6/28/2011

Nous sommes tous écrivains

Je prends une petite pause des vampires et de leurs lois pour lancer quelques mots dans le cyberspace.

Je suis au café Lézard, sur Masson, mon coin d’écriture le plus usuel, et je pianote sur mon clavier. Je ne suis pas le seul. Sur six personnes, quatre ont un portable. Une autre personne écrit sur des feuilles — je croirais qu’il s’agit d’un professeur en pleines corrections, si nous n’étions pas le 28 juin. Selon toutes probabilités, nous sommes trois écrivains.

Il semble y en avoir des masses, par ici. Ils poussent en grappes, dirait-on. Rosemont, le quartier des écrivains. J’entends parler des écrivains de leur œuvre un peu partout. Une fois au guichet automatique. Une autre fois dans l’autobus.

Selon certains chiffres, il y aurait plus d’un million d’aspirants écrivains en France. Malgré la taille relative de leur population, je ne serais pas surpris qu’il y en ait autant au Québec.

Trop d’écrivains?

Difficile de l’affirmer. Une profusion d’écrivains n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Plus de concurrence? Plus de clientèle, surtout. Les écrivains sont avant tout de gros lecteurs (ou alors ils ne sont pas du tout une concurrence crédible).

Ceux qui souffrent le plus de cette profusion sont les éditeurs consciencieux qui tentent de traiter touts les manuscrits qui leurs sont adressés. C’est connu: il n’y a pas de place pour tout le monde. Et c’est là que surviennent certains problèmes, selon moi.

Quelle option reste-t-il aux écrivains sans éditeur? Cinq, en gros. La première, la plus simple et la plus courante, est de renoncer. La deuxième est de payer très cher une maison d’édition à compte d’auteur. La troisième est de confier ses droits à une de ces maisons d’édition qui poussent en ce moment un peu partout et qui acceptent n’importe quel manuscrit, sans politique éditoriale et sans révision linguistique, moneyant tous les droits pour toujours, et se contente alors de lancer le fichier de l’auteur sur les services d’impression à la demande, les marchands d’ebooks et quelques répertoires gratuits, ce qui équivaut à l’autoédition, spoliation des droits en sus. Il y a l’autoédition proprement dite, entreprise périlleuse, mais moins que les précédentes, selon moi. Enfin, les aspirants auteurs peuvent créer leur propre maison d’édition. Ce n’est pas si rare.

L’autoédition contagieuse

Ces petites maisons, vous les croiserez peu sur les rayons des librairies. Encore mal assurées sur les jeunes jambes, peu distribuées, c’est surtout dans les salons qu’ils vendront leurs coups de cœur. Elles sont nombreuses, et représentent sans doute la meilleure chance d’un inconnu d’accéder à la publication «traditionnelle».
Mais le résultat est souvent décevant. Des couvertures montées à la va-comme-je-te-pousse, les erreurs typographiques parfois nombreuses, et la direction littéraires très souvent indulgente.

Ce sont là les péchés mignons des entreprises au budget minuscule et où la bonne volonté doit remplacer l’expérience. Plusieurs ont la critique dure pour les livres autoédités, parce qu’un auteur peut difficilement exécuter sa propre révision, sa propre direction littéraire et sa propre maquette de livre. La vérité est que ce même auteur n’est pas en meilleure position lorsque vient le moment d’éditer les livres des autres.

Bien sûr, chez ce aventuriers, quelques uns réussissent. Je me risquerais à dire que ceux-là ont déjà une solide expérience, souvent par le biais des différentes revues littéraires. Le reste ne font qu’appliquer un mince verni de légitimité aux travers de l’autoédition. En littérature «générale», l’impact est mineur, puisque les œuvres de mauvaise qualité seront peu lues.

Pas en littérature dite «de genre».

La pollution du genre

Pourquoi? Simplement parce que la production d’œuvre de genre originales est faible, malgré un important public de passionnés.

Ce public est le premier a donner sa chance aux nouvelles maisons et aux nouveaux auteurs. Les petites maisons peuvent alors arriver à y creuser leur niche, alors que les prétendus leaders de l’édition, curieusement frileux, se contentent de nous asséner des traductions et des rééditions de traductions, ignorant les demandes d’un public avide.

Ce public est alors contraint d’encourager, avec une fierté compréhensible, des œuvres mal finies, pourvues de défauts qu’ils ne pardonneraient pas aux traductions. Le résultat, c’est que tout une catégorie d’auteurs se trouvent privée du travail de réécriture dirigé par un éditeur expérimenté qui est la seule véritable manière d’apprendre à écrire. En effet, comment un auteur débutant apprendrait-il d’un auteur débutant?

Et la solution?

La vérité, c’est que le marché a besoin de ces maisons minuscules. Et que certaines, parmi elles, survivront et deviendront les grandes maisons de demain.

Il faudrait néanmoins garder notre esprit critique, et se montrer aussi exigeants envers les productions de nos confrères peu connus qu’envers les auteurs à la carrière internationale qui accaparent la plus belle part des rayons de nos librairies. Ce n’est qu’à ce prix que les auteurs qui partagent avec moi le café Lézard y trouveront finalement aussi leur place.

6/16/2011

Colerette pour vin agrobiologique

Voici une maquette de colerette pour nos vins agrobiologiques. Rien de trançandant, mais je suis encore une fois assez fier du rendu des transparences du verre, un effet assez difficile à réussir.

6/15/2011

Story Engineering vaut-il son prix?


J’ai terminé de lire Story Engineering de Larry Brooks il y a quelques semaines. Alors, à seize dollars environ, vaut-il son prix? Est-ce que tout auteur se doit de se précipiter sur ce tome? Remplit-il ses ambitieuses promesses?

Des analogies, des analogies et encore des analogies

Si vous payez pour des analogies, vous en aurez largement pour votre argent. Il y a des analogies avec le pilotage d’avion, la construction de maisons, le baseball (et tous les sports en fait)...

Je n’ai aucun souci avec les analogies en général, quand elles servent à expliquer, faire comprendre une notion. L’ennui c’est qu’ici, l’analogie ne sert qu’à convaincre. Du bien fondé de construire un plan, par exemple. Ou de s’appuyer sur un modèle particulier de structure. Encore là, c’est très justifiable. Sauf que la première moitié du livre est composé de ces analogies fumeuses. Le lecteur paie un livre pour recevoir conseils et enseignements, et l’auteur passe plus de la moitié des pages à tenter de convaincre le lecteur de la valeur de ces conseils et enseignements. Fichtre! On a acheté le fichu bouquin, ce n’est plus le moment de nous assomer avec sa promo!

Les six compétences de base

Toute la promo du livre est basée sur la promesse de six compétences de base. Larry Brooks tâche de nous convaincre que ces compétences sont fondamentales et englobent toutes les autres. Il fait un bon boulot de ce point de vue, puisque je suis convaincu qu’il a raison. Au point que j’aurais bien aimé qu’il consacre plus de pages à les expliquer, plutôt qu’à me les vendre.

Ces compétences sont à peu près les mêmes que les quatre aspects d’une histoire selon le texte «Comment ne pas écrire des histoires» de Yves Meynard, sauf que Larry Brooks y ajoute le thème et la structure. Et ce contenu, après qu’on en a retiré les analogies et l’évangélisme, tient à peu près sur un timbre poste.

De la thématique, on ne saura pas grand chose, sinon qu’elle est fondamentale. Je veux bien l’admettre.

La construction des scènes est l’aspect le moins étoffé du livre. Chaque scène doit avoir une mission, et une seule. Voilà, j’ai tout dit.
Le concept. On apprendra que c’est une question qui commence par «et si...». Formidable.

La voix. Bon, quelques conseils pratiques ici. Je vous résume: pas trop en faire. Une voix ne doit pas distraire. Il faut résister à la tentation de faire du style. Il faut éviter d’abuser des adjectifs. Voilà, vous savez tout.
Les personnages sont l’aspect le plus intéressant du livre selon moi. Il dit que les personnages ont trois composante: la première est la superficielle, ce que le monde perçois des personnages; la deuxième est intérieure, la manière dont le personnage se perçoit lui-même; enfin, la troisième complète le «character arc», la manière dont le personnage se comporte quand ça compte vraiment. On apprendra qu’il ne faut pas développer une telle profondeur pour tous les personnages (eg le livreur de pizza), mais seulement les principaux. Le personnage principal a des démons intérieurs, qu’il devra surmonter pour atteindre ses objectifs.
Et la structure.

La maudite structure

Un bon quart du bouquin passe sur la structure de l’histoire. Larry Brooks en propose une seule, et passe les trois quarts de la section à expliquer que c’est la seule. Pas la seule valable, mais la seule tout court. Et de donner des exemples.
Sa structure est éprouvée, c’est vrai. Et elle est connue, c’est la recette de Syd Field. Aucun besoin d’acheter le livre.

L’erreur de Brooks est de la coller à tous les succès littéraires jamais écrits. Il donne de nombreux exemples, mais ils sont tous tirés de films Américains (ou de livres adaptés, par un curieux hasard), et les studios suivent la recette comme un dogme.

Je veux bien partager l’avis de l’auteur sur l’importance de la structure et clamer avec lui que travailler à un plan avant l’histoire, limiter la structure au plan de Syd Field (sans même avoir la décence de le nommer) est réducteur. La plupart des romans que j’ai lus (les romans québécois ou français) ne suivent pas cette recette. Memento ne suit pas ce modèle, ni Des Nouvelles du Bon Dieu, ni La Cité des enfants perdus.

Et il y a un piège avec cette vérité assénée sans nuance. Le piège de la voie royale: on a un concept, on le colle à une structure pré-fabriquée, on épice avec un personnage qui suit son arc habituel et hop! on a une histoire. Ça donne des films à concept dont la trame mince laisse dépasser les rouages grossiers et que les amateurs de films de genre se farcissent à cœur de semaines. Ça donne le triste Repo, version commerciale du jubillatoire Repo! The Genetic opera. Ça donne Salt, aux rebondissements platement prévisibles. Ou les Skulls. Ça donne les films à la première partie platte, le deuxième quart en courses poursuites, le retournement de situation en plein milieu, le «tout est perdu» environ aux trois quarts et la finale heureuse habituelle. Testez avec un chronomètre, la prochaine fois que vous trouverez un film ennuyeux.

Alors, Story Engineering, un gaspillage d’argent?

Notez, c’est une structure qui a son utilité. Le roman que j’écris colle tout droit à cette esthétique, et ma lecture de Story Engineering m’a permis de redresser le manuscrit d’heureuse manière. C’est ce qui fait que je ne regrette pas mes seize dollars. C’est ce qui fait aussi que, sachant ce que je sais maintenant, je ne dépenserais pas cet argent maintenant.

6/12/2011

L’athéisme n’est pas une religion

Depuis des années, depuis que je m’intéresse à l’actualité en fait, j’ai assisté à la lutte constante des néo-cons pour une société moins juste. On a beau croire ce que l’on veut, bataille après bataille, ils sont en train de gagner la guerre. Bien sûr, les politiciens reculent lorsqu’il s’agit de privatiser la santé en entier, ce qui ne les empêche pas de le faire morceau par morceau, ce qui fait que nous bénéficions déjà d’un système de santé à deux vitesses. Bien sûr, nous avons encore quelques programmes sociaux, mais ils sont battus en brèche, rognés année après année.

Les néo-cons n’ont pas encore gagné la guerre, mais ils font des progrès, et ils le savent. Ce qui fait qu’ils peuvent maintenant attaquer sur de nouveaux terrains.

Voici l’arrivée de la droite religieuse

La tactique favorite des néo-cons est de répéter toujours les mêmes mensonges, jusqu’à ce qu’ils soient acceptés plus ou moins comme des éveidences. Les exemples sont nombreux : les riches sont riches parce qu’ils sont plus doués et travaillent plus (alors qu’ils provoquent des crises et des faillites dès qu’on leur donne un peu de corde), baissez leurs impôts et ils créeront des emplois (toutes les expériences en ce sens prouvent que c’est le contraire), la privtisation diminue les coûts (encore une fois, c’est chaque fois l’inverse).

Je ne sais pas si à cause du petit succès qu’avait remporté l’ADQ est exumant la haine religieuse dans le faux débat des «accomodements raisonnables» ou de la victoire des conservateurs grâce au ROC, mais les voilè qui appliquent cette tactique à la religion maintenant. Leur credo cette fois : la laïcité serait en fait une prêche de l’athéisme. Apprendre aux enfant qu’il existe plusieurs religions comme dans le cours d’éthique et culture religieuse serait faire la promotion de l’athéisme. Ne pas entamer les séances municipales par une prière n’est pas respecter la conscience des citoyen (qui ont le droit que leur appareil d’état soit neutre) mais «faire une prière athéiste» selon le coloré maire de Saguenay.

Rien que de très normal au pays de la mauvaise foi. Pour une raison ou une autre, les religieux savent que la graine ne risque de prendre que si les enfants sont endoctrinés dès le plus bas âge.

Ce qui m’a fait tiquer, c’est de constater que l’Institut Économique de Montréal, centrale des néo-cons dans notre coin de pays, est embarqué dans le bateau de la droite religieuse, alors que ses sévices s’appliquaient jusqu’à maintenant uniquement à l’économie (pour, pourvu que personne n’en profite) et l’environnement (l’homme contre la nature: la victoire est proche).

Son organe officiel au Journal de Montréal (torchon néo-con disponible gratuitement un peu partout), Nathalie Elgrably-Lévi, vient de pondre un de ses brûlots mal argumentés comme elle a chié des tonnes. Et l’IEM le relaie fièrement sur son site. C’est juste ici.

Toute l’architecture de ce château de carte repose sur un seul argument fallacieux: une garderie sans religion n’est pas une garderie neutre, mais une garderie qui fait la promotion de l’athéisme. Bien sûr, c’est faux, bien sûr, c’est ridicule, bien sûr, ça ne convaincra personne. Mais, justement, ils n’ont besoin de convaincre personne. Les néo-cons n’ont qu’à battre le rappel de leur base, qui vont massivement voter. La désillusion et la division de la gauche fait le reste. C’est ce qui ce qui a donné le pouvoir à Bush, malgré ses handicaps évidents, et c’est ce qui a donné sa majorité à Harpeur, pourtant avec la minorité des voix.

Ils n’ont plus qu’à répéter à l’envie que l’absence de religion de la place publique est en fait subventionner la promotion de l’athéisme.

Promotion de l’athéisme, vraiment?

Rappelons les faits: des garderies subventionnées utilisaient leur temps pour enseigner l’islam aux enfants. À sa face même, c’était un scandale qui devait cesser. Allah est grand, il devrait se débrouiller tout seul. Les garderies ont cessé. Les éducatrices ont-elles alors commencé à eneigner qu’allah n’existe pas, que c’est de la foutaise et que la religion est un vestige des temps passés? Non, bien sûr. Donc, les garderies ne font pas la promotion de l’athéisme.

Je ne crois d’ailleurs pas que ce devrait être le cas. Même si je fais partie de ces gens qui, comme Nathalie le prétends avec sa condescendance habituelle, «un profond dégoût pour la religion». Laissons donc un peu les enfants en paix.

L’athéisme n’est pas une religion

Qu’est-ce que l’athéisme? Simplement le revendication du droit de penser par soi-même, le droit de chercher la vérité par soi-même, le droit aussi à une morale basée sur la compassion et la solidarité plutôt ques des dictats de l’âge de bronze.

L’athéisme n’est pas une doctrine. Il n’a pas de principes, d’idéologie, de mythologie: c’est simplement l’état naturel de celui qui n’a pas été endoctriné par une de nombreuses religions aux principes contradictoires qui se battent pour le monde et les conscience. Peut-être que l’endoctrinement n’a pas pris. Ou peut-être que le simple fait de pouvoir être athée sans conséquences graves a permis aux esprits libres de s’exprimer davantage.

Qui donc fait la promotion de l’athéisme? Pas grand monde, malheureusement. Ceux qui pourraient le faire sont comme tous ceux qui luttent contre les néo-cons: ils sont trop occupés à colmater les brèches pour avoir l’opportunité de travailler à faire progresser les choses. C’est d’ailleurs la tactique préférée des néo-cons: tenir les progressistes sur la défensive. Ainsi, il n’y a que deux options possibles: soient ils gagnent, et les néos-cons ont progressé, soit ils perdent, et rien n’a bougé.

Les athées n’ont pas d’église. Pas de publication distribuée dans le métro Pas de rituels. Pas de prêtre. Pas de déductions fiscales. Ils méprisent l’idée même du lavage de cerveau. Ils croient que leur cause va triompher si la science, l’éducation et l’égalité triomphent. Ils ont raison. Et c’est pour cela que les néo-cons ont peur. Pour cela que les attaques ont commencé. Pour cela qu’elles vont continuer.

Si nous ne réagissons pas (je m’adresse ici aux progessistes, qu’ils soient athées, boudhistes ou que sais-je), nous en viendrons à accepter des compromis avec la liberté de cosncience, comme nous en avons accepté avec les droits de scolarité, avec la santé, avec le PPP. L’étape suivante, nous la connaissons. Ce seront les obessiosn de la droite religieuse. Ce sera la répression de l’égalité sexuelle de la femme, le droit à l’avortement, les droits des homosexuels, toutes ces choses que nous pensions acquises. Tout ça a déjà commencé. Parce que la lutte des néo-cons s’étend maintenant du terrain économique à celui de la simple liberté de penser.

Mise à jour

Bill Maher cause de la question. Il est bien plus drôle que moi, alors je vous le conseille.

6/07/2011

A Feast for Crows : désolé George


Avec ce roman, George R. R. Martin poursuit la lente dégradation de sa prometteuse série, A Song of Fire and Ice.

Alors que le roman précédent nous présentait la lente descente aux enfers de nos personnages favoris, ainsi que des suites insipides d’errances interminables, A Feast for Crows réussit l’exploit d’en réduire l’intérêt jusqu’aux abysses. D’abord en excluant tous les personnages intéressants de la série (Daenarys, Jon Snow et Tyrion Lannister) et aussi Bran Stark, alors même que son personnage allait prendre un peu de gallon. Ensuite en nous présentant des cohortes de personnages inutiles dans des scènes qui ne font en rien avancer l’histoire. Les innombrables chapitres consacrés aux Iron Borns et aux Dornish Men ne servent qu’à une chose: nous suggérer qu’ils vont tenter une alliance avec Daenarys dans un hypothétique futur tome. Enfin en prenant quelques personnages au fort potentiel (Brienne, Sansa et Jaime) et en vidant leurs actions de toute signification.

Le livre trouve une sorte de rédemption dans les courts passages où Sansa apprend l’art subtil de la politique, et surtout dans le point de vue de Cercei Lannister. L’auteur arrive avec brio à nous glisser dans la peau d’un tyran à l’incompétence totale, qui arrive en quelques semaines à détruire ce que d’autres ont passé leur vie à construire ou à protéger. Sa perte est l’unique motivation à lire ce livre. Je vous suggère de ne lire que ces passages; ils ne sont de toutes manières aucunement liés aux autres.

La suite aurait pointé le bout de son nez sur le site d’Amazon, qui le promet pour l’automne. Vais-je donner une autre chance à cette série, qui présente tout de même de grande qualités (nommément le background détaillé, qui prend décidément beaucoup trop de place, ainsi que la couleur de l’écriture)? Sans doutes que si, à ma grande honte, mais seulement quand j’aurai lu une dizaine de critiques affirmant qu’il apporte enfin la conclusion de ce qui pourrait tout de même rester une respectable saga.

Aurais-je commencé à lire A Game of Thrones, sachant quelles allaient en être les suites? Non, sans doute pas, malgré l’impressionnante leçon d’écriture que représente ce premier tome.

6/03/2011

L’eau monte

J’ai beau affirmer le contraire, j’écris de la science fiction. Le roman sur lequel je travaille a beau être une histoire de vampires, l'histoire se déroule dans quelques années, après que se soient réalisées toutes ces choses qui m'angoissent, qui m’empêchent de dormir la nuit. J’aimerais me faire croire que ma vision n'est pas lucide, que c'est la simple crainte qui me pousse à écrire, que je ne suis ni un prophète ni un clairvoyant, ces choses se déroulent sous mes yeux, en ce moment. L’actualité n’arrive même pas à me montrer autre chose.

L’eau monte

Voici quoi? Six semaines? Six semaines que la Mauricie est innondée. Une innondation interminable, tard au printemps, et un niveau d’eau jamais atteint. On clame que ce n’est pas le réchauffement climatique. Peut-être un peu, non? Et aussi la déforestation, qui occasionne une fonte de la neige bien plus rapide. Et la destruction des marais, qui retiennent l’eau. Nous sommes responsables, nous les humains, de ces innondations. Mais la pluie a le dos bien large.

N’attendez pas que les conservateurs l'admettent. Harper, ce minable, n'a même pas mis le pied en Mauricie, façon de bien montrer au Québec où il l’a. Mais ils sont responsables de ses innondations.

Et la fin du monde

Dans mon roman, les escatologistes triomphent. Devant les catastrophes, ils jubilent: l’Apocalypse se produit enfin! Ils seront sauvés, tous les autres seront punis. Et les millions de morts unissent leur voix pour leur donner raison.
Il n’y a rien à mon sens de plus malsain que de voir que, alors que les conservateurs évangéliste provoquent des catastrophes, ils les célèbrent du même souffle, les attribuant à leur Dieu vengeur.

Les prophéties auto-réalisées

Les conservateurs sont des experts des cycles. On coupe d’abord les impôts des riches, ce qui provoque des déficits. Pour régler ces déficits, on coupe dans le tissus social. Cela augmente le taux de criminalité. On construit plus de prisons. Cela cause des déficits, alors on coupe dans le tissus social. Et ainsi de suite.

Les conservateurs du Canada veulent appliquer ici les méthodes de lutte contre le crime qui ont échoué aux États-Unis. Le taux de criminalité ne suffit pas encore à le justifier. Donnez-leur huit ans de coupes sauvages et ce sera réglé.

La crise récente des banques est une illustration fantastique du modus operandi des conservateurs. La dérèglementation provoque une crise. On vient au secours des riches avec l'argent public, puis on soutient l'économie avec des emprunts massifs. Pour résoudre le déficit ensuite? On coupe dans les programmes sociaux. Aux États-Unis, l’ennemi numéro un est l’éducation. Durant ce temps, une nouvelle crise se prépare, car le marché est toutjourts aussi peu règlementé.

La crise environnementale est pire. Nous sommes aux prises avec des phénomènes climatiques extrêmes qui font des milliers de morts. La Nouvelle-Orléan est détruite. Les côtes s'érrodent. Tout cela était annoncé, les écolos travaillent comme des dingues depuis plus de vingt ans pour éviter tout ça. Pour les conservateurs, qui est le grand coupable? Dieu.

Les évangélistes ont leurs entrées, c’est connu, chez les conservateurs comme chez les républicains. Et ils font le compte de toutes les catastrophes, comme autant de preuves que Dieu a un peu avancé l’heure du jugement dernier. Les églises se remplissent. Et la lutte devient féroce. Les ennemis: l’avortement, la recherche, l’éducation. Harper comme Bush a coupé les fonds de la recherche. Les créationnistes s’organisent. Les parents vont jusqu’en cours suprême contre l’idée que les enfants apprennnent qu’il n’y a pas qu’une religion. L’ADQ propose les bons à l’éducation, qui vise ni plus ni moins qu’à couper les fonds de l’école publique, une mesure de Bush, justement.

Une crise se prépare. Tous les moyens éprouvés pour une société juste et prospère nous échapent à cause des fous de Dieu. L’eau monte.

Et quand l’eau monte

Que font les gens quand survient une crise? Ils se précipitent vers les conservateurs. Ces simplets ont toujours les bras chargés de solutions simplistes.
J’aimerais croire qu’il ne le font pas exprès, mais ils sont les premiers, les seuls bénéficiaires des crises qu’ils provoquent. Les riches n’ont pas à craindre l’eau qui monte — comme à Rome, ils se bâtissent sur les hauteurs.

Et les églises se remplissent. Pas encore au Québec, heureusement, car nous sommes encore éduqués et riches. Mais là ou la misère et l’ignorance reignent, la foi n’est pas loin. En attendant, un type innondé a cloué une croix sur sa maison, pour supplier Dieu de l’aidre. «Il faut croire en ça» disait-il. Il faut. Et à Saguenay, les citoyen ne peuvnt entrer dans une session municipale sans entendre une prière, au mépris des lois et du simple respect de la conscience.

Et la solution

Nous ne pouvons pas changer se qui se produit à Washington ou à Ottawa. Notre tentative d’y arriver a été un échec cuisant, que nous allons payer très cher tout au long des huit prochaines années au moins. Mais nous avons encore une chance avec Québec.

Laissons se noyer ceux qui le veulent. Donnons-nous notre pays, enfin. Il y a longtemps que ce devrait être fait. Dirigeons-nous comme nous l’entendons, prenons nos propres décisions. Si nous ne réagissons pas, nous allons nous noyer.