2/27/2011

Mise en page d’un livre de fiction : les normes, partie 2

Cet article est la suite d’une série sur la mise en page d’un livre de fiction. C’est le deuxième traitant des normes de présentation. Le précédent traitait des problèmes liés à la justification du texte. Le prochain article traitera du choix d’une police de caractères.

Paragraphes et alinéas

Pavés et alinéas — une erreur (heureusement) rare

Dans un article précédent, j’ai exprimé mon agacement concernant la division des paragraphes dans certains livres mal montés que j’ai pu voir.

Il existe de nombreux articles qui discourent, presque à l’infini, sur la longueur des alinéas qui sont appropriés, mais bien peu qui révèlent cette règle fondamentale: il faut choisir entre alinéa et un espace vertical entre les paragraphes. Ces procédés sont incompatibles entre eux, pour une simple et bonne raison: un seul signal suffit au lecteur. Le lecteur n’est pas un imbécile (en principes) et n’a pas besoin qu’on lui cogne sur la tête avec un marteau pour l’informer d’un changement de paragraphe. C’est une règle si bien connue (et intégrée) que les manuels n’y font pas souvent référence. Certains vont même jusqu’à bannir l’emploi de l’espace vertical, qui est une mode anglosaxonne. Je n’irai pas jusque là.

N’empêche, si vous avez du mal à me croire, vous n’avez qu’à faire le test vous-même: allez prendre n’importe quel roman qui passe à votre portée et ouvrez-le. Vous verrez que les paragraphes sont délimités par des alinéas. C’est le cas de tous les livres de fiction en français (et en anglais aussi, d’ailleurs). Et il y a de bonnes raisons à cela.

De manière générale, l’espace entre les paragraphes est nuisible. C’est bien sûr une règle qu’il faudrait nuancer, mais ce n’est pas le propos de cet article. Il suffit de savoir que l’espace entre les paragraphe sépare le gris typographique en plusieurs masses, ce qui nuit à l’unité visuelle de la page. Il rend impossible l’alignement du texte d’une page à l’autre. Il cause l’irrégularité des espaces blancs en bas de page. Enfin, il peut porter à confusion dans les cas (nombreux), où des parties différentes d’un même chapitre sont séparés par une ligne blanche. Il n’a, à ma connaissance, jamais été employé dans un livre de fiction. Il est courant sur le web (par exemple, cet article), mais notez que la plupart des problèmes énumérés ne sont plus applicables dans ce cas.

Je me permets un petit aparté pour souligner ici que cet espace vertical ne devrait jamais être supérieur à la hauteur de ligne, afin de ne pas aggraver son impact sur l’unité de la page. Typiquement, il est égal à la moitié de la hauteur de ligne. Je le souligne, parce que le fait de laisser une ligne blanche entre les paragraphes est une erreur encore trop fréquemment commises par les rédacteurs, qui ignorent les règles de mise en page, ce qui empoisonne la vie des graphistes, infographistes et autres monteurs. Donc, ne séparez jamais vos paragraphes par une ligne blanche.

Quel que soit le mal que l’on peut penser des espaces interparagraphes, ils ne sont pas une erreur. Seulement une faute de goût. Ce qui est une erreur, comme je l’ai exprimé plus haut, c’est d’employer les deux procédés. À ma connaissance, il n’y a que les Éditions de la Mortagne qui commettent cette erreur, qui dévisage l’ensemble de leur production. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais lu un de leurs livres, malgré leur abondant catalogue en fantasy. Espéront qu’ils en viendront bientôt à des pratiques plus professionnelles, et sauveront quelques arbres au passage.

Et si vous montez votre propre livre, pensez à ceci: monter votre texte à l’aide d’un simple alinéa vous fera sauver beaucoup de pages. Profitez-en pour imprimer quelques copies de plus, et rentabiliser votre investissement.

Longueur appropriée d’un alinéa

Je ne vais pas me répandre sur ce sujet. L’alinéa typique dans un livre de fiction est de un et parfois deux quadratins. Employez la méthode qui vous plaît le plus.

Il existe d’autres considérations comme la longueur de ligne, mais comme elles tendent à peu varier dans le contexte qui nous intéresse, s’en tenir à un cadratin est probablement la meilleure solution.

Petites considérations techniques :

  • Ne tapez pas d’espace (ou de tabulation) pour créer un alinéa. Utilisez les styles. C’est plus rapide, plus propre et vous éviterez des ennuis avec la justification.
  • Un cadratin est d’une taille égale à celle du texte. Par exemple, si votre texte est monté en 12 points, votre cadratin aura une largeur de 12 points.
  • Ils n’y a pas de loi divine qui vous force à garder un alinéa de un ou deux cadratins exactement. Si vous trouvez 12 points trop petit et 24 point trop grand, vous pouvez définir 18 points, ou n’importe quelle autre valeur. Ne descendez pas sous un cadratin, cependant.

Alinéa et dialogues

Encore un cas heureusement rare, les distorsions de la réalité à l’approche d’un dialogue. J’ignore pourquoi, mais certaines personnes veulent absolument croire que les règles de la typographie sont trop simples et qu’il faut les compliquer. Les règles de l’alinéa ne changent pas dans les dialogues.

C’est un cas que je n’ai observé aussi qu’une fois, chez les Éditions JKA cette fois. Le tiret qui détermine le changement de voix dans un dialogue doit être aligné avec les autres alinéas, pas avec la marge. Pour avoir essayé de lire deux de leurs livres, je peux vous affirmer que ça n’aide en rien la lecture. L’alinéa donne une information au lecteur quant au changement de paragraphe. Ne le privez pas de cette information.

Dans un autre ordre d’idée, j’ai vu dans les normes d’une maison d’édition à compte d’auteur qu’il faut laisser une ligne blanche au début et à la fin d’un dialogue. Avant que cette maladie ne se propage, non, il ne faut pas laisser de ligne blanche. La ligne blanche ne devrait servir qu’à changer de section au sein d’un chapitre.

Alinéa et chapitres

Je suis parfaitement conscient que les experts de la typographie ont parfois l’habitude de se compliquer la vie inutilement.

Certains énoncent comme une règle que puisque l’alinéa sert à informer le lecteur d’un changement de paragraphe, il est erroné d’en mettre un au premier paragraphe d’un chapitre. Il n’y a pas lieu de s’en faire, puisqu’il s’agit ici d’une question d’usage, et non d’une règle. Ni la lisibilité, ni l’aspect d’un texte ne change selon que le premier paragraphe d’un chapitre porte ou non au alinéa.

Cependant, notons les considérations suivantes:

  • L’usage anglosaxon réprime l’alinéa au premier paragraphe. Il met en même temps les premiers mots en petites capitales (nous reviendrons sur l’usage des petites capitales dans un article prochain). Si vous décidez de recourir à l’un, vous devriez recourir aussi à l’autre.
  • Typiquement, les texte français prennent l’alinéa partout,même au premier paragraphe, et ce n’est donc pas une erreur.

Changement de chapitres

Selon les éditions, la manière de présenter un nouveau chapitre varie. Typiquement, le titre du chapitre apparaît au tiers environ de la page, et le texte débute à la moitié. J’ai déjà vu, en livre de poche, des changements de chapitre sans même de changement de page, sans doute pour des raisons d’économie. Je ne saurais vous le recommander si vous voulez que vos livres gardent un minimum de classe. Certains prescrivent que le chapitre doit commencer sur la page de droite (page impaire). C’est peut-être aller un peu loin, puisque cela implique que certaines pages seront laissées blanches. À vous de décider.

Le titre du chapitre peut être écrit avec une autre fonte que le corps de texte, mais pas nécessairement. C’est l’un des rares endroits où un peu de fantaisie est permise. Restez sobre, malgré tout.

Utilisation de la police de caractères

De nos jours, les termes «police de caractère» et «fonte» (prononcer à la française, par pitié) sont devenus synonymes.

Le choix d’un fonte est un sujet fondamental, qui mérite son propre article. En attendant, on peut énumérer quelques considérations.

  • La même fonte doit être employée tout au long du livre, y compris les notes en bas de page, les annexes ou la préface. Veuillez à ce qu’elle soit complète. Si vous comptez utiliser les petites majuscules, votre fonte doit les comporter (les petites majuscules créées artificiellement par le logiciel sont affreuses, pour des raisons que nous verrons dans un prochain article). De même, elle doit comporter de vrais caractères gras (si vous voulez l’utiliser dans les titres) et de vrais caractères italiques (et non les romaines penchées, que j’ai déjà vues).
  • Utilisez une fonte avec sérifs.
  • Oubliez Times New Roman. Je vous expliquerai.

Entêtes de pages

Les livres de fiction comportent très souvent (pas toujours) des entêtes de page, qui comportent le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre ou celui du chapitre (ou de la nouvelle, dans le cas d’un recueil). Ils peuvent apparaître sur toutes les pages, ou seulement sur les pages de droite. Parfois, ils comportent la pagination, parfois celle-ci est reléguée au bas de la page. Vous avez ici une certaine liberté. Retenez cependant quelques faits :

  • L’entête n’est jamais présente sur les têtes de chapitre ou les pages laissées blanches. Ces pages ne comporteront pas de numérotation si celle-ci est placée au haut de la feuille.
  • L’entête ne doit en aucun cas se confondre avec le texte courant. Un espace suffisant devra être conservé. On emploiera aussi divers procédés pour bien distinguer son texte du texte courant, comme l’utilisation des capitales, des caractères gras, un corps de caractère plus petit et peut-être même une autre police de caractère.

En ce qui me concerne, je considère ces entêtes inutiles si elles ne donnent pas de l’information au lecteur. Le nom de l’auteur peut-être pertinent, surtout dans le cas d’un recueil par différents auteurs, et le titre de chapitre ou de nouvelle peut aider un lecteur à se repérer. Surtout, les entêtes seront utiles si le livre comporte des sections comme des annexes, une préface ou des notes de chapitre.

2/20/2011

Il faut vivre

giselle

Je suis allé voir Giselle à la Place des Arts, vendredi soir.


Je ne vais pas faire mon critique radiocanadien et vous résumer un spectacle déjà passé, que vous n’aurez plus la possibilité d’aller voir, mais plutôt vous faire part d’une réflexion que ce ballet m’a inspirée.

Je n’avais jamais vu de ballet auparavant. Je croyais sans doute que c’était un spectacle ennuyeux, bien que ce genre de réflexion ne me ressemble pas (ou plus?) Et c’était un peu en dehors de mes moyens. Peu importe, ma blonde les adore, et c’était son anniversaire et elle mérite ce qu’il y a de mieux. Giselle tombait à point nommé. D’abord parce que le livret est fantastique (comme dans «le genre fantastique»), une histoire de fantômes écrite par Théophile Gautier, un de mes auteurs favoris (on ne se refait pas). Puis ma curiosité a été piquée, à ma petite honte, par l’épisode de la série Angel qui tournait autour de ce ballet. Enfin, la raison la plus importante de toutes, je n’avais jamais vu de ballet.

Il faut vivre, c’est une évidence. Mais je ne suis pas trop le genre à me morfondre en pensant à toutes ces expériences que je n’ai pas eues, tous ces pays que je n’ai pas visités. J’ai l’imagination, ma meilleure amie et ma plus sûre alliée. Mais l’imagination ne suffit pas toujours pour écrire. L’écrivain est une sorte de peintre et sa boîte de couleur, c’est son expérience. C’est un cliché. Les auteurs font des mais redoutables, toujours prêts à fourrer leurs relations dans leurs romans, et souvent sous un jour peu flatteur. Utiliser ce qu’on a vu, parfois ce que l’on nous a raconté, pour atteindre l’écriture vivante, c’est un procédé si important que les écrivains en abusent souvent. Sauf, semble-t-il, dans la littérature dite «de genre».

Car il y a un piège, dans la littérature (dite) de genre. Celui de s’en remettre entièrement à son imagination pour tout l’univers. C’est surtout vrai dans le cas de la science fiction et, a fortiori, le fantasy. Et surtout chez les jeunes auteurs, dont l’expérience est par définition limitée, mais certainement pas exclusivement. On en trouverait aussi des exemples dans un sous genre de fantasy, la littérature de matantes, encore peu documenté. Les symptômes sont nombreux et variés: ton généraliste, parfois didactique, personnages exagérément typés, influence marquée de quelques auteurs bien connus (généralement Lovecraft, Tolkien ou King). Diagnostic, une vie trop souvent vécue à travers les livres. C’est un travers que je connais bien, parce qu’il m’a affecté. J’espère en être sorti indemne, mais je crains toujours une rechute.

Alors, comme je le racontais, je n’avais jamais vu de ballet auparavant. Il me fallait trouver un cadeau pour ma blonde, celui-là était (trop) cher pour mes moyens, mais je me suis dis qu’il fallait vivre cette nouvelle expérience. Que je ne pourrais jamais parler de danse, raconter un ballet si je n’en avais jamais vu.Qu’il y aurait là beaucoup d’images, beaucoup d’impressions, qui pourraient nourrir mes écrits futurs. Et j’avais raison. Les danseuses incarnant les wilis, qui se déplaçaient sur la pointe des pieds, paraissaient glisser d’un côté à l’autre de la scène. Et parfois, quand elles assistaient, immobiles, à la danse d’Albrecht, on auraient dit qu’elles étaient peintes sur le décors.

Une autre réflexion m’est venue à la lecture de A Game of Throne. Il y a la recherche, aussi. Certains auteurs croient qu’ils n’ont pas de recherche à faire puisqu’ils écrivent à propos d’un monde totalement imaginaire. Cela donne des romans consternants. Ne se rendent-ils pas compte que leurs univers sont, presque toujours, inspirés de périodes historiques réelles, et que se documenter sur ces périodes ne pourra que rendre leur écriture plus riche? Que leurs personnages ont des talents, qui aux armes, qui en alchimie, qui en astrologie, dont ils ne peuvent rendre compte sans avoir creusé un minimum la matière? Mais la recherche ne suffit pas. Un exposé des mœurs des temps anciens, aussi instructif soit-il, ne constitue pas en soit un bon récit. Je pense au roman de loups-garous Wariwulf de Bryan Perro, chargé de longs exposés didactiques sur les civilisations anciennes, qui n’apportent aucun éclairage sur les personnages, aucun support à l’ambiance et ne font que ralentir le récit. Contrairement à A Game of Throne, pour donner un autre exemple de fiction soigneusement documentée, la recherche n’apporte pas de crédibilité, de souffle, de vie. Je pense donc que l’expérience réelle de la boue, des saisons, du travail, de la joie et de la misère, sont nécessaires à une véritable écriture.

Beaucoup d’auteurs ont vécu dans les livres, et cela se sent Leurs univers sont des résumés, appauvris, de ceux des maîtres qui les ont marqués, parfois des films qu’ils ont aimé. Chez les jeunes, c’est compréhensible et excusable. Chez les autres… c’est dommage. Nos écrits viennent de notre matière. Nos rêves, nos craintes, nos influences bien sûr, et nos expériences, surtout.

2/18/2011

A Game of Thrones : un roman palpitant, vivant, somptueux


Deux choses m’ont amenées à lire «A Game of Thrones». D’abord, j’ai acheté, pour ses grandes qualités, le jeu de société «A Game of Throne», inspiré par la série de romans «A Song of Fire and Ice», et ma curiosité a été piquée. Mais lorsque j’ai vu la bande annonce affriolante de la série que HBO consacre au roman, je me suis résolu à lire le roman, avec des attentes très élevées.


C’est peu dire que ces attentes n’ont pas été déçues.

D’abord, l’histoire, riche à souhait, autant par son univers que par ses rebondissements, a tout pour me plaire. Les enjeux sont énormes, écrasants, sans pour autant que l’auteur tombe dans le piège avide de nous mettre en face d’une enième Apocalypse aux mains des orques, des gobelins ou des hommes lézards. Il s’agit d’une intrigue d’hommes, dans un monde douloureusement proche du nôtre, d’où la magie est presque absente. Ce ne pas une histoire pour le fan-club des elfes en collant rose, et cela ne signifie certainement pas que la grandeur est absente de ce roman, bien au contraire. Les personnages, attachants ou détestables, ne sont pas invulnérables. La magie existe, cependant, et l’auteur a le bon sens de nos le rappeler dès le prologue. Face aux menaces surnaturelles, les héros sont aussi démunis que vous et moi, car ils n’ont ni mage ni paladin pour établir l’équilibre. La menace pèse lourdement sur le royaume, pendant que les puissants l’ignorent pour jouer leurs pitoyables parties de pouvoir.

L’écriture ensuite, rapide, précise, imagée, qui foisonne de détails sans jamais ralentir. Les amateurs de fantasy aiment l’évasion, et le roman leur en donne. Des cités fantastiques y sont présentées dans les moindres détails, et les châteaux y ont tous leur histoire. C’est là le grand tout de force de George R.R. Martin: nous livrer une quantité phénoménale de détails, sans nous encombrer, nous ennuyer ou nous endormir. Sur ce plan, A Game of Thrones dépasse même les maîtres du genre.
Un défaut? Pas vraiment. Disons une abondance exagérée d’une certaine qualité. L’histoire est si rapide et les retournements de situations si nombreux que la lecture devient étourdissante, et le suspense fait parfois mal. Les attentes (naturelles) du lecteur sont constamment déjouées par des événements nouveaux. Un défaut, vraiment? Non, pas vraiment; sauf que ça ressemble douloureusement à une recette: un retournement de situation par chapitre sur mille page, on empoche la monnaie et on passe au livre suivant. J’en ai un peu marre des recettes du succès appliquées à ce point.

Mais, puisqu’il s’agit, et de très loin, du meilleur roman de fantasy que j’ai lu (oui, j’ai lu «Le Seigneur des Anneaux»), je ne saurais dire que c’est très grave. Il serait dommage de bouder son plaisir, et je me jette séance tenante sur la suite.

Mise à jour

Je me sens un peu coupable. D’une part, parce que j’ai lu les multiples suites de l’extraordinaire livre qu’est Game of Thrones, et d’autre aprt parce que cette page est une des plus populaires de ce blogue. Alors je prends la peine de vous glisser un petit avertissement.

Ce roman a le défaut de n’être que le premier tome d’une longue série de très longs livres. Il ne contient pas lui-même de conclusion satisfaisante. Les autres livres de la série ne sont pas du tout au niveau du premier. Mais pas du tout. Terminé l’action, les retournement s de situation, les batailles... Tou n’est que longues errances sans buts, hésitations, défaites et misère, sur de longues pages pleines de détails superflus et de personnages dont on se fout éperduement. On en vient à douter que l’auteur connaît lui même la conclusion, ou même s’il y en aura une une jour.

Quand à la série, elle ne tient pas ses promesses. Je croyais qu’elle me montrarait ce que je n’ai pas pu voir, me présenterait ces lieux magiques, ces villes fantastiques, ses batailles épiques... Rien de tout ça. Ce n'est qu’un grossier résumé du roman, avec des personnages réduits à une seule dimension. Tout l’aspect décors est réduit à quelques plaques de matte painting constament rutilisées et pas nécessairement extraordinaire. Les batailles? Vaut mieux ne pas y compter. C’est à peine si on y voit les Dire Wolf.

Est-ce que j’aurais lu cet extraordinaire roman si j’avais su? Sans doute pas. Je ne vous le recommande pas non plus. Au lieu de lire cet écroulement tragique, j’aurais pu lire neuf livres de taille normale.

2/13/2011

Y a-t-il de mauvaises raisons d’écrire?

Il y a toutes sortes de raisons pour écrire. Y en a-t-il de mauvaises? Peut-être.

Je suis rentré de plein pied dans le web 2.0. Il était temps, sans doute. Je peux dire à ma défense que le domaine de l’écriture n’est pas celui qui s’est attaché le plus vite à l’aire numérique. Le livre électronique a longtemps traîné de la patte, faute d’offre, de standard et de lecteur abordable. Tout a changé. Apple a lancé le iPad et sa librairie en ligne, imposant du coup le format epub (ouvert et libre de droits) comme standard. La concurrence (Amazon en tête) a dû réagir en en livrant ses tablettes à un coût moindre (quoi pas encore abordable, mais cela viendra bien assez tôt). En parallèle, les iPod Touch, iPhone et téléphones Android permettent la lecture de livres dans tous les grands formats (et curieusement, ils sont lisibles). Bref, une quantité énorme de gens ont maintenant un lecteur crédible entre les mains, les standards existent, et l’offre peine à satisfaire à la demande. Dans la francophonie, les éditeurs ont un certain retard, et s’entêtent à vendre le livre électronique au même prix que la version papier, ce qui est perçu comme ridicule par les lecteurs. Cette conception étroite va bientôt voler en morceau, par l’arrivée de nouveaux joueurs, et par la possibilité pour un auteur de traiter avec les distributeurs en ligne directement. Déjà, les sites d’actualité littéraires ressemblent à des sites techno, annonçant les innovations du domaine des livres électronique ou passant en revue les liseuses mises sur le marché. L’an prochain, l’offre francophone crédible va exploser, réduisant en poussière les vieux fossiles. Et j’aimerais être là.

Je suis entré de plein pied dans le web 2.0. Je suis toutes les maisons d’édition sur Facebook, je suis inscrit dans six réseaux sociaux (quatre de trop), j’écris sur mon blogue plusieurs fois par semaine. Il semble que ce soit la chose à faire de nos jours. Exister, peut-être pas aux yeux du monde, mis au moins à ceux des robots qui indexent les sites sur Google et les autres. Créer une toile à soi, avec des liens hyper texte partout, et des petits mots-clefs ça et là afin d’être prêt, le jour venu, à bondir sur sa proie. Je le suis.

Et il y la vogue, la terrible vogue des vampires. Elle n’a pas encore frappé l’édition Québécoise; sur cela aussi, elle a un train de retard. Elle en est encore au mode mépris d’un sous genre à la mode. L’an prochain, quand le monde en aura vraiment assez, elle proposera des centaines de titres, tous plus ou moins calqué sur Twilight, afin de manger à l’auge de la Bitlit de la même manière qu’elle a tenté de le faire avec la Fantasy, après le succès qu’elle a tant dénigré des Chevaliers d’Émeraude. J’aimerais arriver juste à ce moment là.

C’est cela qui me fait écrire, chaque jour maintenant: ce sentiment d’urgence. Est-ce une mauvaise raison d’écrire? Y a-t-il de mauvaises raisons d’écrire?

2/11/2011

Le Poil de la Bête

J’ai payé pour voir ça moi?


Ce n’est pas le pire film de loup-garou que j’ai vu. Mais les autres étaient drôles au moins. Ici, scénario plat, acteurs minables ou mal dirigés, pas une réplique crédible, l’humour... certainement pas drôle. Il doit y avoir au moins une dizaine de jeux de mots avec «chienne», c’est dire l’imagination des scénaristes.

Mais ce qui m’énerve le plus, c’est la reconstitution minable de la Nouvelle France. On y voit un village constitué de dix adultes (en comptant une religieuse qui semble faire office de curé), pas un seul enfant, pas un champ cultivé, pas un animal, pas un bâtiment de ferme. Les villageois n’ont ni respect ni crainte pour la religion. Les colons vivent en pleine forêt (où sont leurs champs? de quoi vivent-ils?) et font tous leurs feux dehors pour cuire leur nourriture (ils n’ont pas de poêle?) Ils ne ferment jamais leurs portes, elles sont grandes ouvertes toute la journée. Ils ont tous les épaules voutées des enfants de la télé, rien de la vigueur qu’impose les durs travaux de colons, et ils manient leurs outils comme des enfants de la banlieue. Le seul animal du film est un rottweiler, race apparue au dix-neuvième siècle en Allemagne et introduite en Amérique du Nord dans les années trente.

Tout sent faux, sonne faux et a l’air faux.

2/09/2011

Codorniu, l’amour de la tradition

Je n’aime pas beaucoup tout le côté commercial de la Saint-Valentin, mais j’ai trimé dur pour rendre ces verres transparents, et j’y suis arrivé pas trop mal.
La photo de stock utilisée provient de Photoexpress

2/05/2011

Justification du texte dans un ouvrage de fiction

Tous les textes de fiction, sauf rarissimes exceptions, sont justifiés. La raison en est bien simple: la justification apporte une apparence régulière au texte. Alors c’est entendu. Vous appuyez sur l’icône de justification de votre logiciel et vous passez au chapitre suivant. Non?

Non. Surtout pas. Ce n’est pas si simple.

Voir la suite de Justification du texte dans un livre de fiction

2/02/2011

Réalisation d’un livre de fiction : les logiciels de mise en page

Ceci est le premier article d’une série sur la manière correcte de réaliser le prêt à imprimer d’un livre de fiction.

Alors nous y voilà. Pour une raison ou une autre, vous devez mettre en page un ouvrage de fiction. Peut-être êtes-vous un graphiste diplômé cherchant des conseils, peut-être êtes vous un éditeur dirigeant une maison comptant... un seul employé, en vous comptant, peut-être (Dieu vous protège) un auteur ayant décidé de vous éditer vous-même. Il faut donc se mettre à l’ouvrage. Vous avez entre les mains un texte, probablement en format .doc, peut-être séparé en plusieurs chapitres. Êtes-vous prêt à commencer?

Le premier outil: le logiciel de mise en page

C’est le premier écueil sur lequel bien des monteurs de maquettes se brisent. Ils essaient de monter leur livre avec un outil inapproprié, nommément un logiciel de traitement de texte. Théoriquement, c’est possible, puisque la plupart de ces logiciels vous permettront d’exporter votre ouvrage en .pdf, ce qui est plus ou moins la norme. En pratique, c’est un chemin de croix. Vous aurez à faire des pieds et des mains pour gérer les espaces fines. Vous aurez à affronter le monstre des remplacements automatiques chaque fois que vous voudrez mettre en forme un simple dialogue. Vous allez obtenir des styles non conformes de temps en temps, sans avoir la moindre idée de la raison de ces inconsistances. Vous allez chercher à appliquer, avec bonne volonté, les règles expliquées ici, pour voir ce logiciel de m… vous les remplacer à mesure par ses propres spécifications. Enfin (surtout), le texte deviendra de plus en plus lourd à mesure qu’il s’allongera, au point qu’il deviendra impossible d’y travailler dès qu’il aura atteint la taille... disons d’un roman. Sans parler des écueils des faux styles (mais ce sera le sujet d’un autre article). À tel point qu’auprès une heure de travail ardu à tenter de monter vos deux premières pages, vous enverrez balader ce guide et votre conscience professionnelle encore vierge simplement pour en sortir vivant.

Il faut l’accepter: les logiciels de traitement de texte font bien ce qu’ils font, c’est-à-dire du traitement de texte. En ce qui concerne la mise en page, il vous faut un truc plus fort.

Il existe des logiciels qui servent spécifiquement à la mise en page, et ils se vendent très cher. AU moins deux fois le prix de la suite bureautique de Microsoft, qui n’est pas donnée. Que peuvent-ils faire qu’un simple traitement de texte ne peut pas? Pas grand chose, en fait. Il y a bien des fonctions dont un graphiste professionnel ne pourrait se passer, mais qui ont bien des chances d’être superflues dans le cas spécifique d’une simple maquette de livre. Pourquoi alors payer le prix d’un véritable logiciel de mise en page? Parce qu’ils fonctionnent, tout simplement. Ils permettent de travailler. Sans mise en forme automatique, sans vous enlever ou vous rajouter de pages, sans vous donner de mots de tête, et ils savent gober un gros document sans vous faire perdre une heure à chaque saut de page. Ils sont faits pour ça. Et ils vous donnent aussi des options concernant la chasse des mots et la justification que vous chercheriez en vain dans votre logiciel de traitement de texte. Enfin, ils supportent les standards de l’édition.

Il y a (techniquement) deux logiciels professionnels sur le marché. Le meilleur (et le moins cher) est Adobe InDesign. Il comporte le merveilleux Adobe Every Line Composer, qui permet au logiciel d’évaluer le paragraphe dans son ensemble afin de distribuer les espaces de manière plus uniforme et les lignes de façon plus harmonieuse. Cette caractéristique à elle seule justifie son achat pour tout professionnel de la mise en page. Ça me fait mal de l’écrire mais avec ce logiciel, même un débutant peut produire un gris typographique parfait, sans effort et sans même s’en rendre compte.

L’autre, Quark X Press, a été le standard des logiciels d’édition avant qu’Adobe lui apporte un concurrent sérieux. Plus cher, moins ergonomique et généralement moins complet que InDesign, il est à peu près disparu de la circulation, maintenu essentiellement par les très grosses structures, pour qui les changements de matériel représentent des coûts énormes. Même ces structures commencent à abandonner ce canard boiteux, afin de profiter des gains de productivité qu’un logiciel mieux adapté peut leur apporter. Pourquoi alors perdre mon temps à vous en parler? Pour deux bonnes raisons. La première est que j’aime bien dire du mal de Quark X Press, la deuxième est que si vous arrivez à mettre la main sur une licence de seconde main, Quark X Press est certainement une option sérieuse. Il reste difficile à prendre en main, peu agréable et met en évidence des options de faux style, ce qui est une aberration et une tentation malvenue pour un débutant, dont j’ai eu l’occasion très souvent de voir les ravages. À utiliser en tout dernier recours, donc.

Si vous avez les moyens de les acheter, ils sont ici:

http://www.adobe.com/fr/products/indesign/whatisindesign/

et ici:

http://www.quark.com/

Bon. Vous venez de voir le prix et vous cherchez déjà un autre tutoriel, cette fois sur la meilleure manière d’exécuter un nœud de pendu? Le prix dépasse vos espérances de profits des vingt prochaines années? Pas de panique, il vous reste quelques solutions avant de renoncer à jamais à vos rêves.

1. Aucun graphiste sérieux ne peut travailler sans l’un de ces logiciels. Engagez-en un. Moins de problèmes, plus de professionnalisme, moins de temps, vous serez certain d’avoir un fichier prêt à imprimer correct et vous aurez plus de temps à consacrer à votre beau métier d’éditeur. Vous ne savez pas où en trouver un? Engagez moi!

2. Si le piratage est répréhensible, il est en revanche tout à fait légal d’acheter des versions de seconde main. Cherchez dans les petites annonces et les sites d’enchères en ligne. Même les versions les plus anciennes feront parfaitement l’affaire. Attention toutefois aux problèmes de compatibilité. Évitez la version 1 de InDesign, le logiciel n’était pas encore tout à fait au point.

3. Ces logiciels existent en version d’évaluation. Et la période d’évaluation est assez longue pour vous permettre de monter un livre en entier (si vous avez besoin de trente jours pour monter un livre, envisagez la solution numéro 1; sérieusement). Après avoir terminé le travail, vous aurez un pdf que vous serez incapable d’éditer, mais vous en saurez un peu plus et vous pourrez peut-être, à ce moment, envisager d’acheter le logiciel.

4. Il existe une alternative gratuite. Vous avez bien lu.
L’alternative se nomme Scribus et provient de l’open source. Il peut être utilisé sous toutes les plates-formes informatiques courantes, Mac, Linux ou Windows. Pourquoi ne pas en avoir parlé avant? Simplement parce que je ne l’ai jamais utilisé, et j’ai donc des réserves à le recommander. Si cependant je devais monter un livre avec un budget frôlant le zéro, il est certain que je lui donnerais une chance. Il se trouve ici:

http://www.scribus.net/canvas/Scribus

Vous pouvez aussi le trouver sur CNet avec une évaluation, ma foi fort élogieuse:

http://download.cnet.com/Scribus/3000-2191_4-10655204.html

Selon toutes les sources que j’ai consultées, il vient avec une quantité étonnante de fichiers d’aide et, pour ce que j’ai pu constater, il est appuyé en ligne par une documentation abondante.

Il permet enfin, et c’est le principal, de produire un ficher pdf conforme aux standards de l’imprimerie.

Le prochain article portera sur les normes qui régissent la présentation d’un livre de fiction.

Mise à jour

J’ai trouvé ce tutoriel très complet sur le sujet, qui explique de a à z la méthode parfaite pour monter un ouvrage de fiction dans InDesign en dix minutes (mais avec une certaine préparation). Il m’a même apris quelques techniques que j’ignorais.

GREP : mettre en page un livre d'environ 120 pages en moins de 10 minutes avec InDesign CS4+
N’hésitez pas à le consulter, je ne donnerai pas d’explications techniques aussi pointues dans mes articles.

Mise en page et typographie d’un livre ― quelques conseils

Il y a quelques temps, j’ai publié un article orageux concernant la faiblesse de certaines mises en pages dans les ouvrages de fiction québécois, tout particulièrement chez les petites maisons d’édition. Il est vrai que, étant graphiste au moins autant qu’écrivain, j’ai une sensibilité particulière en ce qui concerne ce genre de fautes. Il y a cependant une chose dont je me suis rendu compte en écrivant cet article.

Lors de la publication d’un billet de blogue, un auteur cherche nécessairement quelques références sur Internet afin de les mettre en liens. C’est ce que j’ai tenté avec le billet cité, mais je me suis rapidement aperçu que les références à ce sujet sont rares. Les textes sur la typographie se contentent en général de donner quelques recommandations générales, le plus souvent pour la rédaction de travaux universitaires, à propos d’outils (les traitements de textes) impropres à la mise en pages professionnelle, et contiennent souvent des erreurs, étant le plus souvent le produit de directeurs de thèses plutôt que de véritables experts. Enfin, ce qui n’arrange rien, les résultats de recherche sont noyés dans les articles (souvent excellents) traitant de la typographie dans les sites web, que les nouvelles dispositions des CSS ont soudain mises en lumières.

Je me suis alors rappelé comment j’ai appris toutes ces règles que je reproche aux autres de ne pas respecter. Ce n’était pas au cégep, où les professeurs étaient trop occupés à nous montrer des raccourcis clavier qui deviendraient obsolètes avant même la remise de diplômes, ni au cours de mon cours privé. J’ai appris ce je sais en ayant des grammaires, des dictionnaires et des manuels de typographie comme livre de chevets, en me passionnant pour chaque caractère imprimé avec mes yeux tous neufs de professionnel de l’impression, et en recherchant, des années durant, tout nouveau savoir qui pourrait m’amener à perfectionner mon art. Bref, il y a bien peu de chances qu’une petite maison d’édition mette la main sur un graphiste maîtrisant les règles typographiques de bases assurant la mise en page correcte d’un livre, et encore moins qu’un lecteur à l’affut leur signale les coquilles ou leurs erreurs. Certaines maisons auront le bénéfice d’un finissant en graphisme qui travaillera bénévolement. D’autre confieront la mise en page à un tiers qui n’a même pas cette formation de base. D’autre enfin s’en chargeront eux-même. Et s’ils cherchent des sources sur Internet, il n’en trouveront pas, parce que les experts ne leur en fournissent pas, abandonnant cette tâche aux directeurs de thèse.

Aussi bien dire que j’ai un peu honte.

Ceci dit, je reste convaincu que beaucoup d’éditeurs se fichent complètement de la typographie. La qualité du français de certains textes est déjà problématique, sans parler du style. La langue devrait en toute logique passer avant la typographie, alors quel espoir garder dans ce cas? Simplement celui que ces maisons s’éteindront éventuellement, après avoir malheureusement lésé bien des lecteurs de bonne volonté.

Ce n’est pas une raison pour ne pas remédier à cet état de choses. Je me propose donc d’écrire une série d’articles sur la typographie correcte. Après les avoir lus, un graphiste devrait avoir toutes les connaissances nécessaires pour exécuter une mise en page correcte d’un ouvrage de fiction.

J’ai bien dit : «graphiste». Selon moi, la tâche de monter un livre dans les règles de l’art devrait revenir à un professionnel. Je sais que je prêche pour ma paroisse, mais j’ai mes raisons, et ce sont les mêmes qui font que les médecins dénoncent les charlatans et que les psychologues se méfient des gourous. Graphiste est un vrai métier et comme tout métier il est faux de prétendre que n’importe qui peut le faire avec un peu de formation et pas du tout d’expérience. Il n’en est pas moins vrai que tous les éditeurs n’ont pas les moyens d’engager un professionnel, même à la pige, surtout dans le cas d’un auteur autoédité.

Le premier article portera sur les outils indispensables pour exécuter une mise en page correcte. Je me pencherai par la suite sur les règles typographiques élémentaires, le choix d’une police de caractère appropriée, et enfin la génération d’un fichier conforme aux standards de l’imprimerie.

Le vocabulaire de la typographie
Article suivant : les outils de mise en page.
Normes de présentation des livres de fiction. Première partie: la justification
Normes de présentation des livres de fiction. Partie 2.
Normes de présentation des livres de fiction. Partie 3. La fine typographie
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