6/03/2011

L’eau monte

J’ai beau affirmer le contraire, j’écris de la science fiction. Le roman sur lequel je travaille a beau être une histoire de vampires, l'histoire se déroule dans quelques années, après que se soient réalisées toutes ces choses qui m'angoissent, qui m’empêchent de dormir la nuit. J’aimerais me faire croire que ma vision n'est pas lucide, que c'est la simple crainte qui me pousse à écrire, que je ne suis ni un prophète ni un clairvoyant, ces choses se déroulent sous mes yeux, en ce moment. L’actualité n’arrive même pas à me montrer autre chose.

L’eau monte

Voici quoi? Six semaines? Six semaines que la Mauricie est innondée. Une innondation interminable, tard au printemps, et un niveau d’eau jamais atteint. On clame que ce n’est pas le réchauffement climatique. Peut-être un peu, non? Et aussi la déforestation, qui occasionne une fonte de la neige bien plus rapide. Et la destruction des marais, qui retiennent l’eau. Nous sommes responsables, nous les humains, de ces innondations. Mais la pluie a le dos bien large.

N’attendez pas que les conservateurs l'admettent. Harper, ce minable, n'a même pas mis le pied en Mauricie, façon de bien montrer au Québec où il l’a. Mais ils sont responsables de ses innondations.

Et la fin du monde

Dans mon roman, les escatologistes triomphent. Devant les catastrophes, ils jubilent: l’Apocalypse se produit enfin! Ils seront sauvés, tous les autres seront punis. Et les millions de morts unissent leur voix pour leur donner raison.
Il n’y a rien à mon sens de plus malsain que de voir que, alors que les conservateurs évangéliste provoquent des catastrophes, ils les célèbrent du même souffle, les attribuant à leur Dieu vengeur.

Les prophéties auto-réalisées

Les conservateurs sont des experts des cycles. On coupe d’abord les impôts des riches, ce qui provoque des déficits. Pour régler ces déficits, on coupe dans le tissus social. Cela augmente le taux de criminalité. On construit plus de prisons. Cela cause des déficits, alors on coupe dans le tissus social. Et ainsi de suite.

Les conservateurs du Canada veulent appliquer ici les méthodes de lutte contre le crime qui ont échoué aux États-Unis. Le taux de criminalité ne suffit pas encore à le justifier. Donnez-leur huit ans de coupes sauvages et ce sera réglé.

La crise récente des banques est une illustration fantastique du modus operandi des conservateurs. La dérèglementation provoque une crise. On vient au secours des riches avec l'argent public, puis on soutient l'économie avec des emprunts massifs. Pour résoudre le déficit ensuite? On coupe dans les programmes sociaux. Aux États-Unis, l’ennemi numéro un est l’éducation. Durant ce temps, une nouvelle crise se prépare, car le marché est toutjourts aussi peu règlementé.

La crise environnementale est pire. Nous sommes aux prises avec des phénomènes climatiques extrêmes qui font des milliers de morts. La Nouvelle-Orléan est détruite. Les côtes s'érrodent. Tout cela était annoncé, les écolos travaillent comme des dingues depuis plus de vingt ans pour éviter tout ça. Pour les conservateurs, qui est le grand coupable? Dieu.

Les évangélistes ont leurs entrées, c’est connu, chez les conservateurs comme chez les républicains. Et ils font le compte de toutes les catastrophes, comme autant de preuves que Dieu a un peu avancé l’heure du jugement dernier. Les églises se remplissent. Et la lutte devient féroce. Les ennemis: l’avortement, la recherche, l’éducation. Harper comme Bush a coupé les fonds de la recherche. Les créationnistes s’organisent. Les parents vont jusqu’en cours suprême contre l’idée que les enfants apprennnent qu’il n’y a pas qu’une religion. L’ADQ propose les bons à l’éducation, qui vise ni plus ni moins qu’à couper les fonds de l’école publique, une mesure de Bush, justement.

Une crise se prépare. Tous les moyens éprouvés pour une société juste et prospère nous échapent à cause des fous de Dieu. L’eau monte.

Et quand l’eau monte

Que font les gens quand survient une crise? Ils se précipitent vers les conservateurs. Ces simplets ont toujours les bras chargés de solutions simplistes.
J’aimerais croire qu’il ne le font pas exprès, mais ils sont les premiers, les seuls bénéficiaires des crises qu’ils provoquent. Les riches n’ont pas à craindre l’eau qui monte — comme à Rome, ils se bâtissent sur les hauteurs.

Et les églises se remplissent. Pas encore au Québec, heureusement, car nous sommes encore éduqués et riches. Mais là ou la misère et l’ignorance reignent, la foi n’est pas loin. En attendant, un type innondé a cloué une croix sur sa maison, pour supplier Dieu de l’aidre. «Il faut croire en ça» disait-il. Il faut. Et à Saguenay, les citoyen ne peuvnt entrer dans une session municipale sans entendre une prière, au mépris des lois et du simple respect de la conscience.

Et la solution

Nous ne pouvons pas changer se qui se produit à Washington ou à Ottawa. Notre tentative d’y arriver a été un échec cuisant, que nous allons payer très cher tout au long des huit prochaines années au moins. Mais nous avons encore une chance avec Québec.

Laissons se noyer ceux qui le veulent. Donnons-nous notre pays, enfin. Il y a longtemps que ce devrait être fait. Dirigeons-nous comme nous l’entendons, prenons nos propres décisions. Si nous ne réagissons pas, nous allons nous noyer.

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