4/29/2011

A Storm of Swords — mettez fin à ses misères



Je ne sais plus qui a dit qu’une histoire avait un début, un milieu et une fin. Et bien pas celle-ci.

J’ai été enthousiasmé par le début de la série, a Game of Thrones. Retournements de situations, personnages complexes, action enlevante. Ma critique pour la suite, A Clash of Kings, était un peu plus froide. Ici, je dois dire que tout se dégrade. Les bons côtés du premier livre sont absents: plus de retournements de situation, plus d’action, plus de complexité. Les personnages tendent à se ranger radicalement entre les bons et les méchants, la seule teinte de nuance, Jaime Lannister (devenu un personnage point de vue) gagnant le camp des bons de belle manière. Les mauvais côtés (caractère interminable, fâcheuse tendance à ne pas montrer les batailles) sont exacerbés. Ne cherchez pas de tempête d’épées dans ce livre, il n’y en a pas. À peine y a-t-il des épées.

J’admets que Martin a tué mes personnages préférés. C’est (en principe) un des points forts de la série: aucun personnage n’est à l’abris. Reste que quand l’essentiel de l’histoire est de suivre deux petites filles et un petit garçon qui n’ont aucune prise sur leur destin, pendant plus de mille pages, disons que...

Bon, je vais le dire, c’est plate. C’est ennuyeux. C’est redondant. Le goût fade de l’eau de pluie sans sa fraîcheur vivifiante. Et l’espoir est absent, si bien que toute motivation à continuer l’es aussi.

Je ne sais pas si c’est lié au fait que je lis des livres sur la structure narrative, mais je me suis senti artificiellement manipulé tout le long de la lecture. Les conflits sont artificiellement crés dans le but, semble-t-il, de maintenir le suspense à tout prix. Et les révélations tièdes (et souvent trompeuses) apparaissent invariablement à la fin de chaque chapitre tiède, fade et long, ce qui fait que l’on désire ardement lire la suite. Mais la suite est à l’avenant. On ne verra pas la bataille promise, les triomphes des gentils s’exécutent en coulisse, alors que ceux des méchants sont non seulement consommés jusqu’à la lie mais annoncés, et répétés à l’envie à travers les différents personnages point de vue.

Si j’avais su que l’histoire tournerait ainsi en eau de boudin, je n’aurais jamais commencé la série. Le pire, c’est que j’ai acheté en même temps la triste suite, A fest for crows, qui prmet d’être pire, avec des personnages lessivés et des enjeux absents.

4/15/2011

Larry Brook et l’ingénierie narrative

Ce n’est pas tout à fait mon genre de faire de la publicité gratuite aux gourous de toutes les espèces, mais cette entrevue avec Larry Brook peut intéresser tous les écrivains et aspirants écrivains. Ceux qui comprennent l’anglais, en tous cas.

Je viens de commander son livre Story Engineering sur Amazon. Je vous dirai bientôt s’il vaux les 17$ demandés.

4/12/2011

Le jugement des pairs

J’ai récemment consacré un billet sur la tentation de l’autoédition. J’y ai exposé mon humble opinion d’écrivain, servi par ma pauvre expérience (quatre nouvelles publiées, deux rejetées, un roman rejeté en révision).

Il reste que mes lecteurs sont, au moins pour la moitié, des auteurs qui semblent fortement loucher du côté de l’autoédition, à voir les mots clefs qui les amènent. Aussi je crois nécessaire de préciser un peu ma pensée.

Il y a beaucoup à dire sur le domaine de l’édition, et plus particulièrement sur l’autoédition. Certains auteurs — ils sont de plus en plus nombreux — le font afin d’augmenter leur marges; à mon humble avis cela ne peut bénéficier qu’à des auteurs extrêmement connus. Stephen King lui-même s’y est cassé les dents. D’autres le font afin de mieux contrôler leur livre, on simplement parce que leur projet n’a pas assez d’importance à leurs yeux pour justifier les démarches fastidieuses liées à l’édition. Toutes ces motivations sont légitimes. Malheureusement, il y a des auteurs qui lorgnent vers l’autoédition simplement par manquent de confiance en eux. Ils ont rêvé durant des années qu’un éditeur les publieraient, on leur a dit partout que les éditeurs ne publient aucun nouvel auteur, ils y ont cru, et ils sont maintenant prêt à renoncer à leur rêve sans même lui donner une chance. Voilà une motivation, la peur, que je considère regrettable.

Les écrivains ont raison de redouter le refus. L’impression d’un manuscrit coûte son prix et il n’est pas négligeable. De plus en plus de maisons acceptent les soumissions de versions numériques, mais c’est peut-être simplement parce qu’il est plus simple (et plus écolo) de les jeter. Il y a des tactiques à adopter face à cette situation. Bien choisir les maisons d’éditions visées, après avoir consulté la politique éditoriale et au besoin contacté directement l’éditeur pour demander s’il accepte les textes du genre que vous proposez. N’envoyer son manuscrit qu’à quelques maisons à la fois, en commençant par les plus attrayantes, mais restant prêt à persévérer. Renoncer avant de commencer n’est pas raisonnable.

L’éditeur tient-il toujours la clef d’or?

J’ai déjà dit qu’un texte gagnait à être révisé par un éditeur. Je ne crois pas que cette affirmation puisse être contestée de bonne foi. Mais si, par un caprice des Grâces, un auteur parvenait à pondre une prose parfaite, gagnerait-il à passer par une maison d’édition?

À part une saine relecture, une certaine promotion et la prise de la totalité des risques (ce qui n’est sans doute pas rien), l’éditeur appose son sceau à une œuvre. Il est le premier à dire : «voici un livre de qualité». Mais il déclare aussi :« j’ai foi en ce livre, j’y ai investi mes fonds sans la moindre garantie parce que je crois que les lecteurs voudront le lire».

Maintenant, imaginons qu’en tant qu’acheteur, vous deviez faire un choix entre deux livres. D’un côté, un tome dont personne ne vous a rien dit et dont personne n’a jamais voulu, ni éditeur ni libraire, et de l’autre un livre édité par une maison reconnue. Il va de soi que je choisirais le deuxième. Si le premier vous était recommandé par un ami, par un blogue ou par l’auteur lui-même, il est possible que le choix soit différent. Mais en l’absence d’autres facteurs, le poids de l’éditeur est déterminant.

Il y a des milliers et des milliers de titres qui se battent pour l’attention des lecteurs, et ils ne se battent pas à armes égales. Un auteur n’a aucune chance de succès si aucune voix ne s’élève pour défendre son livre. L’écrivain doit être défendu par des lecteurs influents, et le premier et le plus influent de ces lecteurs est toujours l’éditeur.

Cette réalité est moins absolue de nos jours, à cause d’Internet, qui donnent la possibilité à certains lecteurs de devenir des lecteurs influents. Les blogues littéraires ne sont pas rares, et bien des blogueurs publient des critiques. Amazon permet aux lecteurs de laisser des commentaires. Les réseaux sociaux sont une caisse de résonnance formidable qui peut considérablement aider un titre séduisant, même autoédité.

Il reste cependant, et c’est indéniable, que l’éditeur est la première voix à parler pour un livre. L’éditeur, même le plus pauvre, enverra son titre aux lecteurs influents et, fort de sa crédibilité, il a d’excellentes chances de l’amener à parler à son tour de ce livre.

Le livre numérique et l’impression à la demande ont rendu l’éditeur contournable, mais pas inutile. L’édition traditionnelle reste une option à considérer sérieusement, et il serait bête de la rejeter à cause de la peur du rejet, justement.

4/06/2011

Écrire son manuscrit — conseils de mise en page


Je n’ai pas la prétention de donner de conseil sur la manière d’écrire des histoires. Je suis même trop lâche pour donner mon avis. En ce qui concerne la mise en page, en revanche, ça ne gêne pas trop.

En principes, la mise en page d’un manuscrit est moins cruciale que celle d’un roman. En cas de publication, un vaillant monteur se chargera de corriger toutes vos erreurs typographiques et vos fautes de goût. Cela bien sûr dans l’éventualité où votre manuscrit n’est pas si mal monté qu’il a été jugé non conforme et rejeté sans être lu.

Les maisons d’éditions ont souvent de nos jours l’amabilité de publier sur leurs sites les exigences de présentation. Il ne reste plus qu’a s’y conformer. Ils sont en général assez peu exigeants, d’ailleurs. Marges raisonnables, double interligne, recto seulement. Si vous avez un jour la chance de recevoir un manuscrit anoté, vous comprendrez aisément pourquoi.

Il reste que, autant par mon expérience d'écrivain et mon expertise en tant que graphiste, j’ai pu développer quelques habitudes et méthodes de travail qui m’ont beaucoup facilité la vie. Alors pourquoi ne pas vous en faire profiter?

Quelle police de caractère utiliser dans son manuscrit?

Le manuscrit ne répond pas aux même contraintes que la mise en page du roman final. La principale préoccupation ici est de répondre aux exigences de l’éditeur.
Que désires l’éditeur, en général? Il y a deux écoles.

La vieille école désire un manuscrit écrit en courrier, qui imite la forme des lettres des machines à écrire IBM. C’est très laid et peu lisible, et c’est pour cela que c’est la vieille école. Courrier a la particularité d’être à chasse fixe. Chaque lettre occupe le même espace, que ce soit un «i» ou un «m», ce qui permet à l’éditeur de connaître exactement le nombre de signes par un calcul simple: nombre de signes sur une ligne x nombres de lignes dans une page x nombre de pages. Bien sûr, si vous avez l’amabilité de mentionner sur votre page de présentation le compte des caractères (et des mots) que votre traitement de texte vous a généreusement fourni, ce calcul est inutile.

C’est pourquoi les éditeurs préfèrent en général recevoir le manuscrit en Times New Roman, ce qui fait parfaitement votre affaire. Premièrement, cette fonte est très lisible. Deuxièmement, cette fonte très serrée vous permettra de sauver pas mal de pages, et donc de dollars en impression. Enfin, votre éditeur est habitué à cette fonte omniprésente et pourra d’un coup d’oeil évaluer la longueur approximative du livre.

En ce qui me concerne, je vous suggère de n’utiliser ni l’une ni l’autre.
Il existe une différence considérable entre la lecture à l’écran et la lecture sur papier. Certaines fontes sont simplement conçues pour être lues à l’écran. Les plus courantes sont le Georgia et le Verdana, mais il y en a d’autres.

Pour ma part, je travaille en Georgia et, lorsque je dois soumettre le manuscrit, je transfère le tout en Times New Roman. Je bénéficie ainsi du meilleur des deux mondes. Comme j’utilise toujours des feuilles de style, le changement n’exige que quelques secondes. Il faut dire que j’utilise Scrivener, un logiciel d’aide à l’écriture qui ne présente pas le texte page par page.

Si, pour une raison ou une autre, vous voulez connaître la longueur de votre texte en Times New Roman tout en écrivant avec une fonte opimisée pour un usage à l’écran, il existe une solution. La fonte Tinos a été conçue afin d’occuper le même espace que le Times New Roman, tout en étant optimisée à l’écran. Elle est gratuite.

Utilisez les feuilles de style

Tous les traitements de texte ou à peu près utilisent des feuilles de style. Il s’agit d’un moyen simple et puissant de formater son texte.

En gros, une feuille de style est un ensemble de paramètres décrivant les caractéristiques typographiques d’une portion de texte. Dans les traitements de textes, on les retrouve généralement dans la section «style». Une fois qu’un style est défini, l’ensemble des caractéristiques du style est appliqué au texte sélectionné.

Puisque un manuscrit peut s’étirer sur de nombreuses pages sans réclamer de changement de style, et que le formatage par défaut est souvent suffisant, je crois que la plupart des écrivains omettent d’utiliser les feuiles de style. Elles offrent plusieurs avantages.

  • D’une part, les feuilles de style permettent de changer rapidement la mise en forme d’un document. Une maison d’édition exige ses manuscrit en courrier? Un saut dans la feuille de style, et c’est réglé.
  • Les feuilles de styles servent de repère aux fonctions automatisées de table des matières et d’index. Il y a des cas où ça peut se révéler utile.
  • InDesign est compatible avec les feuilles de style des documents word. En les utilisant dès le manuscrit, vous facilitez la tâche du monteur qui se débattra avec votre prose.

De manière générale, les feuilles de style facilitent votre travail. Moins de temps passé à la mise en forme signifie plus de temps consacré à votre histoire.

Écrivez chaque chapitre dans un fichier séparé

Je crois bien que tout le monde le fait. Il suffit d’essayer d’écrire un texte tout du long pour en comprendre l’utilité. S’il faut vous convaincre, voici une liste d’avantages à cette manière de procéder.

  • Vous sauverez ainsi un temps de navigation considérable. Si le roman est un peu long, la navigation peut devenir pratiquement impossible.
  • Il vous sera possible de vous référer à un chapitre précédent tout en écrivant.
  • Il devient beaucoup plus simple de supprimer un chapitre ou de le remplacer, tout en gardant en sécurité la version précédente.
  • Si vous comptez exporter votre fichier en livre électronique, il faudra de toutes manières séparer les chapitres pour permettre la navigation chapitre par chapitre.
  • Encore une fois, vous faciliterez beaucoup la tâche du graphiste.

Conseils généraux lors de la rédaction du manuscrit

Jamais deux espaces de suite

Quelques dinosaures recommandent encore de mettre deux espace après un point. Il s’agit d’une exigence de mise en forme qui pouvait avoir une certaine utilité du temps des machines è écrire, mais de nos jours, c’est un vestige nuisible qu’il faut laisser derrière soi. Cela rend la lecture plus difficile, cela agrave le problème des rivières typographiques et c’est tout simplement une erreur; les texte n’ont jamais été monté comme cela par les typographes, même aux temps les plus reculés. De toute manière le graphiste qui montera le texte prendra soin de tous les retirer (ou alors il perdra son emploi). Si vous êtes malchanceux, il fera partie d’un culte sataniste et brûlera une poupée à votre effigie, avec les conséquences néfastes que l’on sait.

Ne sautez pas de lignes entre les paragraphes

Il est inutile de laisser une ligne blanche entre les paragraphes. Vous avez déjà laissé un alinéa, non? De plus, cette ligne blanche risque fort de se retrouver au haut ou au bas d’une page, ce qui est d’un mauvais goût consommé. Voulez-vous vraiment dépenser plusieurs dollars de plus pour imprimer des pages superflues à cause de toutes ces lignes blanches? Est-ce nécessaire de forcer le commité de lecture à lire vos dialogues artificiellement étirés sur plusieurs pages? Détestez-vous les arbres à ce point?

De toutes manières, encore une fois, le graphiste retirera ces lignes. Veuillez au besoin vous référer à la section sur les deux espaces.

Si vous voulez laisser une ligne blanche pour des raison narratives, mettez à la place un signe #.

Mise à jour

Au sujet des mises à jour de manuscrit, lire cette série d’articles sur le blogue de Dominic Bellavance.

À vous la plume

Je sais que ce site est fréquenté par un certain nombre d’éditeurs et d’auteurs. Alors, comme je n’ai pas soumis des masses de manuscrits moi-même, ne vous gênez pas pour nous faire part de vos remarques ou de vos conseils.

4/04/2011

Avertissement : ce roman peut contenir des vampires

Croyez le ou non, je ne suis pas un fan fini des vampires. Bon, il y a bien un peu plus de cinq ans que je planche sans arrêt sur une série de livres de vampires, mais c'est arrivé par un curieux hasard. Je devais relever un défi et écrire une histoire très vite. Je me suis retrouvé par hasard avec un grossier brouillon à propos d'une histoire de vampires. En le relisant, je me suis apperçu que ça ressemblait à un résumé, et que j'avais donc sans doute écrit une première ébauche de roman. Tenir une intrigue grossière, avec un début, un milieu et une fin est quelque chose qui ne m'étais jamais arrivé. J'ai donc sauté à pieds joints sur l'occasion. De fil est aiguille, je me suis retrouvé avec deux tomes, malheureusement écrits dans le désordre. Mais je traîne dans ma boîte à projets trois autres livres (qui vont de la science-fiction au roman policier) qui n'ont rien à voir avec les vampires.

Je ne suis pas non plus particulièrement fan du genre. Fan de fantastique, ça oui, certainement, mais pas des vampires plus que d'autres choses. Et j'ajouterais que je regarde les romans de mes contemporains avec une certaine suspicion. Bon, je me suis pris Twilight en pleine tronche, il y a de quoi traumatiser son homme. Reste que tous ces pauvres vampires de roman semblent très jet set, bien loin des monstres et des maudits que je craignais jadis.

Mon premier contact avec les vampires a été ce film de Werner Herzog, Nosferatu, fantôme de la nuit. Avant cela, je n'avais entendu parler de ces chers monstres que par ce que mes parents m'avaient racontés des films qu'ils avaient vu — et aucun des deux n'est grand amateur de fantastique. Mais tous les ingrédients étaient là: un monstre assoifé de sang, invulnérable, le mal qui se répend (dans ce film, Jonathan Harker devient un vampire lui-même, étranger à sa propre femme) et les humains qui sont au courant de la menace ne peuvent rien faire pour l'arrêter. Ce sont là les ingrédients de base de la pure terreur que les vampires me causaient.

Je n'ai plus revu ce film depuis. Ce qui est étonnant, puisque l'original de Murnau, j'ai bien dû le revoir trois fois. Je dois bien dire que l'effroi n'est plus jamais revenu par la suite, du moins par le biais du cinéma. En littérature, j'ai agripé tous les classiques qui me sont passés par la main et, comme le vampire n'est pas né d'hier (!), j'ai pu retrouver là quelques pépites brutes du monstre original. Bien sûr, j’ai lu jusqu’à son déshonneur la suite des aventures merveilleuses de Lestat, ou «Lost Souls», un peu plus rude. Mais il n’y a que dans les classiques que j’ai aperçu le vrai vampire effrayant, monstrueux, de Herzog et de Murnau.