2/02/2011

Réalisation d’un livre de fiction : les logiciels de mise en page

Ceci est le premier article d’une série sur la manière correcte de réaliser le prêt à imprimer d’un livre de fiction.

Alors nous y voilà. Pour une raison ou une autre, vous devez mettre en page un ouvrage de fiction. Peut-être êtes-vous un graphiste diplômé cherchant des conseils, peut-être êtes vous un éditeur dirigeant une maison comptant... un seul employé, en vous comptant, peut-être (Dieu vous protège) un auteur ayant décidé de vous éditer vous-même. Il faut donc se mettre à l’ouvrage. Vous avez entre les mains un texte, probablement en format .doc, peut-être séparé en plusieurs chapitres. Êtes-vous prêt à commencer?

Le premier outil: le logiciel de mise en page

C’est le premier écueil sur lequel bien des monteurs de maquettes se brisent. Ils essaient de monter leur livre avec un outil inapproprié, nommément un logiciel de traitement de texte. Théoriquement, c’est possible, puisque la plupart de ces logiciels vous permettront d’exporter votre ouvrage en .pdf, ce qui est plus ou moins la norme. En pratique, c’est un chemin de croix. Vous aurez à faire des pieds et des mains pour gérer les espaces fines. Vous aurez à affronter le monstre des remplacements automatiques chaque fois que vous voudrez mettre en forme un simple dialogue. Vous allez obtenir des styles non conformes de temps en temps, sans avoir la moindre idée de la raison de ces inconsistances. Vous allez chercher à appliquer, avec bonne volonté, les règles expliquées ici, pour voir ce logiciel de m… vous les remplacer à mesure par ses propres spécifications. Enfin (surtout), le texte deviendra de plus en plus lourd à mesure qu’il s’allongera, au point qu’il deviendra impossible d’y travailler dès qu’il aura atteint la taille... disons d’un roman. Sans parler des écueils des faux styles (mais ce sera le sujet d’un autre article). À tel point qu’auprès une heure de travail ardu à tenter de monter vos deux premières pages, vous enverrez balader ce guide et votre conscience professionnelle encore vierge simplement pour en sortir vivant.

Il faut l’accepter: les logiciels de traitement de texte font bien ce qu’ils font, c’est-à-dire du traitement de texte. En ce qui concerne la mise en page, il vous faut un truc plus fort.

Il existe des logiciels qui servent spécifiquement à la mise en page, et ils se vendent très cher. AU moins deux fois le prix de la suite bureautique de Microsoft, qui n’est pas donnée. Que peuvent-ils faire qu’un simple traitement de texte ne peut pas? Pas grand chose, en fait. Il y a bien des fonctions dont un graphiste professionnel ne pourrait se passer, mais qui ont bien des chances d’être superflues dans le cas spécifique d’une simple maquette de livre. Pourquoi alors payer le prix d’un véritable logiciel de mise en page? Parce qu’ils fonctionnent, tout simplement. Ils permettent de travailler. Sans mise en forme automatique, sans vous enlever ou vous rajouter de pages, sans vous donner de mots de tête, et ils savent gober un gros document sans vous faire perdre une heure à chaque saut de page. Ils sont faits pour ça. Et ils vous donnent aussi des options concernant la chasse des mots et la justification que vous chercheriez en vain dans votre logiciel de traitement de texte. Enfin, ils supportent les standards de l’édition.

Il y a (techniquement) deux logiciels professionnels sur le marché. Le meilleur (et le moins cher) est Adobe InDesign. Il comporte le merveilleux Adobe Every Line Composer, qui permet au logiciel d’évaluer le paragraphe dans son ensemble afin de distribuer les espaces de manière plus uniforme et les lignes de façon plus harmonieuse. Cette caractéristique à elle seule justifie son achat pour tout professionnel de la mise en page. Ça me fait mal de l’écrire mais avec ce logiciel, même un débutant peut produire un gris typographique parfait, sans effort et sans même s’en rendre compte.

L’autre, Quark X Press, a été le standard des logiciels d’édition avant qu’Adobe lui apporte un concurrent sérieux. Plus cher, moins ergonomique et généralement moins complet que InDesign, il est à peu près disparu de la circulation, maintenu essentiellement par les très grosses structures, pour qui les changements de matériel représentent des coûts énormes. Même ces structures commencent à abandonner ce canard boiteux, afin de profiter des gains de productivité qu’un logiciel mieux adapté peut leur apporter. Pourquoi alors perdre mon temps à vous en parler? Pour deux bonnes raisons. La première est que j’aime bien dire du mal de Quark X Press, la deuxième est que si vous arrivez à mettre la main sur une licence de seconde main, Quark X Press est certainement une option sérieuse. Il reste difficile à prendre en main, peu agréable et met en évidence des options de faux style, ce qui est une aberration et une tentation malvenue pour un débutant, dont j’ai eu l’occasion très souvent de voir les ravages. À utiliser en tout dernier recours, donc.

Si vous avez les moyens de les acheter, ils sont ici:

http://www.adobe.com/fr/products/indesign/whatisindesign/

et ici:

http://www.quark.com/

Bon. Vous venez de voir le prix et vous cherchez déjà un autre tutoriel, cette fois sur la meilleure manière d’exécuter un nœud de pendu? Le prix dépasse vos espérances de profits des vingt prochaines années? Pas de panique, il vous reste quelques solutions avant de renoncer à jamais à vos rêves.

1. Aucun graphiste sérieux ne peut travailler sans l’un de ces logiciels. Engagez-en un. Moins de problèmes, plus de professionnalisme, moins de temps, vous serez certain d’avoir un fichier prêt à imprimer correct et vous aurez plus de temps à consacrer à votre beau métier d’éditeur. Vous ne savez pas où en trouver un? Engagez moi!

2. Si le piratage est répréhensible, il est en revanche tout à fait légal d’acheter des versions de seconde main. Cherchez dans les petites annonces et les sites d’enchères en ligne. Même les versions les plus anciennes feront parfaitement l’affaire. Attention toutefois aux problèmes de compatibilité. Évitez la version 1 de InDesign, le logiciel n’était pas encore tout à fait au point.

3. Ces logiciels existent en version d’évaluation. Et la période d’évaluation est assez longue pour vous permettre de monter un livre en entier (si vous avez besoin de trente jours pour monter un livre, envisagez la solution numéro 1; sérieusement). Après avoir terminé le travail, vous aurez un pdf que vous serez incapable d’éditer, mais vous en saurez un peu plus et vous pourrez peut-être, à ce moment, envisager d’acheter le logiciel.

4. Il existe une alternative gratuite. Vous avez bien lu.
L’alternative se nomme Scribus et provient de l’open source. Il peut être utilisé sous toutes les plates-formes informatiques courantes, Mac, Linux ou Windows. Pourquoi ne pas en avoir parlé avant? Simplement parce que je ne l’ai jamais utilisé, et j’ai donc des réserves à le recommander. Si cependant je devais monter un livre avec un budget frôlant le zéro, il est certain que je lui donnerais une chance. Il se trouve ici:

http://www.scribus.net/canvas/Scribus

Vous pouvez aussi le trouver sur CNet avec une évaluation, ma foi fort élogieuse:

http://download.cnet.com/Scribus/3000-2191_4-10655204.html

Selon toutes les sources que j’ai consultées, il vient avec une quantité étonnante de fichiers d’aide et, pour ce que j’ai pu constater, il est appuyé en ligne par une documentation abondante.

Il permet enfin, et c’est le principal, de produire un ficher pdf conforme aux standards de l’imprimerie.

Le prochain article portera sur les normes qui régissent la présentation d’un livre de fiction.

Mise à jour

J’ai trouvé ce tutoriel très complet sur le sujet, qui explique de a à z la méthode parfaite pour monter un ouvrage de fiction dans InDesign en dix minutes (mais avec une certaine préparation). Il m’a même apris quelques techniques que j’ignorais.

GREP : mettre en page un livre d'environ 120 pages en moins de 10 minutes avec InDesign CS4+
N’hésitez pas à le consulter, je ne donnerai pas d’explications techniques aussi pointues dans mes articles.

1 commentaire:

Lomyli a dit...

Un gros merci! Tous vos articles sur le monde de l'édition sont très intéressants.

Votre passion pour la typographie m'a charmée et j'avoue que maintenant je fais vraiment attention à la fonte utilisée.

Vos conseils sont judicieux et pousse à réflexion. Je vais continuer à lire votre blog avec plaisir.