent le réflexe de figer sur place. Qui n’a pas ressenti la paralysie glaciale de la peur?

Ce réflexe de paralysie peut très bien s’expliquer par notre évolution. Pour les bipèdes que nous sommes, la fuite est rarement une option devant un prédateur plus rapide. Si un de nos lointains ancêtres était surpris à l’écart de son groupe, la meilleure solution était sans doute de rester immobile et espérer passer inaperçu.

Notre premier réflexe face à toute agression est le recul. Un individu colérique provoquera presque toujours une réaction de crainte circonspecte, même devant des individus n’ayant en principes rien à craindre. Devant un inconnu défiant, nous détournons le regard, nous baissons les yeux. L’idée de se défendre ou de relever le défi ne vient qu’ensuite.

Le vampire est le prédateur ultime de l’être humain. Adapté à son milieu de vie, camouflé par la foule, assoiffé de sang. La défense est futile, la fuite impossible. Sa victime ne recevra de son instinct de proie qu’une commande: la plus abjecte soumission, avec l’espérance d’être épargné.

Un simple don

Les gens ont longtemps cru au «magétisme animal» qui fit la fortune de Mesmer et bien d’autres charlatans. Les références à ce sujet son courantes dans la littérature du 19ième, de Poe à Balzac. Van Helsing y fait référence dans Dracula L’idée qu’une sorte de pouvoir hypnotique arrive à faire entrer un sujet en transe sans son consentement et soumettre sa volonté était encore répandue récemment, malgré les démentis des hypnotiseurs de tout poil. Cette légende a été entretenue par la fiction à cause de la fascination qu’elle inspire et les possibilités qu’elle ouvre. Un peu comme l’idée tenace (et rigoureusement fausse) qui veut que les humains n’utilisent qu’une petite partie de leur cerveau, et qui sert aujourd’hui à vendre très chers des cours parfaitement inutiles. Si l’idée a perdu un peu de son mordant, elle reste utilisée, entre autres par True Blood, qui en explore les derniers retranchements. Jessica utilisera son glamour pour éviter une scène de ménage, Bill pour mettre fin à une liaison légèrement incestueuse avec son arrière-arrière-petite-fille. Dans les teasers précédent la saison trois, Jessica s’en servait pour humilier un pilier de bar dévot et mal poli; Bill, décidément populaire auprès des dames, repoussait une vendeuse un peut trop entreprenante. Utilisé sans modération, il peut se révéler envahissant; on se prend à se demander, devant l’intolérance à laquelle les vampires sont exposés dans la série, pourquoi ils ne convertissent pas leurs ennemis en masse, tant le glamour est puissant et simple à utiliser.

La technologie extraterrestre

Il n’est pas rare que les vampires se voient attribuer de nos jours des origines extraterrestres. Cela a certainement commencé avec les débuts du cinéma d’exploitation. Ce n’est pas l’explication la plus séduisante ni la plus courante, mais elle continue d’être exploitée de nos jours, tant au cinéma qu’en litérature. Dans ce cas, le pouvoir de domination étrange des vampires peut très bien être expliqué par un quelconque gadget alien, un pouvoir de type «force», un entraînement spécial comme la «voix» dans Dune ou encore une capacité kryptonienne peu connue. Très commode.

Dans le Cycle des Bergers

Je suis très prudent avec les pouvoirs de séduction et de domination dans mes propres écrits, pour les raisons mentionnées plus haut. Ces pouvoirs sont rares, concentrés chez les vampires très anciens dans certaines lignées seulement et nécessitent un travail considérable pour affecter un mortel à long terme. Je tend à souvent présenter leur effet du point de vue de la victime, expliquant exactement ce qui la fascine ou la pousse à la soumission.

9/15/2011

Vampires et autoréférences

Les vampires sont devenus un tel phénomène culturel que personne ne peut plus les ignorer... Pas même les vampires. Leur mythe les poursuit. Tôt ou tard, on les accable de questions. «Êtes-vous des morts-vivants?» «Êtes-vous repoussés par les croix?» «Dormez-vous dans un cercueil?» «Êtes-vous plus sanguin ou psychique?»

Il est devenu difficile d’écrire une histoire sur les vampires sans traiter du sujet de l’autoréférence. Comment les vampires se sentent par rapport à l’image que la culture (cinéma, télévision, littérature, bande-dessinée, folklore, etc.) véhicule d’eux?

Les vampires aussi sont contre les clichés

Le vampire est un amoncellement de clichés, qu’on le veuille ou non. Dents pointues, soif de sang, vie nocturne, j’en passe et des meilleures. Deux ou trois suffisent à camper un personnage. Inutile de tout prendre, vaut mieux en laisser.

Les vampires ont alors la mauvaise tendance à qualifier de ridicule les clichés qui ne les affectent pas, tout en soulignant par des «ça c’est vrai» ceux qui les affectent. Louis nous dira que nous sommes bien naïfs, nous mortels, de croire qu’il serait repoussé par une croix, ou tué par un pieu fiché dans son cœur. «Des conneries» dira-t-il, voulant faire moderne. Mais le reste? Le soleil, les dents, le sang? Tout ça c’est vrai. Donc, pas si mals, les mortels.

Interview with the vampire débute donc sur une mise au point. Elle a le mérite de refléter le point du vue du personnage, celui de son auteure étant plus subtil. Ainsi, dans Queen of the Damned, un autre personnage, amnésique au bout d’une très très longue vie, doit se découvrir, apprendre qui il est et en quoi il diffère des autres. Comprenant qu’il est un vampire, il se conformera machinalement à l’image du vampire classique du moment, plus ou moins celle imposée par Bela Lugosi et Christopher Lee: la cape noire à revers rouge. C’est en présence d’autre vampires qu’il surmontera ses stéréotypes.

Vampires et société

La question de l’autoréférence dans toute fiction vampirique est donc indisociable du degré d’organisation de la «société des vampires» que l’auteur mets en scène dans son texte. En général, moins elle sera présente, et plus le vampire devra se définir en fonction du regard des mortels.

Le vampire solitaire

Traditionnellement, le vampire est un monstre isolé. Il pouvait à la limite avoir, comme Dracula, quelques sbires plus ou moins harpiestes. Assez vite, il a appris à vivre en couple. Mais toute idée d’une sorte de gouvernement parallèle des vampires, ou même un simple club social, était exclus.

Un vampire isolé se retrouve dans un totale relation chasseur-proie, où les rôles d’ailleurs tendent à s’inverser pour un oui ou pour un non. Il doit se rapprocher des mortels pour les chasser, mais il sait parfaitement que, s’il exagère, on viendra le ceuillir dans son repaire lorsqu’il sera vulnérable (ce qui se produisait d’ailleurs invariablement).

Un vampire dans cette situation a presque toujours le réflexe, et c’est assez curieux, de se mêler à la bonne société, voire la noblesse — peut-être parce qu’elle est moins encline à se balader dans les cryptes avec des torches et des bâtons pointus. Il tentera du mieux qu’il le pourra de cacher ses tares et ses instincts derrière des manières irréprochables, une grande générosité et une respectueuse galanterie. En tout point, il se définira donc comme un citoyen modèle. Mais le vampire solitaire n’est pas un mythomane, et il n’est jamais dupe de sa mise en scène. Dès qu’il a une chance de se livrer à ses instinct bestiaux et à apparaître dans toute sa gloire ténébreuse, il ne s’en prive pas.

Le problème de l’autoréférence se posait peu à l’époque, mais le vampire était déjà une mode qui faisait littéralement fureur. Féval disait lui-même qu’on ne voyait partout que des vampires et s’en désolait, avant d’en ajouter quelques uns. Dans sa position délicate, le vampire solitaire doit redoubler de prudence. Il doit s’effacer de la société des mortels, mais on ne peux pas vivre très longtemps sans société. Il cherchera un compagnon, mais les histoires d’amour finissent mal (en général). Il lui faut alors composer d’une manière ou d’une autre avec la société des mortels.

Une de ces manières, assez rare, est de sombrer dans le déni. Les vampires n’existent pas, c’est absurde. Ainsi Martin, dans le film éponyme de George Romero, passe une bonne partie de son temps à expliquer qu’il n’est pas un vampire à son oncle, qui s’apprête à le tuer, et sa cousine, qui entretient quelques doutes. Le reste du temps, il égorge des victimes ou tente d’établir une relation amoureuse avec une mortelle. Rassurez-vous: ça ne resemble pas à Twilight.

Le vampire solitaire utilise parfois son mythe afin de se nourir. Ainsi, dans le film The Hunger, les vampires vont chasser le gothique dans un spectacle de Bauhaus, utilisant leur image très en vogue pour séduire un couple en mal d’émotions fortes (ils seront servis). C’est une pratique en perte de vitesse; nous ne sommes plus dans les années 80, et Bauhaus ne donne pas de spectacle toutes les semaines (hélas).

Une autre manière est de tenter d’établir une relation avec les mortels. Dans le trop peu connu film canadien Blood and Donuts (ne vous laissez pas distraire par le titre, c’est une petite merveille), le vampire se crée à la faveur de quelques bonnes actions des amis parmi les désœuvrés et les laissés pour comptes qui gravitent autour d’une beignerie. Mais ce n’est pas nécessairement simple. Il faut commencer par surmonter les préjugés engendrés par le folklore, et vaincre des méchants qui, avides de pouvoir, tentent invariablement de voler l’immortalité des autres. Ce n’est pas si difficile partout cependant. Dans un film dont j’ai oublié le titre, les vampires parviennent à se mêler sans problème au mortels et peuvent même avoir des petites amies qu’ils bassinent sans arrêt à propos de leur malédiction tout en redoublant leur secondaire depuis presque un siècle. La belle vie quoi! Quoi qu’il y a toujours un loup-garou qui fait chier.

Le vampire grégaire et son identité

Quand l’indice de moumounerie est moins élevé les vampires ont tendance à combler leur besoin de société en se réunissant par petites groupes. Les exemples abondent: en littérature, Lost Souls; en bande dessinée, 30 Days of Night; au cinéma, Near Dark, Lost Boys et j’en passe. C’est une solution intermédiaire entre le vampire solitaire et le gouvernement parallèle.

Le groupe tend à rester petit. Trop de bouches à nourrir attirent nécessairement l’attention. Le groupe fait rarement preuve de prudence cependant. Presque toujours, les membres s’encouragent les uns les autres à poser des gestes plus extrêmes, le chef étant généralement le plus violent de tous. Ils trouvent des moyens pour dissimuler leurs exactions. Nomades, ils sont plus difficiles à attraper. Ils peuvent capturer leurs proies dans un patelin, les torturer dans un autre et balancer les cadavres à trois ou quatre endroits différents. Avant que les morceaux soient recollés, ils sont déjà loin. Ils cherchent les lieux isolés où ils peuvent se laisser aller à leurs instincts en toute quiétude.

Les vampires qui se déplacent en troupeaux — pardon, je veux dire «en meutes» — ont assez peu de problèmes avec le mythe du vampire, pourvu qu’il reste un mythe. Dans 30 days of night, le chef de la meute est très clair: on s’est emmerdé durant des siècles pour que les humains croient que nous ne sommes que des histoires, on va pas laisser de témoins maintenant. Ils excellent à ne pas laisser de témoins. Lorsque le groupe capote, c’est parce que le petit nouveau a des gros problèmes d’intégration. D’ailleurs, comme s’ils voulaient se cacher derrière le mythe, ils sont l’antithèse du vampire solitaire et aristocrate. Même très anciens, ils adoptent les codes marginaux du moment, posant en punks, en motards ou autre «bande de jeunes».

Les vampires et leur hiérarchie

À mesure que le genre la fantasy urbaine gagne en popularité, les vampires se dotent de société complexes, avec un appareil gouvernemental développé, la plupart du temps totalitaire et traditionaliste. Les Volturi de Twilight ou l’Autorité de True Blood en sont des exemples biens connus, mais on voit ces organisations esquissées à gros traits dans des œuvres populaires comme les différents Blade (sans toujours beaucoup de cohérence, pour dire le moins) ou Daybreakers (capitalisme en action).

On aurait du mal à situer les auto références dans ce type d’histoires, parce que les cas varient beaucoup. Par définition, la fantasy présente un univers alternatif; l’auteur a donc toute latitude pour changer n’importe quel aspect de cet univers, y compris les mythes vampiriques. En fantasy, le vampire n’est plus isolé. Il a fait partie du monde durant des siècles, souvent des millénaires, et a eu l’occasion de l’influencer. Ainsi, dans Buffy, Dracula est un vampire unique, dans les pouvoirs et le comportement sont très proches de sa représentation dans les films. Il est le seul vampire, par exemple, à posséder un pouvoir hypnotique, ou encore à se métamorphoser. Il semble avoir inspiré le personnage de fiction dans un besoin de publicité. Dans l’univers du jeu de rôles Vampire : The Masquerade, Dracula est encore responsable de sa propre légende, répandant de fausses informations et venant mettre des bâtons dans les roues de quiconque voudrait le rechercher. La fantasy urbaine est l’occasion rêvée de jouer l’autoréférence.

Dans les aventures merveilleuses de Sookie Stackhouse et leur pendant télévisuel True Blood, les vampires sont directement en relation avec les mythes. Le sang synthétique permettant en théorie à un vampire de survivre sans boire de sang humain, ils tentent de sortir du garde-robe et de se tailler une place. C’est bien sûr assez compliqué. Les humains sont intolérants de nature, et les vampires ne sont pas tous d’accord avec le régime synthétique. D’autant que les vampires mentent allègrement pour améliorer leur image, par exemple en prétendant qu’ils sont vivants et simplement infectés. Les vampires luttent néanmoins contre des mythes tenaces qui leur pourrissent la non-vie. Que le récit se déroule (la plupart du temps) en Louisiane n’est pas un hasard: les références à Ann Rice ne sont pas rares, et il est explicite que les vampires et leurs fans (les «fangbangers») n’y sont pas insensibles.

Dans Perfect Creature, les vampires (appelés Brothers) contrôlent entièrement leur mythe, élevé à une sorte de religion d’état. Les humains sont tenus dans une terreur constante de la maladie, dont seul le sang des Brothers peut les protéger. Les humains acceptent de bon gré de nourrir les Brothers de leur propre sang, dans une relation où, comme dans la ferme des animaux, certains sont plus égaux que d’autres.

Dans le très médiocre (pour être gentil) Blade III, Dracula (curieusement un très ancien vampire Mésopotamien, allez y comprendre quelque chose) est très insulté des représentation kitch faites de lui par des goths. Le film est merdique, et je suis très insulté par la représentation qu’il fait des goths.

Conclusion de service

Le vampire a été étudié par la littérature sous à peu près tous les angles, et celui de le placer face au miroir (ho! ho!) de ses mythes n’est pas vierge (et re-ho! ho!). Il reste intéressant. Et je crois sincèrement que tout auteur voulant se frotter au sujet doit se demander comment son personnage se situe face à son mythe, simplement parce que personne aujourd’hui ne peut ignorer les vampires, les vampires encore moins que les autres.

9/12/2011

Lavis, photo à haut contraste et vins français

À quoi sert de travailler avec Photoshop si on ne s’amuse pas un peu?

Ici, je me suis fait un peu plaisir en traitant des photos pour obtenir un très haut contraste. C’est plus dur qu’on pourrait le croire.

Les symboles français sont immédiatement reconnaissables. Malheureusement, ils n’ont rien à voir avec les terroirs des vins présentés (en fait, ils sont tous parisiens). Au moins, ça colle de près à la thématique.


Par ailleurs, ces vins sont excellents.

9/06/2011

Mythologie, passion et écriture

Petit, tout le monde croyais que j’étais passionné de science. Je l’ai cru moi-même, à vrai dire, mais je ne le crois plus. Je crois que j’étais simplement un enfant curieux. Je me posais des questions sur tout ce que je voyais. J’ai grandi en campagne, et j’ai donc vu beaucoup de choses. Des plantes et des animaux de toutes sortes, pour commencer, et des étoiles par millions. Les citadins ne peuvent rêver au nombre d’étoiles qu’il y a dans un ciel non pollué. Dans le monde des Bergers, c’est une des premières choses que j’ai faites: remettre les étoiles en place. Ce n’est rien.

Ceci dit, dans le Je me petit-débrouille (devenu platement «les Débrouillards» par la suite), c’était surtout les récits mythologiques qui m’intéressaient. Chaque corps céleste, et surtout chaque constellation, avait son histoire. Comme j’étais aussi passionné de mots, j’avais recçu de grands dictionnaires en cadeau (si si, ça existe) et je cherchais les noms de ces personnages, dieux ou mortels, passant de l’un à l’autre au gré de leurs généalogie (ou de leurs aventures, surtout dans le cas de Zeus). J’ai appris par la suite que je n’étais pas le seul.

Même sans contexte

Ce qui me frappe aujourd’hui, alors que j’essaie de tisser des histoires, c’est que tous ces récits mythologiques que j’ai lu et relus me passionnaient en dépit de tout contexte narratif. Même en termes encyclopédiques, avec les renvois et les différentes versions, les mythes gardaient leur magie. Saturne dévorant ses enfants, l’orgueilleuse Cassiopée, Perséphone et les enfers... Et Héraclès, Héraclès surtout, destiné à être un héros, massacrant sa propre famille, expiant à travers ses travaux, tuant des monstres invincibles, puis forcé de se suicider à cause de la jalousie de sa femme. Destins tragiques, dieux cruels, tout frappait l’imagination.

Les mythes religieux ont cette force: ils renferment tous quelques chose de fondamental, de fascinant, qui conserve sa force même hors de tout contexte narratif. Peu d’auteurs contemporains ont élaboré un mythe comparable à la puissance d’un Percée, chevauchant Pégase, terrassant un monstre en lui présentant la tête de Méduse pour sauver Andromède, fille de Cassiopée. Notez que chaque personnage ici a son nom et son histoire propre. Pégase n’est pas un membre d’une espèce de chavaux ailés, c’est un exemplaire unique, fils d’un dieu et d’une gorgone, à la naissance miraculeuse.

Le phénomène de la naissance miraculeuse est très commun dans les mythes du monde entier. Dans la mythologie grecque, Pégase est en bonne compagnie et Athéna, née de la cuisse de Jupiter ,et Dionysos, né de sa tête ne sont que deux exemples. La mythologie Chrétienne présente bien sur Jésus Christ, né comme on le sais d’une vierge, ou encore Isaac, né d’une mère stérile et âgée de 90 ans. Horus, dieu Égyptien bien connu, nait de l’union d’Isis avec un Osiris momentanément ressucité, auquel elle avait greffé un sexe d’argile pour replacer l’ancien, dévoré par les poissons. Bien peu de personnages divins, à vrai dire, ont une naisance normale, et plusieurs personnages mythologiques partagent avec eux l’honneur de la naissance miraculeuse.

Héros modernes

Un auteur peut facilement se prendre à rêver devant tous ces grands mythes, qui passionnent encore après des millénaires. Toutes nos recherches sur la narration, sur le rythme et la manière de raconter des histoires ne sont donc que de la foutaise?

Ces mythes mémorables qui  ont traversé les millénaires sont le résultat d’une sorte de sélection naturelle des idées. Tout le long de son histoire, les hommes ont inventé des personnages ou les ont modifiés, adaptés à leurs époques. Les idées les moins mémorables ont été effacées ou intégrées à d’autres. Le panthéon égyptien a prêté ses dieux au grec, qui ont retransmis les leurs presque intégralement aux romains. Le récit du Déluge est une adaptation par les Juifs d’un épisode de l’Épopée de Gilgamesh, la plus ancienne épopée écrite connue.

Peu d’auteurs modernes ont su créer de telles icones, capables d’être reprises, adaptées et de prétendre à l’immortalité. Il y en a tout de même quelques unes. H. G. Wells a lancé tous les grands thèmes de la science fiction. Bram Stoker avec son Dracula, Mary Shelley avec Frankenstein, Robert E. Howard avec Conan, Lovecraft avec Chtulhu et sa bande de joyeux drilles. Dans plusieurs cas, les monstres ont considérablement changé avec le temps. Dracula, en particulier, n’a pas grand chose à voir avec l’original. C’est le prix de l’immortalité. Le monstre a volé en douce le nom de son créateur. Conan est devenu une bête épaisse, en accord avec les modestes ambitions des scénaristes américains et la capacité d’expression d’un culturiste devenu acteur (devenu gouverneur). Mais les personnages vivent, tout le monde les connaît, chacun peu les réinterpréter.

Les personnages de bd sont en bonne voix aussi, mais il leur reste la barrière de la marque déposée. Alors que la littérature impose une limite au droit d’auteur (quelques décennies après la mort de l’auteur, variant selon les pays), les super-héros sont des produits commerciaux. Ils vivront tant que leurs propriétaires y trouveront un profit. Pour le moment, ils le trouvent. Star Wars aussi réussit assez bien dans le domaine des marques déposées.
Si ces mythes modernes, entretenus et parfois créés par un marketing tapageur et le culte du produit dérivé, sont farouchement défendus par leurs ayant droit, ils restent qu’ils sont adaptés en parallèle par la fan fiction. Impossible à diffuser, d’une qualité suspecte (un véritable auteur ne créerait-il pas son propre univers?), la fan fiction reste le meilleur indice qu’un mythe a le potentiel de l’immortalité.

Essais et erreurs

Qu’ils soient anciens ou modernes, les héros immortels ont comme point commun d’avoir été approprié par plusieurs auteurs indépendants les uns des autres. Ils ont été réinterprétés, réinventés. Murnau rendit Dracula sensible au soleil, un autre l’affubla d’une histoire d’amour avec Mina Harker. Elle-même tend à se transformer en vampire, à la faveur des Gentlemen Extraodinaires et des leurs émules.

Si une modification plus ou moins majeure au mythe obtient le sufrage des auteurs suivants, c’est que cette modification ajoute au caractère fascinant du personnage. Mina Harker aurait certainement été terrifiée à l’idée de devenir le monstre qu’elle combattait, mais il faut bien admettre que «vampire» résonne plus que «sténographe». Dracula serait furieux qu’on affirme qu’il puisse tomber amoureux, et en particulier de cette gourdasse, mais l’amour vend, et surtout l’amour immortel. Jonathan est le grand oublié de l’histoire.

Notons que le Christ et sa bande n’échappent pas non plus à ces réinterprétations. Les multiples évangiles apocryphes donnent l’image d’un Christ aux valeurs passablement trop orientales pour les églises actuelles, probablement parce que les évangiles étaient avant tout des œuvres de propagandes, certaines devant soutenir l’empire d’occident, d’autres l’empire d’orient, d’autres encore le gnostisme. Les descendants ou réincarnations du Christ, les nouveaux prophètes et les autres charlatans continuent aujourd’hui encore ce travail d’appropriation. La tradition elle même ajoute des mythes, tel le juif errant. Une tradition médiévale identifie Marie-Madeleine à une prostituée, ce qui est complètement inexplicable, mais tellement repris que plusieurs deraient prêt à jurer que c’est... parole d’évangile. Même les œuvres de fiction influencent le mythe du Christ et la perception que nous en avons. Ce n’est pas pour rien que le Vatican s’est ému du Da Vinci Code, ou que des cinémas ont été menacés d’incendie s’ils présentaient Last Tentation of Christ. Les  mythes ne sont jamais fixés dans le roc, ils évoluent et se transforment.

Chaque nouvelle adaptation fait donc plus que publiciser le mythe: il ajoute à ses caractéristiques. Les ajouts fascinants colleront, au déplaisir des orthodoxes, et seront repris. Chaque fois, le mythe améliorera ses chances d’accéder à l’immortalité. Peut-il deviendra-t-il si riche qu’il pourra fasciner même à travers le filtre encyclopédique d’un dictionnaire.

9/04/2011

Stakeland et une réflexion sur la complaisance

Il n’y a rien qui m’horripile plus en fiction que la complaisance.
Je me suis tapé, il y a deux semaines environ, un horrible navet nommé Stakeland, un amalgame prétentieux de Romero et de Matheson, la profondeur des personnages et la cohérence en moins. Pourtant, je suis assez bon public pour un série B de vampires. Mais il y avait de la complaisance et ça, ça me fout en rogne.

Qu’est-ce que la complaisance?

Mon copain Robert définit la complaisance comme, et je cite : «Sentiment dans lequel on se complaît par faiblesse, indulgence, vanité».

C’est ma bête noire. Le plus gros défaut de toute récit. Je me réveille la nuit pour la chasser de mes histoires.

Pourtant, ce n’est pas vraiment possible. Les histoires de vampires, par exemple, j’en écris à cause de l’atmosphère sombre, lourde et inquiétante. J’aime cette atmosphère, et je m’y complais. Dans mon cas, ce n’est pas grave parce que… Tiens, pourquoi au juste? J’y suis! Parce que c’est assumé. Je me complais et j’assume. Quelqu’un viendrait me dire: «vos histoires sont sombres, lourdes et inquiétantes», je dirais «ben oui, c’est pour ça que je les écrit».

D’ailleurs, je me jette comme un désespéré sur la complaisance. La violence gratuite, le sexe pornographique, l’horreur sanguignolante. Du moment qu’elle est assumée. Robert Rodriguez ne tourne que des films complaisants à outrance. Testostérone, totons, armes à feu, sentences soulignées à grands traits par la bande sonore... J’éclate de rire et je crie «encore! encore!». Sans blague, je le fais.

Bon, alors qu’est-ce qui cloche avec la complaisance?

L’ennui vient quand la complaisance n’est pas assumée. Quand elle provoque une rupture de ton agaçante. Quand elle abaisse l’histoire.
Revenons à Stakeland. Trame de base: dans un monde post-apocalyptique ravagé par des vampires, un type trop cool et trop mystérieux prend sous son aile un jeune orphelin.

Stop.

Personne n’est contre les personnages cools et mystérieux, non? Moi-même, venez me dire que mes personnages sont «trop cools et mystérieux» et je vous embrasse (vous voilà prévenu). Alors où est le problème?

Le problème c’est quand c’est fait, comme dirait Robert, par faiblesse ou vanité.

Dans Stakeland, Mister est cool... en théorie. En réalité, c’est un personnage cliché, sans le moindre passé, ni lien avec le monde, ni opinion... Aucune aspérité. Je crois bien qu’il n’a pas une seule réplique qu’il n’a pas volée dans un autre film (ou une série télé; les vampires «berserker» sont clairement pompés sur les Turok-Han de Buffy saison 7, mais sans l’explication cette fois). Mister est cool parce que le scénariste s’est identifié à lui et qu’il l’a déclaré cool par complaisance. Vanité. Il lui a mis des répliques copiées-collées en bouche pour s’entendre dire les choses qu’il trouvait tellement merveilleuses dans Dirty Harry. Faiblesse. Une fois son besoin de testicules par procuration satisfait, il n’a jamais cherché à développer le personnage. Même pas un peu. Rodriguez lui aurait donné une petite amie morte tragiquement (si possible les seins à l’air) et des flash back avec du feu. Ça aurait été encore complaisant, mais on en aurait eu pour notre argent.

L’orphelin maintenant. Pourquoi un orphelin? Ha! Oui! La relation maître élève, la quête initiatique... Ici, elle prend la forme grotesque de katas grossiers et ridicules. Le fiston fait des grands gestes de taï chi, mais avec un pieu qu’il fait tournoyer dans les airs entre les poses sans aucune raison. Et ça s’arrête là. Pas plus de quête iniatique que ça. Complaisance. Pourquoi se forcer à écrire une histoire, alors qu’on a déjà réussi à glisser la scène d’entraînement trop cool? Faiblesse. «Tiens, elle est trop cool notre scène, alors on va la rejouer trois fois à différents endroits du film.» Vanité.

En plus, c’est pratique, un orphelin. Pas besoin de s’emmerder à lui donner une famille, une histoire. Tout du long, on entend jamais un mot sur son passé, sur le monde qu’il a perdu, sur ses parents assassinés devant ses yeux. Son père était un brave type, pourtant. Quand Mister se plante devant lui, pas un mot pour lui demander de l’aide. «Protégez-le», dit-il simplement avant de se laisser suicider sans une seconde d’hésitation par Mister (parce que Mister, c’est un vrai dur). Le fiston est passablement ingrat. Pourtant, il s’attache à vitesse grand V à la bonne sœur totalement inutile, à la femme enceinte de service, à la fille de la fin qu’ils mettent là seulement parce que ça prend une histoire d’amour même si on a pas le temps de la développer. Ils les rencontre une fois, et il est prêt à risquer sa vie pour eux. Et quand ils meurent, il pleure, il est inconsolable. C’est qu’il est sensible, le bougre. Qu’il ne pleure pas sa famille, c’est normal: c’est parce qu’il est un orphelin par complaisance. Faiblesse. Paresse.

Et les méchants! Des fanatiques religieux, bon point. Ils ont une doctrine tirée par les cheveux, mais ce ne sont pas les premiers. Les vampires sont envoyés par Dieu pour purifier le monde, et ceux qui luttent contre eux luttent contre Dieu. Bon, les vampires veulent les bouffer comme tout le reste, donc ils doivent en principe se défendre eux aussi contre eux. Comment ils font sans les tuer? On en sait rien. Paresse. Leur chef est laissé par Mister pour être dévoré. Il reviendra à la fin, seul vampire intelligent. Il leur expliquera que c’est parce qu’il les a accueillis, qu’il les a laissés le dévorer. On ne sait pas pourquoi. Ce type là ne semblait pas plus brillant que les autres, pourtant. Se peut-il qu’il aie raison? Finalement, c’était pas tout des conneries? On n’en saura pas plus. Pourquoi creuser, on leur a donné le rebondissement final? Paresse. Et l’explication grandiloquente qu’on nous enfonce dans la gorge, elle signifie quoi? Rien, le scénariste la trouvait trop cool. Vanité.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Le film est censé se passer aux États-Unis, mais il a été tourné au Canada. Comment je le sais? Tous les journaux sur lesquels les personnages tombent sont des journaux canadiens. Montreal Gazette. National Post. On prend ce qui traîne, pourquoi s’emmerder à aller à la tabagie du coin s’acheter des journaux américains? Paresse.

Complaisance, faiblesse et vanité

On pourrait continuer comme ça sans fin. Mais je crois que j’ai finalement trouvé.

Ce n’est pas la complaisance, le véritable ennemi. Les vrais problèmes sont la vanité et la faiblesse.

Avec la somme de travail qu’exige un roman (ou même un scénario), on comprendra, j’espère, qu’un créateur s’applique à des sujets qui lui plaisent, qui lui procurent un certain plaisir. L’ennui, c’est que la complaisance risque de le pousser à s’arrêter en chemin.

Combien d’auteurs veulent écrire comme untel ou l’autre? «Dans le style de Stephen King», on le lit, on le sent. C’est toujours raté. Pas parce que King est un génie, mais parce qu’une œuvre créée pour imiter un style est marquée dès sa naissance par la complaisance. L’auteur éliminera lui-même toutes ses bonnes idées, lorsqu’elles menacent de l’éloigner du maître. Lorsque, au contraire, elle ira dans le «bon sens», il l’acceptera sans tenter d’aller plus loin.

C’est le principal ennui avec Stakeland. Les emprunts sont clairs. Quand le scénariste réussit à placer la réplique qu’il a tant aimée dans les autres films, il cesse de travailler le dialogue. Ce n’est plus une œuvre, mais une sorte de composition bancale, casse-tête réalisé avec les pièces de dix autres.
La vanité pousse à imiter le style d’un maître, la paresse empêche de créer une œuvre à soi.

Et moi, dans tout ça?

La critique est aisée, l’art est difficile, disait Destouches.

Justement! Je m’emmerde assez à essayer de créer des personnages un peu développés et des mondes un peu profonds pour accepter qu’on me serve une version cheap de Romero meet I am Legend meet Madmax, avec des personnages en forme de silhouettes découpées.

Il faut une sacré dose de vanité pour oser remplir des centaines de pages de petits signes typographiques et prétendre que cela arrivera à intéresser quelqu’un. Mais c’est l’humilité qui rend ces caractères compréhensibles, voire intéressants. L’humilité qui pousse à se remettre en question, à se relire, à accepter la critique. Plus l’histoire est bonne, plus l’auteur est humble. Et moi qui prétends écrire de bonnes histoires, je m’enorgueillis de mon humilité.
Pourtant… Quand j’ai soumis, il y a deux ans, un manuscrit que je croyais moi-même imparfait, c’était la paresse qui me possédait. Mon orgueil me tirait en arrière, me disait : «Tu ne vas pas soumettre ça? Allez, encore deux ou trois ans de travail, et ce sera présentable.» La paresse répondait: «On ne va pas y passer notre vie non plus! Il y aura toujours des choses à améliorer. Ils ont déjà publié des trucs plus mauvais». Les deux avaient raison. Reste que j’ai repris le collier. Comme quoi, l’orgueil peut avoir du bon.

J’aime bien les phrases enjolivées, les arabesques littéraires. Je les aime chez Hugo, chez Zola, chez Seignolles, chez Nothomb. Je les aime chez moi aussi. Quand ces formes commencent-elles à devenir précieuses, suffisantes ou pire, confuses? Difficile de le dire. Je dois me relire après des mois, rejetant ma paresse naturelle et mon orgueil. Heureusement, j’aime aussi le style concis, clair, droit au but, le style de Thomas Owen. Et le style coloré et éllipsé de Jean Ray. Seignolles c’est tout ça, alors je me dis que ce doit être possible.

S’il est sain de se faire plaisir parfois, il faut aussi savoir se fouetter. Soumettre (ou même publier) des merdes, je l’ai déjà fait. C’est si j’en étais fier qu’il n’y aurait aucun espoir.

Alors je n’ai pas le choix, en cette période de relecture. Chasser partout la complaisance, tout en me vautrant dans l’atmosphère gothique que j’adore. Pianoter une partition de vampires post-apocalyptiques poursuivis par des fanatiques religieux, avec la crainte tenace et salutaire de cracher un autre Stakeland.

9/01/2011

Cœur de flammes

Dans le commerce, on a toujours un char d’avance, alors je travaille depuis hier sur des promos pour la Saint-Valentin, ce qui m’amène à dessiner des cœurs enflammés. Voici donc deux de mes petites expériences.



Je suis curieux: laquelle préférez-vous?

Mise à jour: ajout d’un tutoriel

J’explique ma méthode pour dessiner des cœurs de feu ici.